Les 1001 contes réunis

Discussion dans le forum 'Culture' créée par el_safia le 17 Oct. 2004.

  1. sWiW

    sWiW

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    Quelle coincidence :rolleyes:

    Non wallah je suis subjugué


  2. pocoloco

    pocoloco

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    Un jeune homme voulait se marier. La mort brutale se dresse devant lui :

    " le jour de ton mariage, dit-elle, tu vas mourir. "

    Le jeune homme tressaille. Il ne dit rien. Il s’en va, il arrive au pied du mont Pletchna. Là-haut, assis sur son trône aérien, un vieillard à longue barbe blanche apparaît, son sceptre à la main. Son visage est lumineux. Il demande :

    " Mon garçon, pourquoi es-tu ici ? où vas-tu ? "

    " Moi, dit le jeune homme, je fuis la mort "

    Le vieillard réfléchit, il hoche la tête, se frotte la barbe, et se tourne vers le jeune homme :

    " Crois-moi, personne encore n’a réussi à échapper à cette horrible peste. Mais, écoute, c’est moi qui détiens le pouvoir de couper le fil de la vie, c’est moi qui dis : Prends l’âme d’un tel, qu’un tel ait une vie brève, un tel une longue vie. "

    Mais qui es-tu, Bâb ?
    On m’appelle le Temps
    Si tu as une telle puissance entre les mains, Bâb, je me jette à tes pieds, délivre-moi, tu vois que je suis un jeune garçon, plein de désirs, pourquoi la mort me fait-elle une telle vilenie, que lui ai-je fait ?
    Le vieillard s’apitoie et dit :

    " Puisqu’elle t’a fait peur, et que tu t’es sauvé, sois un vagabond, va maintenant, à cent pas d’ici, à droite sous un prunier sauvage coule une source limpide comme un œil de grue, va, bois cette eau, ta peur s’évanouira et la patience tu acquérras, va ton chemin ! que Dieu soit avec toi, va ! "

    Le jeune homme baise les mains du vieillard, le remercie, va boire l’eau qui dissipe sa peur et le rend patient. Il se met en route, il marche, il marche… Il arrive dans une ville au bord de la mer, il y travaille plusieurs années, il gagne beaucoup d’argent, il retourne dans son village.

    A peine entré dans sa maison, soudain, la mort se dresse devant lui.

    " Tu t’étais sauvé, hein ? Mais qui peut s’arracher de mes mains ? Allons, donne-moi ton âme ! "
    La mère se jette entre eux :

    " Mon jeune enfant, dit-elle, pourquoi veux-tu le tuer ? Si tu veux une âme, prends la mienne ! "

    La mort lui retire son âme, depuis les pieds jusqu’à la gorge. La mère ne supporte pas la douleur, elle dit :

    " Ah ! Ah ! Ne prends pas mon âme ! "

    Le père se jette entre eux :

    " Mon fils unique, le pilier et la lumière de ma maison, ne le tue pas, si tu veux une âme, prends la mienne ! "

    La mort lui retire son âme, depuis les genoux jusqu’au bout de la langue. Le père ne supporte pas la douleur, il dit :

    " Par la grâce de ton soleil, ne prends pas mon âme ! "

    Alors le garçon dit :

    " Je ne leur en veux pas, ils ont voulu partager ma faute.

    Puisque tu es venue, viens, allons chez ma fiancée, si elle ne veut pas donner son âme, alors, contre mon gré, tu prendras la mienne. "

    Ils vont chez la fiancée. Quand la jeune fille les voit, elle ne fait aucun cas de la mort, elle court, elle se serre contre son bien-aimé, elle l’embrasse passionnément, elle l’enlace, on dirait qu’ils ne sont qu’une âme et qu’un corps.

    " Holà, dit la mort, ça suffit ! mon temps est compté. Quelle est ta décision maintenant ? "

    Qu’est-ce que tu veux ? demande la jeune fille.
    L’âme du garçon.
    Ne prends pas la sienne, prends la mienne !
    La mort lui retire son âme depuis les ongles jusqu’au bout des cheveux. La jeune fille dit :

    " Pourquoi me tortures-tu ? Si tu veux mon âme, prends-la d’un seul coup ! Seulement, avant de la prendre, laisse-moi embrasser mon fiancé encore une fois

    La mort prend l’âme de la jeune fille, mais elle est très étonnée, elle regarde le garçon, elle regarde la fille… Son cœur s’attendrit, elle lui rend son âme, elle les laisse et s’en va.

    Les fiancés, débordant de joie, rentrent à la maison. Ils font la noce pendant trois jours et trois nuits, ils réalisent leurs vœux.

    Trois pommes sont tombées du ciel, une pour la mariée, une pour le marié et une pour le vieillard à barbe blanche qui a été, est et sera jusqu’à la fin du monde. Amen.
  3. el_safia

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  4. pocoloco

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    Un vieil homme vivait misérablement avec sa vieille femme. Ils avaient vécu pendant des décennies mais n'avaient pas eu d'enfant. Depuis leur jeunesse, ils vivotaient comme ils pouvaient. Ils vieillissaient ensemble, sans avoir jamais pu satisfaire leur désir de donner quelque chose à quelqu'un. Ils en étaient affligés, et souvent ils pleuraient. Un jour ils taillèrent une bûche, l'enveloppèrent dans des langes, la posèrent dans un berceau. Ils la firent balancer et la bercèrent tant et tant qu'un jour à la place de la bûche, ils trouvèrent dans le lange un fils. Téréchenka, c'était le nom qu'ils lui donnèrent, était une véritable bénédiction! Le garçon grandit en taille et en sagesse. Son père lui fabriqua une barque, et Téréchenka allait pêcher le poisson. Et chaque jour, sa mère lui apportait du lait et du fromage. Elle venait au bord de la rivière et l'appelait:

    - Téréchenka, mon fils ! Viens près du bord, viens! C'est moi ta mère, je t'apporte du lait.

    De loin, Téréchenka entendait la petite voix de sa mère. Il s'approchait de la berge, déchargeait son poisson. Après avoir mangé et bu, il se remettait à pêcher.

    Un jour, sa mère lui dit:

    - Téréchenka, mon fils chéri, la sorcière Chouvilka te guette. Fais bien attention à ne pas tomber entre ses griffes.

    Après l'avoir averti, elle s'éloigna. C'est alors que la sorcière arriva sur le rivage et l'appela de sa voix horrible:

    - Téréchenka, mon fils chéri. Viens près du bord, viens! C'est moi, ta mère, je t'apporte du lait.

    Mais Téréchenka ne se laissa pas tromper et dit:

    - Plus loin, va plus loin, ma barque! Ce n'est pas la voix bien-aimée de ma mère, c'est celle de la méchante sorcière.

    Chouvilka entendit ces mots, elle courut chez un vieux sorcier pour s'y procurer une voix semblable à celle de la mère de Téréchenka. Comme d'habitude, la mère arriva au bord de la rivière et appela son fils d'une voix fluette:

    - Téréchenka, mon fils, viens près du bord, viens!

    La mère lui donna à manger et à boire et il retourna à la pêche. Survint la sorcière. Elle se mit à chanter avec une petite voix d'emprunt, qui était exactement celle de la mère bien-aimée. Téréchenka reconnut sa mère et vint sur la berge. La sorcière se jeta sur lui, l'attacha, le mis dans un sac et s'enfuit avec sa proie. Elle arriva à son isba montée sur des pattes de poulet, et ordonna à sa fille de le faire rôtir. Aussitôt, elle tourna les talons et repartit en chasse.

    Téréchenka était un paysan fort intelligent. Il n'avait pas l'intention de se laisser faire. Finalement, il réussit à faire griller la fille de la sorcière à sa place. Puis, il grimpa tout en haut d'un grand chêne, et attendit. Chouvilka ne tarda pas à revenir. Elle pénétra dans son isba, se mit à manger et à boire, puis sortit dans la cour en glissant et en volant et s'exclama:

    - Je vole et je glisse de joie! je me suis régalée de Téréchenka.

    Et lui du haut de son chêne lui cria:

    - Vole et glisse, sorcière! De ta fille tu as mangé la chair.

    Elle l'entendit, leva la tête tourna ses yeux de tous les côtés...personne! Alors elle reprit:

    - Je vole et je glisse de joie! Je me suis régalée de Téréchenka.

    Il lui répondit:

    - Vole et glisse, sorcière! De ta fille tu as mangé la chair.

    Effrayée, elle scruta autour d'elle et aperçut Téréchenka sur le grand chêne. D'un bond, elle se précipita chez le forgeron:

    - Forgeron, forgeron, fabrique-moi une hache!

    Le forgeron lui forgea un hache et lui dit malicieusement:

    - Surtout frappe du côté plat, et pas du côté tranchant.

    Elle lui obéit: elle frappa, elle frappa, elle cogna, elle cogna...mais en vain. Alors, elle approcha ses lèvres du chêne et se mit à le rogner avec ses dents. Après un bon moment, l'arbre commença à craquer.

    Dans le ciel passait un groupe de cygnes et d'oies. Téréchenka voyant son malheur, leur adressa une prière et une supplique:

    Cygnes et oies, sauvez-moi.
    Prenez-moi dessus votre aile.
    Allons ensemble chez mes parents,
    Ils vous donneront à manger et à boire.

    Mais les cygnes et les oies répondirent:

    - Pas le temps ! Une autre troupe arrive, plus affamée que nous. Ils t'enlèveront d'ici et t'emmèneront.

    Mais la sorcière continuait inlassablement à ronger. Les copeaux volaient de toute part. Le chêne craquait et tremblait. Passa un autre escadron de cygnes et d'oies. A nouveau, Téréchenka les supplia:

    Cygnes et oies, sauvez-moi.
    Prenez-moi dessus votre aile!
    Allons ensemble chez mes parents,
    Ils vous donneront à manger et à boire.

    - Pas le temps, lui répondirent les oies. Il y a derrière nous une petite oie à moitié déplumée. Elle te prendra et te transportera.

    L'oie n'arrivait pas et le chêne craquait et vacillait. La sorcière rognait et rognait, jetant de temps en temps un oeil sur Téréchenka avant de se remettre à l'ouvrage. L'idée de le voir tomber et être à sa merci la faisait redoubler d'ardeur. Par chance, l'oison déplumé n'était plus qu'à quelques battements d'aile du chêne. De loin, Téréchenka le supplia avec empressement:

    - Oison, de grâce, emporte-moi, permets-moi de m'asseoir sur ton aile et emmène-moi jusque chez mon père et ma mère. Ils te traiteront comme un roi.

    Le pauvre oison déplumé eut pitié et détourna son vol. De son aile droite, il cueillit Téréchenka au sommet de son chêne et l'installa sur son dos. Ils s'éloignèrent tous les deux. Il était temps. Le chêne s'abattit dans un formidable craquement. Dans sa chute, il écrasa la sorcière, qui rendit son dernier soupir.

    Arrivés à destination, l'oison et son protégé se posèrent dans l'herbe devant la fenêtre de la mère bien aimée. La vieille était occupée à faire des crêpes, en pensant à son cher fils disparu. Elle disait tristement :

    - Celle-ci est pour toi, mon invité. Celle-là est pour toi mon vieux mari. Et cette dernière est pour moi.

    Et Téréchenka, par la fenêtre, ajouta:

    - Et moi ?

    - Va voir dehors, grand père, va voir, qui nous demande une crêpe ? dit la vieille femme.

    Le vieil homme sortit, aperçut Téréchenka et le prit dans ses bras. Puis il le conduisit vers sa mère qui le serra contre son coeur. Ils festoyèrent ensemble. L'oison put boire et manger à volonté. Et depuis cette époque, il bat des ailes avec majesté. Il vole devant ses compagnons et n'oubliera jamais Téréchenka.
  5. el_safia

    el_safia

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    Merci Pocoloco pour le 96 ème conte ! :)

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