Les 1001 contes réunis

Discussion dans le forum 'Culture' créée par el_safia le 17 Oct. 2004.

  1. el_safia

    el_safia

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    La liste des contes disponibles... :)

     


  2. kabyloo

    kabyloo

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    «Amachahou rebbi ats iselhou Ats ighzif anechth ousarou» (Ecoutez, que je vous conte une histoire, Dieu fasse qu’elle soit belle, longue et se déroule comme un long fil).

    Parmi les tabous qui existent en Kabylie, il y a celui du hibou (imiârouf) que personne n’ose transgresser, jusque de nos jours. On ne le tue pas et on ne mange jamais sa chair. On le considère comme un oiseau de malheur car dit-on quand il se met à hululer il faut s’attendre à ce qu’il y ait le lendemain un décès. D’un autre côté, on le considère comme l’animal le plus sage de la gent ailée. Ce qualificatif lui est donné suite à sa confrontation victorieuse avec le roi Salomon (ag’ellid’ Slimane). Cet ag’ellid’ dit la légende régnait sans partage sur tous les volatiles de la création. Et, à ce titre il peut exiger d’eux, tout ce qu’il veut. Ag’ellid’ Slimane, qui avait plusieurs femmes vient de se marier de nouveau avec une très jeune fille resplendissante de beauté. Comme cela ne lui est jamais arrivé il aime sa nouvelle femme à la folie. Il l’isole dans son palais, et met à sa disposition une armada de servantes qui doivent se plier à ses exigences de jour comme de nuit.
    Consciente de l’ascendant qu’elle a, sur son roi de mari, un jour elle lui dit :
    «-Vghigh amet’rah’
    S-rich g-ifrakh
    Bach thafkaou atsarthath’»
    (je veux une couche de duvet pour que je puisse me reposer)
    Les désirs de sa favorite étant des ordres ag’ellid’ Slimane bat le rappel de ses troupes ailées. En quelques minutes le palais est assiégé par tous les volatiles du pays, qui se demandent quel est l’objet d’un tel rassemblement. C’est la première fois que ag’ellid’ Slimane leur demande une chose pareille. D’habitude, il convoque quelques uns, mais convoquer tous les oiseaux à la fois est inhabituel et cela doit sûrement cacher quelque chose !
    Une fois tous les oiseaux rassemblés ag’ellid’ Slimane prend la parole et dit :
    «- Thamet’t’outh iou thevgha amet’rah’
    Bach akken ats arthah’
    Vghigh rich ennouen at’ot’ah’»
    (Ma femme désire une couche faite de votre duvet pour qu’elle puisse se reposer).
    Trop heureux de plaire à leur roi, les oiseaux s’arrachent avec leurs becs de fins duvets qu’ils mettent en tas sur une grande couverture de laine tissée (ah’aïk ou aâlaou).
    «Ag’ellid’ Slimane profite de l’occasion pour faire inscrire par ses scribes, les noms de tous les oiseaux qui ont répondu présent à son appel.
    On s’aperçoit avec dépit que seul le hibou (imiârouf) n’est pas venu. Il est aussitôt signalé à ag’ellid’ Slimane, qui accuse mal le coup. Il se met en colère et pense déjà à la punition qu’il devra lui infliger.
    Ce n’est qu’après deux jours d’absence, que le hibou se présente au palais. On le ramène devant ag’ellid’ Slimane, les yeux injectés de sang, il lui dit furieux :
    «- Achou ik it’fen armi d’thoura
    Ay ghar our-d oussidh ara ?»
    (Qu’est-ce qui t’a retenu jusqu’à maintenant, pourquoi tu n’es pas venu au bon moment ?)
    «- Je m’excuse majesté, mais j’étais fortement absorbé dans certains calculs que je n’ai pas vu le temps passé !
    - Et quels calculs faisais-tu ?
    - J’ai compté sans discontinuer les jours et les nuits.
    - A quel résultat es-tu parvenu ?
    - Je suis arrivé à déterminer qu’il y a beaucoup plus de jours que de nuits.
    - Comment ça ?
    - Aux jours j’ai additionné les nuits de pleine lune (thiziri) car durant ces nuits on voit comme en plein jour.
    - C’est effectivement vrai ce que tu dis. D’accord je t’excuse pour le premier jour de retard, et pour le second jour qu’as-tu à dire ?
    - Après avoir fini mes premiers calculs sur les jours et les nuits, je me suis mis à calculer le nombre d’hommes et de femmes vivant sur la terre.
    - Et, qu’est-ce que tu as trouvé ?
    - Majesté sans vouloir vous offenser, j’ai trouvé que le nombre de femmes est supérieur à celui des hommes.
    - Comment es-tu arrivé à ce résultat ?
    - Par le constat majesté !
    - Quel constat ?
    - Pour moi lors d’un litige opposant un homme à une femme, je considère qu’à chaque fois qu’un homme s’avoue vaincu et baisse les bras il devient de fait une femme. A ce type d’homme, on peut rajouter tous les hommes, même s’ils sont rois, qui obéissent aveuglément, aux caprices de leurs femmes qui leur exigent des choses insensées comme cela a été ces temps derniers !
    - L’allusion est flagrante !»
    Se sentant visé, ag’ellid’ Slimane se tient la barbe et réfléchit. Les paroles du hibou sont justes et justifiées, il n’a aucun prétexte pour le châtier. Assis sur son trône il bat des deux mains le rappel de tous les volatiles inscrits. Quand ils sont tous rassemblés autour de lui, il invite chacun des oiseaux à reprendre le duvet qu’il a donné. Il ne donne aucune explication mais tout le monde a compris. Les duvets qui devaient tapisser la couche de la reine, furent mis depuis ce jour dans les nids des oiseaux pour assurer aux oisillons, chaleur et douceur. C’est pour cela qu’on voit encore de nos jours dans les nids, des duvets.
    Our kefount eth h’oudjay inou our kefoun ir den ts emz’ine as n-elaid an en etch ak’ soum ts h’emz’ ine ama n g’a thiouenz’ iz’ ine».
    (Mes contes ne se terminent comme ne se terminent l'orge et le blé. Le jour de l'Aïd, nous mangerons de la viande et des pâtes, jusqu'à avoir des pommettes rouges et saillantes).

    depechedekabylie.com/aller vers culture
     
  3. kabyloo

    kabyloo

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    Le soleil dans le plat (Itij d’i thvaqith)

    «Amachahou rebbi ats iselhou Ats ighzif anechth ousarou» (Ecoutez, que je vous conte une histoire, Dieu fasse qu’elle soit belle, longue et se déroule comme un long fil).

    Ce n’est qu’en 1969 que le premier homme a posé ses pieds sur la lune. A en croire une légende kabyle, une mémée ayant vécu à une époque remontant à la nuit des temps, a fait mieux que les astronautes de la NASA. Elle a fait tomber dans son écuelle (Thavaqith is) la lune (ayour) pour faire des sortilèges. Encouragée par ce premier exploit, elle s’est attaquée ensuite au soleil (itij), mal lui en prit. Si l’opération de descente de la lune s’est passée sans incident, ce n’était pas le cas lors de la descente du soleil où soudainement le jour s’est transformé en nuit.
    Ce jour-là, elle a pris sa faucille (Amg’er) et a commencé à battre frénétiquement de l’eau versée dans un grand plat. L’émulsion produit des bulles, qui montent vers le ciel en myriades. La quantité produite est tellement considérable qu’en quelques instants le soleil est obscurci. Il rapétisse, rapétisse, jusqu’à devenir une petite boule qui tombe dans le plat de la vieille. Privés de la clarté du jour, les ténèbres s’emparent du monde, les premiers êtres humains qui ont assisté au phénomène sont affolés.
    Ils courent dans tous les sens car surpris. Ceux qui connaissent les dons de sorcière de la vieille, viennent la voir et lui demandent d’utiliser ses pouvoirs magiques pour remettre le soleil à sa place. Elle essaye mais en vain. Les gens se rassemblent autour d’elle, la soupçonnant, ils se font de plus en plus menaçants. Ils s’approchent d’elle, torches à la main pour la brûler vive dans sa chaumière, afin, que peut-être le soleil reprenne sa place. Apeurée, sentant sa mort proche, elle invoque Dieu :
    “Oh ya rebbi aâzizen
    Ghelt’agh elghelt’a moqren
    Itij illan d’eg g’enni
    id itsaken t’ia imedden
    Sah’argas-s ighlid d’ayen
    Vghan ay inghen elghachi”
    (Oh, mon Dieu !
    J’ai fait une grande erreur
    Le soleil qui était aux cieux
    Qui donnait la clarté
    Je l’ai fait tomber
    Les gens veulent me tuer)
    Dieu, courroucé, lui dit :
    “It’ij our itsoughal s-ig’enni
    Ama ouzlen id’amen
    id’ame memmi-m aâzizen”
    (Le soleil ne retournera au ciel,
    qu’après que tu aies sacrifié ton fils bien-aimé.)
    “C’est le prix à payer.”
    Acculée la vieille souricière accepte le sacrifice demandé. Ce fut-là, le premier sacrifice humain du monde. Une fois l’enfant sacrifié, le soleil reprend sa place dans le ciel et brille, depuis, au firmament.
    Ce sacrifice a eu un effet dissuasif sur toutes les sorcières à venir, si l’envie de faire tomber le soleil ou la lune dans leurs écuelles leur prend. Elles réfléchiront à deux fois, car automatiquement elles perdront leurs enfants.
    La menace divine ayant porté ses fruits, aucune sorcière n’a pu faire descendre sur terre, ni le soleil ni la lune. Les plus hardies ne réussissent qu’à provoquer cycliquement des éclipses (Afsakh G-itij) sans aucune conséquence sur les êtres vivants sur terre. Heureusement pour nous.
    Our kefount eth h’oudjay inou our kefoun ir den ts emz’ine as n-elaid an en etch ak’ soum ts h’emz’ ine ama n g’a thiouenz’ iz’ ine».
    (Mes contes ne se terminent comme ne se terminent l'orge et le blé. Le jour de l'Aïd, nous mangerons de la viande et des pâtes, jusqu'à avoir des pommettes rouges et saillantes).

     
  4. Ancien-Membre

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    awen d fkegh tasuqelt ar tefransist d wansi tuffigh deg ussan id itteddun.

    je vous livre la traduction en français de ce conte chaoui (histoire de l'ogre et de la belle femme )collecté par Gustave Mercier à la fin du XIXème siècle.je vous donne une chance de saisir le sens en lisant la version amazighe en premier.

    notez:
    haqsit' : taqsit'. le t étant prononcé chez beaucoup de locuteurs chaouis h.
    yeggur: iruh'
    mata: acu
    adetca : azekka
    netc : nek
    cem : kem
    herclen : zewdjen . rcel : zwedj .



    haqsit' n lghul d taqiyart

    Ruh’end iseyaden s ileghman nsen , xelden gher tmurt n ssyadet.Ileghman llefn-asen retaân,nehni tsayaden al lmaghreb u ad rewh’en gher umkan nsen.Ass-din iggur-d way, yufa ldjerret lghul di-s tlata n leqdam,id’efrit.yeggur, yuf-it ani g ibzed, lwehr n tirect.Ikker immedran-d,irewh’-d gher isaîfen-nnes, inna-asen:
    -Netc ufigh-d ldjerret lghul.ayaw a t-nelh’aq.
    Nnan-as:
    -la, netcni u h-nlah’aq ca, a way u as-nzemmer.
    inna-asen:
    -ucet fell-a rbaâtac m ussan.ma rewh’egh-d, ata i din; ur d-rewh’egh ca, awit alghem-inu s ssyadet.
    Adetca i din yuyir, id’efr-as ldjerret i lghul-din.yuyir rebaâ m ussan, netta iggur annak yufa ifri, yadf-it. yufa taqiyart di-s, henna-as:
    -mata a c-d-yuwin, a c-yetc lghul aya.
    inna-as:
    -cem mammek lqesset-nnem, mammek a cem-d-yuwin?
    henna-as:
    -ass-a tlata m ussan seg ay-d yuwi, netc taslit n mmi-s aâmmi, id-din yuwi-ay-d lghul.a netc qqimegh deg ifri, ittawi-ay-d lmakelt, qqimegh u ay-inghi.
    inna-as:
    -manis ad ittadef dir ad d-ireweh’?
    henna-as :
    -wa d abrid-nnes.
    yudef ammas n ifri, iaâmer lmaqrun-nnes, iqqim-as.itwadja lmaghreb annak ixled lghul. irfed zznad, yut yes, yugh-it djar tittawin annak years.iri-d ghar-s, yaf-it yuwi-d sen laîbad a hen-issum a hen-yetc.yensa netta d tmett’ut-din deg ifri,a detca i din,dellen ssrayen dug uzref itefferen, refden am i zemren, uyiren.ass-din wis rbaâtac, xelden gher umkan n isaîfen nsen, yufi-hen trajan.inna-asen:
    -lbeat-as aksum n ssyadet, ayaw a nruh’et gher ifri.
    xelden bdun reffden di sslah’ d lqecc,aâbban d ileghman-nsen, usin-d ad rewh’en haqliaât nsen.
    nehni xelden-d ammas m ubrid, kksen hamett’ut i uryaz-din.nnan-as araha,nnughen deg ubrid.issiwel lbarud’ djar-asen.ingha si-sen rebaâ.netta d tmett’ut uyiren wah’ad-sen,ald i xelden haqliaat-nsen,herclen.

    à bientôt
     
  5. Ancien-Membre

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    Histoire de l’ogre et de la belle femme

    Des chasseurs partirent avec leurs chameaux. Arrivés au pays de la
    chasse, ils lâchèrent leurs chameaux pour les laisser paître ; eux-mêmes
    chassaient jusqu’au coucher du soleil, et revenaient ensuite à
    leur campement. Un jour, l’un d’eux était en marche, lorsqu’il aperçut
    les traces d’un ogre, grandes chacune de trois pas, et il se mit à les
    suivre. Il alla, et trouva l’endroit où il avait déposé sa fiente, grande
    comme un tas d’ogre. Il s’en retourna et revint auprès de ses
    compagnons.
    – J’ai trouvé la trace d’un ogre, leur dit-il ; venez, allons le
    rejoindre.
    – Non, répondirent-ils, nous n’irons pas le rejoindre, car nous
    ne sommes pas plus forts que lui.
    – Accordez-moi quatorze jours, dit le chasseur ; si je reviens,
    vous le verrez, sinon, emmenez mon chameau avec la viande de la
    chasse.
    Le lendemain il partit, et se mit à suivre les traces de l’ogre. Il
    marchait depuis quatre jours, lorsqu’il découvrit une caverne dans
    laquelle il entra. Dedans se trouvait une belle femme qui lui dit :
    – Qui t’amène ici, où tu vas être mangé par cet ogre ?
    – Mais toi, répondit le chasseur, quelle est ton histoire, et
    comment l’ogre t’a-t-il apportée ici ?
    – Il y a aujourd’hui trois jours, répondit-elle, qu’il m’a enlevée ;
    j’étais la fiancée du fils de mon oncle, c’est alors que l’ogre m’a ravie.
    Je suis restée dans la caverne, il m’apporte de la nourriture, je reste là
    et il ne me tue pas.
    – Par où a-t-il l’habitude d’entrer, dit le chasseur, lorsqu’il
    revient ici ?
    – Voilà son chemin, répondit-elle.
    Il entra au milieu de la caverne, chargea son fusil et l’attendit.
    Au coucher du soleil, l’ogre arriva. Le chasseur arma la batterie, tira,
    atteignit l’ogre entre les deux yeux au moment où il s’asseyait.
    S’approchant de lui, il vit qu’il avait apporté deux hommes pour les
    faire cuire et les manger. Il passa la nuit avec cette femme dans la
    caverne. Le lendemain, ils employèrent la journée à extraire de
    1’argent caché, emportèrent ce qu’ils purent et se mirent en route. Le
    quatorzième jour, ils arrivèrent où ils avaient laissé leurs compagnons,
    et les trouvèrent qui attendaient.
    – Laissez la viande de la chasse, leur dit-il, et venez, retournons
    à la caverne.
    Une fois arrivés, ils se mirent à enlever des armes, des vêtements,
    chargèrent le tout sur leurs chameaux et partirent pour rentrer à leur
    village.
    Arrivés au milieu du chemin, les compagnons voulurent enlever
    cette femme au chasseur. Une dis**** s’engagea, ils se battirent sur la
    route. La poudre parla entre eux. Notre homme en tua quatre, et
    continua sa route seul avec la femme, jusqu’à ce qu’ils arrivassent à
    leur village, où ils se marièrent.
     
  6. tabib

    tabib

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    j ai pas encore lue tes comtes safia , mais il me parait que ta fait un travail enorme merite d etre lue , chapeau a toi safia
     
  7. pocoloco

    pocoloco

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    Il était une fois un couple très pauvre qui habitait près de la ville d'Issatis. Lui était berger et elle faisait des petits travaux à la ville dans les belles maisons. Ils avaient ainsi juste assez pour manger. Un jour elle passa devant une maison particulièrement magnifique vers laquelle plusieurs personnes se dirigeaient. Elle s'arrêta, fascinée et curieuse, et demanda s'il y avait là une sorte de cérémonie. On lui répondit que oui et qu'elle pouvait se joindre aux visiteurs. L'intérieur de la cour était encore plus beau. Sur le sol était posée une grande nappe en guise de table avec des fruits en quantité, tous murs et colorés, des noix, des amandes, du riz et des légumes qui dégageaient une odeur enivrante. Mais aucune viande. On lui expliqua que c'était la demeure du Shah-e Pariyoun (le roi des anges) et qu'aujourd'hui tout le monde était venu à jeun pour adresser leurs vœux à Dieu et qu'après tout le monde mangerait et que les voeux seraient exauces. La femme du berger fit comme les autres et pria pour une vie meilleure et plus facile. Elle promit de donner le même festin tous les ans si son vœu se réalisait. Ils mangèrent tous réunis et la femme du berger rentra chez elle pour raconter cette merveilleuse journée a son mari.

    Le temps passa et la femme du berger tomba enceinte, en même temps que la femme du Shah. Elles accouchèrent aussi dans la même période, mais la reine n'avait pas assez de lait pour son enfant et le roi chercha une nourrice. Il trouva naturellement la femme du berger et ainsi commença pour le pauvre couple une vie meilleure et plus facile. Tout à son bonheur, la femme du berger oublia sa promesse. La reine demanda un jour à la nourrice de surveiller ses bijoux pendant qu'elle prenait son bain. Alors surgirent du mur des mains de pierres qui s'emparèrent des précieux objets et disparurent. La nourrice expliqua ce qui c'était passé, mais la reine qui n'avait rien vu ne la crut pas un instant. Le couple fut chasse du palais et leur vie misérable recommença. La promesse faite plus d'un an auparavant revint à la mémoire de la nourrice et elle décida de réparer sa faute en préparant le repas. Elle prit leur seul trésor, une bague, et la vendit pour acheter la nourriture, de beaux fruits, des noix, du riz et des légumes. Ils jeûnèrent, firent le voeu de retrouver leur vie précédente et mangèrent. En même temps, au palais, deux mains de pierres sortirent du mur pendant le repas royal et déposèrent devant le couple les bijoux volés. Le Shah et sa femme comprirent que la nourrice n'avait pas menti et ils allèrent eux-mêmes chercher le pauvre couple pour les ramener au palais.

    Depuis ce jour, chaque année un beau repas est préparé pour la fête du Shah-e Pariyoun et toutes les familles zoroastriennes fêtent, chantent et dansent ensembles.

     
  8. pocoloco

    pocoloco

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    Un homme et sa femme se battaient un jour pour savoir lequel des deux iraient apporter l'eau à la vache. Excédés des cris et des paroles vaines, ils décidèrent que le premier qui parlerait irait remplir l'abreuvoir. Ils s'assirent et se turent. Un voleur entra, et aucun des deux ne bougea ni ne parla. Le voleur dit qu'il était venu les voler. Aucune parole. Le voleur saisit tous leurs biens et s'en alla. La femme se tourna vers son mari et lui dit : pourquoi n'as-tu rien dit, nous n'avons plus rien maintenant! L'homme ravi lui répondit: tu as parlé, vas apporter l'eau à la vache!


    conté par M. Vakilian
     
  9. el_safia

    el_safia

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    Merci :) C'est bien là l'effet d'un encouragement continuelle et la participation de bladinautes nombreux (Doumia, Poco, Zawad, Kabyloo, Andaaz...)

    A tous et à toi je dis un grand merci :)
    A tous les lecteurs aussi. :)
     
  10. el_safia

    el_safia

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    mdrrrrrrrrrr c'est typique homme ! :-D
    J'ajouterais théatrelement :
    Et c'est là que l'homme parla mdrrrr
     
  11. pocoloco

    pocoloco

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    Il était une fois proche du village de Naran, un lac magnifique. Les fées avaient l'habitude de venir s'y baigner et cela vint aux oreilles du prince Séphal Maluk qui vivait loin de là, en Asie centrale, à Boukhara. Il décida d'aller voir ce lac et quitta son royaume pour un long voyage. Il traversa l'Afghanistan, les montagnes et le Khyber Pass pour rejoindre la vallée du Swat et le village de Naran, et finalement le lac. Il se cacha, attendant la venue des fées pour les observer. Elles arrivèrent, se déshabillèrent et laissèrent les habits sur le bord pour aller se baigner. Une d'elle était Badri Jamala, la plus belle des fées et le prince voulu l'épouser. Il saisit les habits et les dissimula, et lorsque les fées sortirent de l'eau il promit de rendre les vêtements à la condition que Badri Jamala l'épouse. Devant un si beau prince elle accepta aisément, et il rendit les vêtements.
    Badri Jamala épousa Séphal Maluk, mais le Jinn Afra était jaloux. Il s'empara de la fée pour l'emmener dans son royaume. Le prince fut très inquiet et triste de la disparition de sa femme et alla chercher un saint homme pour l'aider. Il lui raconta son histoire et demanda au saint ou pouvait être sa femme. Le saint lui répondit qu'elle avait été enlevée par le Jinn Afra qui habitait à Kohekaf, dans l'actuelle Russie. Séphal Maluk alla donc à Kohekaf pour défier Afra et le battit en duel à l'épée. Il ramena sa femme avec lui pour vivre à Naran et ils vécurent heureux.
    Le lac où ils s'étaient rencontré prit le nom de Lac de Séphal Maluk.
     
  12. el_safia

    el_safia

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    koi koi.... hummmm.... Hchoumaaa k on l'enterre vif ce mécréant qui ose regarder des femmes en l'image de fées prendre un bain...

    O zut j'oubliais c taliban ca devrait plutot etre : K l'on enterre ces femmes qui osent prendre un bain nue dans le monde des Hommes...

    .....
     
  13. pocoloco

    pocoloco

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    Faire intervenir un talibanais, ça gâche un conte -même un conte Afghan :-( :)


     
  14. el_safia

    el_safia

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    oui tu as tout à fait raison : ca gâche toute une vie... :)
     
  15. el_safia

    el_safia

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    Mille merciiii Poco j'en veux d'autres :)
     
  16. FidoQc

    FidoQc

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    Je vous remercie de ces posts interessants, qui font réveiller en nous des souvenirs d'enfance, à chaque fois que je me connecte je viens lire 2 a 4 histoires, c'est vraiment beau à lire et prendre conscience que nous avons`un héritage à conserver...
    Certains nos parents ou grand parents ne l'ont raconté, d'autres je les lis pour la première fois. Mais une chose est sûre, je réciterai bien certains à mes enfants espérant qu'ils les sauvegarderont aussi et d'en prendre des leçons....
    Merci beaucoup
     
  17. dayda

    dayda

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    je lis, je fais une copie et j enregistre
    merci a tous ceux qui ont participé a enrichir ce post ;-)
     
  18. el_safia

    el_safia

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    Merci à toi aussi de lire et de prendre le temps de nous faire part de ton appréciation :).

    Je suis vraiment fière de l'idée que j'ai eu, et de ma patience à toujours mettre un nouveau conte même si parfois ce n'est pas aussi facile quand tu ne recois aucun feedback... :)
     
  19. el_safia

    el_safia

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    Je suis hyper contente ce topic a atteint 10708 lectures sans avoir à être un topic ou l'on parle de virginité, d'humeur journalière ou de truc jrad ! :-D

    Youpiiii ca court pas les topics, un tel topic avec une telle audiance ! :)
     
  20. pocoloco

    pocoloco

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    -Mon nom est Orlandine, au moins c’est ainsi que m’appelaient le peu de personnes qui habitaient avec moi le châtel de Sombre, dans les Pyrénées. Là, je n’ai vu d’êtres humains que ma gouvernante qui était sourde, une servante qui bégayait si fort qu’on eût pu l’appeler muette, et un vieux portier qui était aveugle.
    »Ce portier n’avait pas beaucoup à faire, car il n’ouvrait la porte qu’une fois par an, et cela à un monsieur qui ne venait chez nous que pour me prendre par le menton et pour parler à ma duègne en langue biscayenne que je ne sais point.
    Heureusement, je savais parler lorsqu’on m’enferma au châtel de Sombre, car je ne l’aurais sûrement pas appris des deux compagnes de ma prison. Pour ce qui est du portier aveugle, je ne le voyais qu’au moment où il venait nous passer notre dîner à travers les grilles de la seule fenêtre que nous eussions. À la vérité, ma sourde gouvernante me criait aux oreilles je ne sais quelles leçons de morale, mais je les entendais aussi peu que si j’eusse été aussi sourde qu’elle, car elle me parlait des devoirs du mariage et ne me disait pas ce que c’était un mariage. Elle me parlait de même de beaucoup de choses qu’elle ne voulait pas m ‘expliquer. Souvent aussi, ma servante bègue s’efforçait de me conter quelque histoire, qu’elle m’assurait fort drôle, mais, sans jamais aller jusqu’à la seconde phrase, elle était obliger d’y renoncer et s’en allait en me bégayant des excuses dont elle se tirait aussi mal que de son histoire.
    »Je vous ai dit que nous avions qu’une seule fenêtre, c’est-à-dire qu’il n’y en avait qu’une qui donnât dans la cour du châtel. Les autres avaient la vue sur une autre cour qui, étant plantée de quelques arbres, pouvait passer pour un jardin et n’avait aucune autre issue que celle qui conduisait à ma chambre. J’y cultivai quelques fleurs, et ce fut mon seul amusement. Je dis mal, j’en avais encore un, et tout aussi innocent : c’était un grand miroir où j’allais me contempler dès que j’étais levée, et même au saut du lit. Ma gouvernante, déshabillée comme moi, venait s’y mirer aussi, et je m’amusais à comparer ma figure à la sienne. Je me livrais aussi à cet amusement avant de me coucher, et lorsque ma gouvernante était déjà endormie. Quelquefois, je m’imaginais voir dans mon miroir une compagne de mon âge qui répondait à mes gestes et partageait mes sentiments.
    »Je vous ai dit qu’il y avait un monsieur qui venait tous les ans, une fois, pour me prendre par le menton et parler basque avec ma gouvernante. Un jour, ce monsieur , au lieu de me prendre par le menton, me prit par la main et me conduisit à un carrosse à soupentes, où il m’ enferma avec ma gouvernante. On peut bien dire enferma, car le carrosse ne recevait de jour que par en haut. Nous n’en sortîmes que le troisième jour, ou plutôt que la troisième nuit, au moins la soirée était-elle fort avancée. Un homme ouvrit la portière et nous dit :
    »Vous voici sur la place de Bellecour, à l’entrée de la rue Saint-Raymond, et voici la maison du prévôt de La Jacquière. Où voulez-vous qu’on vous mène?
    »-Entrez dans la première porte cochère après celle du prévôt, répondit ma gouvernante.»
    Ici, le jeune Thibaud devint fort attentif, car il était réellement le voisin d’un gentilhomme, nommé le Sire de Sombre, qui passait pour être d’un caractère jaloux, et ledit sire de sombre s’était maintes fois vanté devant Thibaud de montrer un jour qu’on pouvait avoir femme fidèle et qu’il faisait nourri en son châtel une dariolette qui deviendrait sa femme et prouverait son dire.
    Mais le jeune Thibaud ne savait pas qu’elle fût à Lyon et se réjouit bien de l’avoir en sa main.
    Cependant Orlandine continua en ces termes :
    -Nous entrâmes donc dans une porte cochère, et l’on me fit monter en de grandes et belles chambres, et puis de là, par un escalier tournant, en une tourelle d’où il me sembla qu’on aurait découvert toute la ville de Lyon s’il eût fait jour, mais le jour même on n’y eût rien vu, car les fenêtres étaient bouchées avec du drap vert très fort. Au revenant, la tourelle était éclairé par un beau lustre de cristal, monté en émail. Ma duègne, m’ayant assise en un siège, me donna son chapelet pour m’amuser et sortit en fermant la porte sur elle à double et triple tour.
    »Lorsque je me vis seule, je jetai mon chapelet, je pris des ciseaux que j’avais à ma ceinture et je fis une ouverture dans le drap vert qui bouchait la fenêtre.
    Alors je vis une autre fenêtre fort près de moi et, par cette fenêtre, une chambre fort éclairée où soupaient trois cavaliers et trois jeunes filles, plus beaux, plus gais que tout ce que l’on peut imaginer. Ils chantaient, riaient, buvaient, s’embrassaient. Quelquefois même, ils se prenaient par le menton, mais c’était d’un tout autre air que le monsieur du châtel de Sombre qui, pourtant, n’y venait que pour cela. De plus, ces cavaliers et ces demoiselles se déshabillaient toujours un peu plus, comme je le faisais le soir devant mon grand miroir et, en vérité, cela leur allait aussi bien et non pas comme à ma vieille duègne.»
    Ici messire Thibaud vit bien qu’il s’agissait d’un souper qu’il avait fait la veille avec ses deux amis. Il passa son bras autour de la taille souple et ronde d’Orlandine et la serra contre son cœur.
    […]
    Orlandine termina ici son histoire. Messire Thibaud baisa sa main et lui dit :
    -Belle fourvoyée, faites-moi la faveur de me dire si vous habitez toute seule cette jolie maison.
    -Toute seule, reprit la belle, avec ce petit nègre et ma gouvernante. Mais je ne pense pas qu ‘elle puisse revenir ce soir au logis.
    Le monsieur qui me prenait par le menton m’a fait dire de venir le trouver chez une de mes sœurs avec ma gouvernante, mais qu’il ne pouvait envoyer son carrosse, qui était allée chercher un prêtre.
    Nous y allions donc à pied. Quelqu’un nous a arrêtées pour nous dire qu’il me trouvait jolie. Ma duègne, qui est sourde, a cru qu’il me disait des injures et lui en a répondu. D’Autres gens sont survenus et se sont mêlés de la querelle.
    J’ai eu peur et je me suis mis à courir. Le petit nègre a couru après moi. Il est tombé. Sa langue s’est brisée et c’est alors, beau sire, que, pour mon bonheur, je vous ai rencontré.
    […]
    Si bien dit-il, si bien dit-elle, que tout en marchant et devisant ils arrivèrent au bout du faubourg, à une chaumière isolée, dont le petit nègre ouvrit la porte avec une clé qu’il avait à la ceinture.
    […]
    Sur ce, le petit nègre vint couvrir la table, et Thibaud s’aperçut que ce n ‘était pas un enfant, comme il l’avait cru d’abord, mais comme un vieux nain tout noir et d’une figure affreuse. Cependant le petit homme apporta quelque chose qui n’était point laid. C’était un bassin de vermeil dans lequel fumaient quatre perdrix, appétissantes et bien apprêtées et, sous le bras, il avait un flacon d’hypocras. Thibaud n’eut pas plus tôt bu et mangé qu’il lui sembla qu’un feu liquide circulait dans ses veines. Pour Orlandine, elle mangeait peu et regardait beaucoup son convive, tantôt d’un regard tendre et naïf, tantôt avec des yeux si plein de malice que le jeune homme en était presque embarrassé.
    Enfin, le petit nègre vint ôter la table. Alors Orlandine prit Thibaud par la main et lui dit :
    -Beau cavalier à quoi voulez-vous que nous passions cette soirée?
    Thibaud ne sut que répondre.
    -Il me vient une idée, dit encore Orlandine. Voici un grand miroir. Allons y faire des mines comme j’en faisait au châtel de Sombre. Je m’y amusais à voir que ma gouvernante était faite autrement que moi. À présent, je veux savoir si je ne suis pas autrement faite que vous.
    Orlandine plaça leurs chaises devant le miroir, après quoi elle délaça la fraise de Thibaud et lui dit :
    -Vous avez le col fait à peu près comme le mien. Les épaules aussi, mais pour la poitrine, quelle différence! La mienne était comme cela l’an passé, mais j’ai tant engraissé que je ne me reconnais plus. Ôtez donc votre ceinture. Défaites votre pourpoint. Pourquoi toutes ces aiguillettes?…
    Thibaud, ne se possédant plus, porta Orlandine sur le lit de moire de Venise et se crut le plus heureux de tous les hommes…
    Mais bientôt il changea de pensée, car il sentit come des griffes qui s’enfonçaient dans son dos :
    -Orlandine, Orlandine, s’écria-t-il, que veut dire ceci?
    Orlandine n’était plus. Thibaud ne vit à sa place qu’un horrible assemblage de formes inconnues et hideuses.
    -Je ne suis point Orlandine, dit le monstre d’une voix épouvantable, je suis Belzébuth.
    Thibaud voulut invoquer le nom de Jésus, mais Satan qui le devina lui saisit la gorge avec les dents et l’empêcha de prononcer ce saint nom.

    Le lendemain matin, des paysans qui allaient vendre leurs légumes au marché de Lyon entendirent des gémissements dans une masure abandonnée, qui était près du chemin et servait de voirie. Ils y allèrent et trouvèrent Thibaud couché sur une charogne à demi pourrie.
    […]




    Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse.
     

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