11 septembre: Choc chez Ardisson

Discussion dans le forum 'Actualités marocaines' créée par lokas le 25 Oct. 2004.

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    lokas

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    L’entrevue d’Eric Laurent, grand reporter,
    spécialiste de politique étrangère,
    au sujet de son livre Le monde secret de Bush
    dans l’émission « Tout le monde en parle »
    de Thierry Ardisson sur France 2, de la nuit du
    samedi 7 au dimanche 8 mars 2003,
    suivie d’un débat avec William Kristol,
    néo-conservateur américain,
    directeur du Weekly Standard

    Sont cités par ordre d'intervention parmi les invités : Henri Leconte, Laurent Baffie et Keway des Models.

    Thierry Ardisson : Et maintenant… (on entend la chanson de Jacques Dutronc « On nous cache tout, on nous dit rien ») voici Eric Laurent.

    (Entrée d’Eric Laurent sous les applaudissements. Fond musical de synthé rock. Eric Laurent va s’asseoir parmi les invités.)

    Thierry Ardisson : Eric Laurent, bonsoir.

    Eric Laurent : Bonsoir.

    Thierry Ardisson : Vous êtes grand reporter, spécialiste de politique étrangère, auteur de La guerre du Golfe, le dossier secret en collaboration avec Pierre Salinger, auteur de Tempête du désert et de La guerre des Bush dont vous nous avez parlé sur ce plateau. C’est là que vous nous avez annoncé que le grand-père Bush avait fait du business avec les nazis, et puis aussi que les Bush étaient en affaire avec des proches de Ben Laden. Le livre s’est bien vendu, j’imagine, parce que y’avait quand même du biscuit dedans !

    Eric Laurent : Ah oui ! il s’est très bien vendu et il s’est vendu également dans dix-neuf pays.

    Thierry Ardisson : Ah ouais !

    Eric Laurent : Mais sauf aux Etats-Unis. Il s’est vendu en Chine…

    Thierry Ardisson : Ouais…

    Eric Laurent : en Russie…

    Thierry Ardisson : ouais…

    Henri Leconte : Pourquoi pas ?

    Eric Laurent : il a été best seller…

    Henri Leconte : J’comprends pas (il rit).

    Eric Laurent : best seller en Allemagne. (Répondant à Henri Leconte Oui, moi non plus (il rit).

    Henri Leconte (avec un air faussement étonné) : Pourquoi pas aux Etats-Unis ?

    Thierry Ardisson : Alors votre nouveau livre s’appelle Le monde secret de Bush.

    (Gros plan sur un clavier de synthétiseur. Un doigt appuie sur une touche où est inscrit « Promo ». Fond musical de trompettes. Zoom avant sur le livre Le monde secret de Bush installé dans un luxueux présentoir.)

    Thierry Ardisson : Alors la question que vous posez dans ce livre, Eric Laurent, intéresse tout le monde, la question c’est : qui gouverne réellement l’Amérique ? ouais, hein ? Alors ça commence avec l’élection de W. (il prononce à l’anglaise : Debeliou), une élection contestable avec trois cent trente-sept mille cinq cent soixante-seize votes de moins que le perdant.

    Eric Laurent : Le point de départ de cette enquête que j’ai menée aux Etats-Unis, c’était en effet ça, cette élection qui était étrange, controversée, et dans laquelle j’ai découvert que, notamment, deux juges de la cour suprême qui ont fait basculer le vote en faveur de George W. (Debeliou) Bush étaient des proches, à la fois de la famille Bush…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : et l’autre aussi était mêlé à des milieux d’extrême droite.

    Thierry Ardisson : Donc élection contestable et contestée. Et ce que vous racontez dans votre livre de plus grave, c’est que le jeune Bush, W. (Debeliou), a vaincu son complexe par rapport à son père et sa dépendance à l’alcool grâce à la bible. Et depuis, c’est un illuminé, quoi ! Jésus, dit-il, est son penseur préféré ; sa mère le prend pour Moïse ; enfin c’est très inquiétant quand on lit votre truc, hein ?

    Eric Laurent : Oui, le vrai problème c’est que le seul livre, le premier livre que George W. (Debeliou) ait lu de la première à la dernière ligne, c’est, à l’âge de trente-neuf ans, la bible.

    Thierry Ardisson : Ouais !

    Eric Laurent : Mais dans des conditions assez précises : c’est qu’en effet il traversait une crise personnelle grave, il buvait, son ménage battait de l’aile, et donc il y avait un de ses amis qui traversait également de grandes difficultés, un texan comme lui, et qui…

    Thierry Ardisson : Evans, ouais...

    Eric Laurent : est aujourd’hui son ministre du commerce.

    Thierry Ardisson : Ouais, ouais.

    Eric Laurent : Et pendant deux ans, ces hommes, ce sont deux hommes qui, aujourd’hui, ont des postes clefs, sont immergés dans, en effet, donc la lecture attentive de la bible d’où Bush est ressorti transfiguré…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : en disant : « J’ai trouvé un ami en la personne de Jésus ». Et il a d’ailleurs dit peu après, juste après son entrée à la Maison Blanche, il a dit à un groupe, en effet donc, de responsables religieux, il a dit : « Vous savez, je suis persuadé que Dieu a une mission pour moi…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : autrement je ne serais pas là, je serais dans un bar du Texas et non pas dans le bureau Ovale. Et alors ce qui est plus grave, évidemment, c’est l’entourage.

    Thierry Ardisson : Alors y’a beaucoup d’illuminés autour de lui, hein ? beaucoup qui croient au retour de l’antéchrist, au retour du messie ; enfin on est dans un délire absolu, là.

    Eric Laurent : Oui, moi, ce qui m’a intéressé, ce que j’ai trouvé fascinant dans cette enquête c’est qu’au fur et à mesure que j’avançais, on trouvait en effet des personnages qui sont des personnages extrêmement inquiétants, qui croient en effet que nous sommes à la veille de la fin du monde. Alors on pourrait penser que ce sont des marginaux. Ils sont entre quinze et dix-huit millions, donc d’électeurs qui soutiennent George W. (Debeliou) et qui sont des chrétiens fanatiques opposés, mais absolument opposés, à tout ce qui est en effet libéralisation des mœurs…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : évidemment avortement, n’en parlons pas ; contre l’aide aux pauvres, aux déshérités, aux faibles, car ils ont une haine farouche pour les faibles en plus, vraiment bon…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : Et sur l’autre versant…

    Thierry Ardisson : C’est en ça qu’ils ne sont pas très chrétiens, on pourrait dire…

    Eric Laurent : Oui, ils ne sont pas très chrétiens. Et sur l’autre versant, ils ont une fascination également parce qu’ils pensent que c’est là la terre du jugement dernier, ils ont une fascination pour Israël…

    Thierry Ardisson : Mm.

    Eric Laurent : parce qu’ils pensent que nous sommes à la veille de la nouvelle armaguédon, et l’antéchrist est déjà sur terre. Ils le disent : « Il est déjà sur terre ». Nous sommes entrés dans la lutte du bien et du mal, et il va y avoir bientôt le retour en effet donc du messie, mais un messie qui sera chrétien, et ce messie ré-instaurera le royaume de Dieu. Mais alors, évidemment, ne survivront dans leur logique…

    Thierry Ardisson : que les vrais chrétiens…

    Eric Laurent : que les vrais chrétiens…

    Thierry Ardisson : ou ceux qui se convertissent.

    Eric Laurent : ni les juifs ni les musulmans.

    Thierry Ardisson : Voilà !

    Eric Laurent : Et comme le disait d’ailleurs un observateur juif : « Vous savez, c’est une pièce qui ne nous concerne pas tellement…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : parce que c’est une pièce qui est en cinq actes dans laquelle les juifs disparaissent au quatrième acte ».

    Thierry Ardisson : Oui !

    Eric Laurent : Et voilà !

    Thierry Ardisson : Alors effectivement il y a beaucoup de chrétiens-sionistes, hein ? comme vous les appelez donc…

    Eric Laurent : C’est le terme qu’on leur donne, oui.

    Thierry Ardisson : autour de George Bush. Alors est-ce qu’on peut dire aujourd’hui que l’exécutif américain est sous influence ?

    Eric Laurent : C’est un exécutif qui est sous influence et, en même temps, c’est un exécutif qui est d’un cynisme incroyable parce que c’est véritablement le principe « Faites ce que je dis mais pas ce que je fais ».

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : C’est-à-dire que, par exemple, vous avez donc des déclarations qui ont été faites par le vice-président américain Dick Cheney. Et Dick Cheney avant de devenir vice-président était le P.-D.G. de la plus grande société de services pétroliers au monde, qui s’appelle Halliburton. Et Halliburton, sa société, alors qu’il en était le président a violé, donc, et tourné l’embargo sur l’Irak pour vendre du matériel pétrolier à Saddam Hussein. Il y a aussi l’exemple extraordinaire du ministre, en effet, du ministre de la défense, Monsieur Rumsfeld. et Monsieur Rumsfeld, donc, qui a été au conseil d’administration d’un énorme groupe qui s’appelle ABB, qui est un groupe à la fois suisse et suédois, a, en l’an 2000, approuvé la vente par ce groupe, donc, à la Corée du Nord de deux centrales nucléaires. Deux centrales nucléaires !

    Thierry Ardisson : Ils font un truc et son contraire, quoi, ouais !

    Eric Laurent : Pays décrit comme l’axe du mal aujourd’hui.

    Thierry Ardisson : Ouais, ouais. Alors est-ce que, en disant ça, en disant que, finalement, aux Etats-Unis, aujourd’hui, il y a une forte influence de ce que vous appelez les chrétiens-sionistes qui sont des alliés objectifs en tous les cas du Likoud pour le moment, en tous les cas en disant qu’autour de George Bush y’a beaucoup de juifs qui sont liés au Likoud, est-ce que vous prenez pas (lapsus pour ne prenez pas) le risque d’alimenter la théorie du grand complot juif mondial ?

    Eric Laurent : Ah certainement pas ! Je m’en voudrais. Bien entendu, non. Non, non, il n’en est pas question.

    Thierry Ardisson : Mais enfin vous dites quand même que dans le clan des faucons, les pro-israëliens, le onze septembre a été une opportunité…

    Eric Laurent : Ça a été une opportunité magnifique.

    ThierryArdisson : très bienvenue pour mettre en pratique leur politique, et que la guerre d’Irak n’est qu’un premier pas en fait par rapport à un remodelage du Moyen-Orient.

    Eric Laurent : Mais regardez aujourd’hui la polémique qui se développe sur les armes de destruction massive…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : sur le fait qu’on ne les trouve pas…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : sur le fait qu’en effet on ait sciemment probablement menti, et certains des faucons le reconnaissent ouvertement avec une espèce de cynisme tranquille…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : Ils ont dit en effet on a choisi la solution qui pouvait rallier la plus large opinion…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : C’est quand même tout à fait étonnant ! On a menti au peuple américain, on a menti…

    Thierry Ardisson : Oui, la guerre a été décidée…

    Eric Laurent : Voilà !

    Thierry Ardisson : à l’aide de faux rapports. C’est ce qu’on voit à Londres…

    Eric Laurent : Oui, exactement.

    Thierry Ardisson : aujourd’hui et à Washington.

    Eric Laurent : On a menti au peuple américain, on a même menti à l’opinion internationale mais, aujourd’hui, c’est quand même extraordinaire, la mise en condition à travers la presse, justement donc, et à travers un certain nombre de télévisions, notamment la chaîne du magnat..

    Thierry Ardisson : Mm.

    Eric Laurent : multimilliardaire Rupert Murdoch qui est très proche de Bush, est telle que les Américains, quarante-trois pour cent des Américains sont persuadés qu’on a quand même trouvé…

    Thierry Ardisson : Mm (il rit), ouais.

    Eric Laurent : les armes de destruction massive à l’intérieur du territoire irakien…

    Thierry Ardisson (riant) : C’est très grave !

    Eric Laurent : ce qui est extraordinaire.

    Thierry Ardisson : Mais d’ailleurs Paul Wolfovitz qui est un faucon, qui est un néo-conservateur, a déclaré récemment dans Vanity Fair : « que les armes de destruction massive étaient en fait une raison bureaucratique…

    Eric Laurent : Totalement.

    Thierry Ardisson : que c’était en fait une invention complète ». Même lui le dit dans un journal qui est certes réservé à l’élite américaine mais qui est quand même publié aux Etats-Unis, quoi !

    Eric Laurent : Bien sûr.

    Thierry Ardisson : Hein ?

    Eric Laurent : Oui, oui. Mais bien sûr.

    Thierry Ardisson : Quel cynisme !

    Eric Laurent : Mais quel cynisme, oui !

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : Mais, vous savez, c’est un…

    Thierry Ardisson : On s’est foutu de votre gueule, on vous le dit, c’est pas grave.

    Eric Laurent : Voilà ! Il faut ajouter une composante aussi qui est extraordinaire et que j’ai découvert, c’est Moon…

    Thierry Ardisson : Oui !

    Eric Laurent : la fameuse secte Moon.

    Thierry Ardisson : Oui.

    Eric Laurent : Et le fondateur de la secte Moon est très proche, très très proche, vraiment de Bush. Il a soutenu donc George W. (Debeliou) Bush, il a soutenu Bush père lorsqu’il s’est présenté à la présidence, et Bush père accepte de faire des conférences pour Moon à travers le monde et pour les organisations de Moon à travers le monde, et payé d’ailleurs, bien qu’il soit millionnaire, payé cent mille dollars l’heure…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : et il y a une espèce d’alliance extraordinairement contre nature entre cette extrême droite fanatique et Moon qui est une secte dangereuse…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : puisqu’elle est interdite dans de nombreux pays.

    Thierry Ardisson(s’adressant à Henri Leconte) : Ça fout le frisson, non ?

    Henri Leconte : Ah non mais ! Ça fait flipper, hein ?

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Henri Leconte : Franchement.

    Laurent Baffie (prenant un air désolé) : A chaque fois qu’il vient c’est... (Eric Laurent éclate de rire.)

    Keway des Models (faiblement) : Mais…

    Thierry Ardisson : Chaque fois qu’il vient… Non, c’est vrai…

    Henri Leconte : Quand t’es là, t’as pas envie, tu sors plus de chez toi, quoi !

    Thierry Ardisson : Non, c’est vrai, quand vous êtes venu la dernière fois tout le monde m’a dit : « Mais attends, le grand-père Bush, il faisait du business avec les nazis ! euh… Mais oui !

    Keway des Models : Mais le peuple américain, ils le soutiennent ? ils le soutiennent aveuglément ? Va savoir puisque…

    Eric Laurent : Le peuple américain, le peuple américain c’est…

    Henri Leconte : C’est la presse. Ils sont intoxiqués.

    Thierry Ardisson : Ils sont désinformés. Oui, oui, bien sûr. C’est ça qui file le bourdon et le frisson.

    Henri Leconte : Ils informent en déformant.

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Henri Leconte : … (inaudible) parfait.

    Eric Laurent : Non, c’est ça qui est effrayant. Et il y a un certain nombre de relais dans la presse, et dans, à la télévision et dans les journaux, qui ont servi effectivement, donc efficacement, donc…

    Thierry Ardisson : Mm.

    Eric Laurent : à relayer à la fois ces thèses et ces idées. Parce que quand je dis la bataille des idées, il y a, ce que je raconte, il y a un certain nombre de fondations d’extrême droite, notamment il y a un personnage fascinant, il y a un personnage qui s’appelle Skeff Malone (orthographie non garantie)…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : Skeff Malone, c’est…

    Thierry Ardisson : Qui a été le premier d’ailleurs à…

    Eric Laurent : Voilà !

    Thierry Ardisson : financer…

    Eric Laurent : Les Malone (orthographie non garantie, prononcer mailonne), c’est la famille la plus riche des Etats-Unis avec les Rockefeller. Et les Malone, donc, sont des banquiers. Ils possèdent, en effet, d’énormes intérêts dans le pétrole. Skeff Malone est une espèce de personnage, une espèce de milliardaire qui vit reclus, totalement reclus, et à Pittsburgh. Et il a utilisé son immense fortune, plus d’un milliard de dollars, pour financer des institutions qui sont aujourd’hui des institutions qui sont installées donc depuis, crées depuis vingt ans, et qui ont totalement remodelé le paysage social…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : C’est-à-dire qu’il a, en effet, mais je veux dire, par exemple, au niveau des mœurs, ils ont lancé une véritable bataille contre les pauvres…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : une véritable bataille en faveur du racisme et de la re-ségrégation.

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : Il y a, par exemple, un des penseurs américains, donc aujourd’hui les plus connus, qui explique qu’il faut abolir l’acte sur l’égalité raciale de 1964. Donc c’est bien (dernier mot peu sûr car peu audible), il le dit clairement.

    Thierry Ardisson : Tu te rends compte !

    Eric Laurent : Et qu’on a le droit, en effet, on devrait avoir le droit de discriminer aussi bien en matière d’emploi (plan sur Keway des Models qui est noire) qu’en matière de logement. C’est une guerre qui a été lancée, je veux dire, quand je disais que c’est une guerre qui a été lancée contre les faibles, contre les pauvres par tous ces gens, etc., où on explique, par exemple, il y a un homme qui a financé un livre, et une organisation qui ont financé un livre qui s’appelle Losing ground, bon, peu importe, et qui a été une bible pour tous les ultra-conservateurs…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : dans lequel on explique que la pauvreté, c’est pas dû aux crises économiques, c’est pas dû…

    Thierry Ardisson : Mais c’est dû à la nature des gens.

    Eric Laurent : C’est dû, en effet…

    Thierry Ardisson : Ils sont pauvres parce qu’ils sont cons. Voilà !

    Eric Laurent : Oui voilà ! En gros, c’est ça.

    Thierry Ardisson : Mm.

    Eric Laurent : Et le type a récidivé après. Il a dit : « Voilà, on a voulu trop aider les pauvres…

    Thierry Ardisson : Mm.

    Eric Laurent : et en voulant trop aider les pauvres, on a fabriqué beaucoup encore, beaucoup trop de pauvres…

    Thierry Ardisson : Voilà !

    Eric Laurent : Et il a récidivé après, avec un autre livre qui s’appelle The bell curve qui a été lancé par cette organisation ultra-conservatrice, qui a été un des livres de chevet aussi de George W. (Debeliou) Bush, dans lequel il explique, là, cette fois-ci, que, en fait, l’inégalité donc d’intelligence, enfin la différence de QI résulte, en effet donc…

    Thierry Ardisson : Mm.

    Eric Laurent : des races.

    Thierry Ardisson : Mais enfin…

    Eric Laurent : Des races, dit clairement.

    Thierry Ardisson : Eric Laurent, c’est quand même, excusez-moi, une vision hitlérienne du monde…

    Eric Laurent : Non, c’est…

    Thierry Ardisson : avec des übermenschen (lapsus pour untermenschen) et des surhommes, quoi ! C’est…

    Eric Laurent : Oui, oui. Non mais c’est tout…

    Thierry Ardisson : C’est la vision d’Hitler !

    Eric Laurent : C’est tout à fait étonnant. C’est une vision absolument totalitaire…

    Thierry Ardisson : C’est fou quand on pense l’idée que nous…

    Eric Laurent : Nous avons de l’Amérique.

    Thierry Ardisson : on se fait de l’Amérique.

    Eric Laurent : Mais absolument !

    Thierry Ardisson : Moi, l’Amérique, mes parents m’ont expliqué, quand ils sont arrivés en 44, qu’ils nous ont libérés. Et, aujourd’hui, être obligé de se coller dans le cigare qu’ils sont devenus carrément, d’après ce que vous dites, enfin pas tous, certes, mais…

    Eric Laurent : Non, pas tous, non.

    Thierry Ardisson : en tous les cas, ces mecs-là, des quasi-hitlériens, c’est terrible à imaginer ! Alors, est-ce qu’on peut dire, Eric Laurent, comme Norman Mailer dans son dernier livre que l’Amérique, finalement, est passée de la démocratie à l’empire ?

    Eric Laurent : Oui, bien sûr. Et cette vision impérialiste s’accompagne d’une vision arrogante, par exemple, envers la France.

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : Je veux dire la manière dont, en effet, nous nous sommes mis en travers du chemin des décisions américaines a été quelque chose qui a été totalement brocardé. Et d’ailleurs on est allé jusqu’au point de, par exemple, d’utiliser et de réécrire La Marseillaise.

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent : Et j’ai… Vous voulez que je vous le lise ?

    Thierry Ardisson : Oui.

    Eric Laurent : Ah, c’est tout à fait étonnant ! C’est tout à fait étonnant.

    Thierry Ardisson : Il a tout apporté, hein ?

    Eric Laurent : Non, non, j’ai tout apporté par hasard.

    Henri Leconte (qui est assis juste à côté, à gauche d’Eric Laurent) : … (pas compris. Probablement : « Il a la ») panoplie !

    Eric Laurent : Non, non, parce que c’est tout à fait étonnant quand même. Et ça a été écrit par un… l’organe des néo-conservateurs américains. C’est-à-dire que c’est pas du tout un organe vraiment…

    Thierry Ardisson : Mm.

    Eric Laurent : bas de gamme, etc. Ça a été écrit par un Monsieur qui s’appelle Kristol. Et la nouvelle Marseillaise, donc, a les paroles suivantes :

    « Allons, enfants de la patrie,

    « Rendons-nous encore détestés !

    « Nous approchons chaque tyrannie

    « Avec la même servilité…

    Voix indéterminée (probablement Henri Leconte ou Thierry Ardisson) : Oh ! (oh de dépit, traînant, grave et gras qui se termine sur l’amorce de la consonne r. Prononcer au---aur).

    Eric Laurent :

    « Nous brillons à la servilité.

    « L’Amerloque demande assistance

    « Mais nous rions dans son visage.

    « Bien sûr, c’est notre héritage : (il prononce « deux points »)

    « Plus tard, nous joindrons la résistance…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    Eric Laurent :

    « George Bush est un sauvage

    « Mais la France a plus de fromages.

    « Marchons, marchons,

    « Faisons parade de nos prétentions !

    Thierry Ardisson : Qui est-ce qui a écrit ça ?

    Eric Laurent : Un monsieur qui s’appelle Kristol et qui est à…

    Thierry Ardisson : William Kristol ?

    Eric Laurent : Oui, William Kristol.

    Thierry Ardisson : Il est là ! Voici William Kristol ! (stupéfaction d’Eric Laurent).

    (Entrée de William Kristol sur fond musical de rock lourd et sous les sifflements et les ouh du public.)

    Thierry Ardisson (s’adressant au public) : Non, non, non, non ! Non, non, non, non ! Non, non, non, non ! S’il vous plaît !

    Thierry Ardisson (s’adressant à William Kristol) : Bonsoir. Excusez…

    William Kristol (large sourire face aux cris du public. Il parle en anglais, traduction simultanée en voix off) : Bonsoir.

    Thierry Ardisson : Excusez les cris qui vous ont accueilli, Monsieur Kristol, c’était à cause de La Marseillaise. On va essayé de discuter tranquillement. Vous avez cinquante ans ; vous êtes directeur de l’hebdomadaire Weekly Standard ; vous êtes un intellectuel ; néo-conservateur, le plus en vue d’ailleurs des néo-conservateurs, vous êtes un petit peu le parrain, on pourrait dire, des néo-conservateurs ; vous animez un think tank, un réservoir de pensées, une cellule de réflexion, qui s’appelle Projet pour un nouveau siècle américain, avec votre ami Lawrence Kaplan, voilà, avec qui d’ailleurs vous cosignez un livre qui s’appelle Notre route commence à Bagdad, et c’est aux Editions Saint-Simon.

    (Gros plan sur un clavier de synthétiseur. Un doigt appuie sur une touche où est inscrit « Promo ». Fond musical de trompettes. Zoom avant sur le livre Notre route commence à Bagdad installé dans un luxueux présentoir.)

    Thierry Ardisson : Alors, est-ce qu’on peut dire, William Kristol, que le 11 septembre a permis aux Etats-Unis, a autorisé finalement, aux Etats-Unis, un coup d’Etat, un coup d’Etat pacifique, certes, mais un coup d’Etat néo-conservateur ?

    William Kristol (souriant) : On peut pas dire ça, non. C’est-à-dire que George Bush était le président avant le 11 septembre et il l’est toujours après le 11 septembre..

    Thierry Ardisson : Il n’avait pas…

    William Kristol : Nous avons des élections normales en novembre 2002, comme vous le savez. Il n’y a pas eu de coup d’Etat aux Etats-Unis…

    Thierry Ardisson : Oui mais, enfin…

    William Kristol : Malheureusement, je suis au regret de vous dire que ça reste être une démocratie comme la France.

    Thierry Ardisson : Alors je vais essayer d’expliquer un petit peu vos idées, William Kristol, parce que ce sont celles qui, aujourd’hui, guident le pays le plus puissant du monde. On pourrait résumer ça dans la pax americana, c’est-à-dire la paix américaine, et, en gros, c’est : pour que la démocratie soit en sécurité, il faut qu’elle s’étende à l’ensemble de la planète, voilà, quitte pour cela à utiliser la force, et c’est vrai que les Etats-Unis ont aujourd’hui une armée qui est mondialement invincible, quitte pour cela, donc, à déclencher la quatrième guerre mondiale, puisque pour vous la troisième, c’était la guerre froide. La théorie, c’est d’imposer la démocratie dans le monde entier, enfin la démocratie version américaine dans le monde entier, même par la force.

    William Kristol : Quelques fois, il faut effectivement résister à la résistance par la force et si on élimine un dictateur, c’est pour promouvoir la démocratie. On va pas remplacer un dictateur par un autre.

    Thierry Ardisson : Alors, en fait, aujourd’hui, d’après vous, c’qui peut arriver de mieux au monde, c’est que l’Amérique réussisse sa mission universelle, sa mission civilisatrice ?

    William Kristol : Effectivement, nous pourrions aider beaucoup de pays de cette façon…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    William Kristol : On pense à l’Irak, on pense même à l’Arabie Saoudite…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    William Kristol : où il y a effectivement des gens qu’on aimerait bien libérer. Malheureusement, bien souvent, nous ne pouvons pas intervenir. Il faut pas… On ne peut pas essayer de redresser des dictateurs. Quand les dictateurs nous menacent nous, ou menace leur région, là, quelques fois, il faut quand même y résister.

    Thierry Ardisson : Est-ce que c’est pas ce que vous avez fait avec les Indiens du Far West, finalement, vous leur avez apporté la démocratie mais vous les avez tous tués quand même, non ? (longs applaudissements du public).

    William Kristol : Il y a eu des injustices terribles commises contre les Indiens d’Amérique, de même contre les noirs des Etats-Unis. Tous les pays ont des histoires d’injustice, je crois que c’est incontestable mais je suis néanmoins fier d’être américain et…

    Thierry Ardisson : Pour vous, y’a pas d’autre solution que d’accepter ce que vous appelez l’hégémonie bienveillante des Etats-Unis. C’est la seule solution pour le monde aujourd’hui. Un petit peu comme le serf au moyen-âge acceptait l’hégémonie bienveillante de son seigneur ?

    William Kristol : Là encore, je n’exige pas que la France nous suive...

    Thierry Ardisson : Oui.

    William Kristol : La France a le droit d’être en désaccord…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    William Kristol : avec l’Amérique. Tout à l’heure, nous avons parlé de cette parodie de La Marseillaise, là…

    Thierry Ardisson : Mm.

    William Kristol : Il faut voir que la dernière page du Weekly Standard qui est le journal, c’est une page qui s’appelle Parodie, hein ?…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    William Kristol : C’est des pastiches en fait, bon.

    Thierry Ardisson : Ouais.

    William Kristol : … (pas compris) parodie…

    Thierry Ardisson : C’est une page d’humour, vous voulez dire.

    William Kristol : Donc c’est une page d’humour effectivement…

    Thierry Ardisson : Mais enfin…

    William Kristol : c’est une parodie de La Marseillaise.

    Thierry Ardisson : y’a quand même un truc. Nous, les Français, si vous voulez, on a déjà essayé d’exporter la démocratie, on a déjà essayé d’exporter l’esprit des Lumières, les principes de 89. On l’a fait, ça s’appelait la colonisation. On est parti dans tous les pays du monde pour leur expliquer que ça allait aller très bien s’ils étaient démocrates. Ça n’a pas marché. Ils nous ont virés au nom des principes qu’on leur avait enseignés d’ailleurs souvent. Est-ce que vous pensez que l’Amérique ne se prédispose pas au même refus en exportant ses valeurs un peu de force dans le monde entier ?

    William Kristol : Si l’Irak devient une démocratie et nous disent : Eh bien, merci l’Amérique ! Maintenant, partez ! Nous serons ravis de partir. De même que les Etats-Unis ont quitté la France après la Deuxième Guerre Mondiale…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    William Kristol : ou quand De Gaulle a demandé à l’OTAN de quitter la France, eh bien, nous sommes partis sans problème ! Il y a des dictatures où il faut réagir. Nous ne sommes peut-être pas d’accord sur la façon…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    William Kristol : de réagir mais cette rhétorique sur l’empire américain, les serfs et tout ça, je crois qu’on s’éloigne de la réalité, le monde ne fonctionne pas de cette façon. Certes, les Etats-Unis sont le pays le plus puissant du monde, c’est incontestable, ce qui nous donne des responsabilités particulières, notamment, comme vous l’indiquez, le droit ou l’obligation de ce service.

    Thierry Ardisson : Bien. Eric Laurent, je dois dire que vous ne saviez pas que William Kristol était là ce soir, quand vous avez lu la parodie de La Marseillaise dans le Weekly Standard…

    Eric Laurent : Monsieur Kristol déteste, en effet, je le disais tout à l’heure, les faibles, les pauvres, etc., les déshérités, vraiment il ne les aime pas du tout, et vraiment il milite vraiment, vraiment, vraiment pour qu’on les combatte…

    William Kristol : Vous savez ça ! Vous savez ça !

    Eric Laurent (la traduction simultanée décroche un peu pendant ce court échange rapide. Traduction du transcripteur) : Oh oui, oui, oui ! je pense.

    William Kristol : Vous savez que j’ai personnellement dit que je me réjouissais de … (pas compris) pauvres…

    Eric Laurent : Bien sûr, le courant que vous représentez … (pas compris). Quelque part, Monsieur Kristol, ce qui est tout à fait étonnant, c’est que…

    William Kristol (reprise de la traduction simultanée) : Vous croyez que je n’aime pas les pauvres ? C’est ce qu’on croit en France ?

    Eric Laurent : Mais ce qui est tout à fait étonnant, c’est que vous-même, vous êtes un assisté, Monsieur Kristol, parce que votre journal, voilà, est financé…

    Thierry Ardisson : Est financé par Murdoch.

    Eric Laurent : est financé par le père Murdoch, totalement, par un magnat de la presse ultra-conservateur qui, en effet, dicte une ligne précise, probablement. Vous êtes, en effet, sur la chaîne Fox News qui ressemble, en effet donc, je vais dire, véritablement, à l’information réelle autant qu’une chaîne, par exemple, de télévision du temps de l’Union Soviétique (applaudissements du public).

    William Kristol (décrochage de la traduction simultanée. Traduction du transcripteur) : Je n’y vois pas du tout cette tendance. Jamais.

    Eric Laurent : Voilà ! Et voilà ! (les applaudissements du public continuent pendant que William Kristol lève les mains comme pour les lever au ciel en imploration).

    Thierry Ardisson : Attendez ! Attendez ! attendez ! non !

    William Kristol : Il y a une question … (pas compris)

    Thierry Ardisson : Ce que je veux dire : pour une fois, pour une fois qu’on a un néo-conservateur, c’est le premier qu’on a, c’est le premier qui peut s’expliquer en France à la télévision, je crois qu’on n’en a jamais vu d’autres, sinon en duplex, donc soyez gentils, ne le, ne… (il rit). Répondez, William.

    Laurent Baffie : A la fin, on pourra lui bourrer la gueule ou quoi ?

    Thierry Ardisson : Ouais (éclat de rire général). Répondez.

    William Kristol (reprise de la traduction simultanée) : Je ne sais même pas par où commencer…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    William Kristol : C’est une telle caricature qu’on est en train de faire de mes propres positions et de celles des néo-conservateurs, c’est vraiment la version caricaturale. C’est comme si on faisait un portrait complètement débile de la France. Ça d’ailleurs, aux Etats-Unis, il y a un peu de caricature de la France…

    Thierry Ardisson : Aux Etats-Unis, vous en privez pas (lapsus pour vous ne vous en privez pas. Les ne manquant ne serons plus notés ultérieurement.), oui.

    William Kristol : C’est le même genre de chose, c’est du même niveau. C’est comme si on commençait à croire à ces sornettes…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    William Kristol : Et que dire que je déteste les pauvres, que je pense que les politiques américaines ne vont pas aider les pauvres, pas plus que les anciennes politiques ; Certes, je suis certes conservateur, je n’en rougis pas, mais tout le reste, c’est vraiment de la caricature.

    Eric Laurent : Il suffit de regarder la chaîne, effectivement, Fox News pour, en effet, voir l’ampleur de la caricature. N’importe quelle personne, par exemple, durant la guerre du golfe ou avant la guerre du golfe, qui émettait la moindre réticence quant au bien fondé de cette intervention ou quant à la politique étrangère américaine, était, mais littéralement insultée. C’était Monsieur, vraiment, Monsieur Kristol. Il suffisait de regarder … (pas compris), c’était la chasse aux sorcières, réellement.

    William Kristol : Le Weekly Standard que je publie est indépendant sur le plan politique. Je ne suis pas toujours d’accord avec Rupert Murdoch, qui d’ailleurs ne nous dicte pas notre ligne de pensée. Alors on peut critiquer le journal mais on ne va pas dire : c’est Murdoch qui est le propriétaire, ergo (mot latin signifiant donc comme dans Cogito, ergo sum, Je pense, donc je suis) c’est un journal, c’est un torchon d’extrême droite. La Fox News a joué un rôle utile aux Etats-Unis pour apporter un point de vue différent à la télévision. Il y avait d’ailleurs souvent des émissions, des débats, où on trouvait des points de vue différents…

    Eric Laurent : Et vous trouvez également, Monsieur Kristol, que les propos, par exemple cette parodie de La Marseillaise, sont d’une grande qualité ? (il sourit en marquant une pause), vraiment ? et d’un bon goût ?

    William Kristol (décrochage de la traduction simultanée. Traduction du transcripteur) : De quelle parodie s’agit-il ?

    Eric Laurent : La parodie de La Marseillaise.

    William Kristol : La parodie politique.

    Eric Laurent : Et de bon goût ?

    William Kristol (reprise de la traduction simultanée) : C’est aux autres de juger…

    Eric Laurent : Et de bon goût ?

    William Kristol : Quarante-huit parodies par an, certaines parodies sont plus drôles que d’autres.

    Eric Laurent (doucement) : Oui !

    Thierry Ardisson : C’est terrible parce que j’ai l’impression, c’est horrible, j’ai l’impression qu’avec les Américains, là, en vous voyant, peut-être parce que c’est vous, j’ai l’impression qu’on se comprend plus, qu’on parle plus de la même chose…

    Eric Laurent : C’est exactement…

    Thierry Ardisson : qu’on avait quelque chose en commun jusqu’au 11 septembre…

    William Kristol : Effectivement nous sommes peut-être éloignés depuis le 11 septembre. Nous avons été attaqués, nous avons réagi. Peut-être que nous avons trop réagi, je ne sais pas, c’est une position. Mais il ne faut pas se dire que si… ben, s’il y’avait eu un président démocrate, ç’aurait été la même chose ! Si Al Gore avait été élu, ç’aurait été la même chose. Hillary Clinton a voté pour la guerre en Irak, elle a soutenu Bush ; Donc c’était une position bipartisane aux Etats-Unis, démocrates et républicains. Nous avons peut-être eu tous tort, d’ailleurs l’avenir nous le dira, je reviendrai peut-être dans deux ans et on verra si nous avons eu raison ou tort, si la situation en Irak s’est vraiment détériorée, si les armes de destruction massive se sont déployées partout, peut-être effectivement…

    Thierry Ardisson : Les armes… les armes de destruction massive…

    William Kristol : nous pourrons dire que nous nous sommes trompés.

    Thierry Ardisson : Non mais, Bill (probablement lapsus pour Will)…

    William Kristol : Mais j’espère, j’espère…

    Thierry Ardisson : Hé…

    William Kristol : que les choses iront mieux.

    Thierry Ardisson : Les armes de destruction massive, pour le moment on les trouve pas, hein ?

    William Kristol : C’est vrai, on les a pas encore trouvées. J’espère, je pense qu’on finira par les trouver…

    Thierry Ardisson : Est-ce que vous comprenez… est-ce que vous comprenez, William Kristol, qu’aujourd’hui, pour nous, Français, les Etats-Unis qu’on a considérés un peu comme notre grand-frère, les gens qui sont venus nous sauver deux fois la mise, hein, contre les Allemands, deux fois, est-ce que vous comprenez qu’aujourd’hui on ait peur de vous, qu’on ait… qu’on a l’impression qu’à la tête de votre pays, y’a un type qui est prêt à faire à peu près n’importe quoi ? On a peur.

    William Kristol : Je peux comprendre c’la. Ça fait quelques jours que je suis ici, je lis la presse française, je crois comprendre la situation. Peut-être que la diplomatie a échoué de notre côté mais faut quand même pas exagérer ce qu’a fait… ce qu’on fait les Etats-Unis. Nous avons mené la guerre en Afghanistan pour nous débarrasser des talibans, nous avons mené une autre guerre pour nous débarrasser de Saddam Hussein, l’avenir nous dira si nous avions eu raison ou tort. Je pense que nous avons fait ce qu’il fallait…

    Thierry Ardisson : Oui mais…

    William Kristol : pour les Irakiens…

    Thierry Ardisson : qu’est-ce qui donne la… la…

    William Kristol : et pour la paix au Moyen-Orient…

    Thierry Ardisson : Non mais, la vraie question…

    William Kristol : et c’est tout. Y’a pas de quoi avoir peur quand même.

    Thierry Ardisson : la vraie question, c’est que vous, vous décidez, ça sera la conclusion, vous, vous décidez d’intervenir dans un certain nombre de pays en disant : Voilà, celui-là, il nous plaît pas, on fait une guerre préventive. Vous avez réintroduit l’idée de guerre préventive. Nous, on a la suprématie militaire, on intervient où on veut dans le monde pour régler les affaires du monde. Est-ce que vous comprenez que vous vous érigez en gendarme du monde ?

    Laurent Baffie : En prenant le pétrole de la planète.

    Thierry Ardisson : Au passage (quelques applaudissements du public).

    William Kristol : Peut-être que quelques fois le monde a besoin d’un gendarme…

    Thierry Ardisson : Peut-être.

    William Kristol : Disons que si nous intervenons dix fois dans les dix années à venir et que nous commençons à éliminer des démocraties, à causer des destructions dans le monde, alors, là, évidemment, je serai contre. Pour le moment nous sommes intervenus deux fois…

    Thierry Ardisson : Attendez, Bill Kristol (effectivement lapsus de Bill pour Will), vous l’avez déjà fait : quand vous virez Allende pour mettre Pinochet au Chili, vous attaquez une démocratie (larges applaudissements du public). Allende avait été élu au suffrage universel et vous l’avez délogé donc. Mais je dirai…

    William Kristol : Bon. Je n’étais pas un néo-conservateur reconnu à l’époque, je ne sais pas si c’était un bon choix ou non. Mais là, ici, en décembre 41, on a appris qu’on ne peut pas simplement attendre de se faire attaquer et…

    Thierry Ardisson : Mm.

    William Kristol : l’Amérique a attendu trop longtemps avant de réagir à la Deuxième Guerre Mondiale…

    Thierry Ardisson : Ouais. Maintenant vous a…

    William Kristol : Et la période de la guerre froide est la même chose. Au cours des dix dernières années, des années 90, depuis la fin de la guerre froide, on a remarqué que l’Amérique était trop lente et non pas trop rapide. Le 11 septembre a été un cri d’alarme et je crois que maintenant nous pourrons peser chaque cas à sa valeur. J’espère qu’on aura pas besoin de la force militaire…

    Thierry Ardisson : Ouais.

    William Kristol : Les Américains n’aiment pas aller faire la guerre, et Bush n’aime pas envoyer des boys, des soldats américains…

    Thierry Ardisson : Bien.

    William Kristol : faire la guerre.

    Eric Laurent : Oui. Il y a tout de même une chose troublante. Il y avait quand même un ordre international. Il existait en effet donc un organisme de concertation qui était l’ONU. Il n’y avait aucune urgence à déclencher ce conflit.

    William Kristol : Les Nations Unies ont simplement regardé des gens se faire tuer aux Balkans, au Rwanda. Les Nations Unies, peut-être sont une idée noble mais ils ne savent pas sauver des vies.

    Thierry Ardisson : Merci beaucoup, merci.

    William Kristol : Merci.

    Thierry Ardisson : C’est très courageux d’être venu en France et à « Tout le monde en parle ».

    (Applaudissements du public. Sortie d’Eric Laurent et de William Kristol sur fond de musique militaire avec chœur entonnant :

    « George Bush, c’est l’Amérique, le symbole de la liberté.

    « Il est né sur les bords du fleuve Mississipi

    « George Bush, c’est pour nous tous un ami ».

    Thierry Ardisson montre les couvertures des livres Le monde secret de Bush d’Eric Laurent et Notre route commence à Bagdad de William Kristol. Le public salue militairement.)

    Transcription de Paul Vannieuwenhuyze.
     


  2. Nbarch

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    je ne serais pas étonné que les BenLaden (groupe) & Bush soient très liés par le business
     
  3. lokas

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  4. Ancien-Membre

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    faut que thierry ardison arrete avec ses "mouais" j'ai ts lus et j'en ai une overdose des "mouais"

    bon sérieux ça confirme ce qu'on pense des USA et si la majorité de la population est asssez con pr se faire avoir qu'ils viennent pas chialer apres....

    riena à rajouter ... qui vivra verra!
    inchallah
    :-( :-( :-o
     
  5. msalim75

    msalim75

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    Je n'avais pas vu cette émission de 2003 mais j'ai vu celle de samedi 23 octobre où Eric Laurent était à nouveau invité pour présenter son dernier livre "la face cachée du 11 septembre".

    C'est tout aussi effarant. Il n'y a que des scoops dans ce livre. On devrait l'envoyer gratuitement à chaque américain, ce serait une opération de sauvegarde de l'humanité !
     
  6. Ancien-Membre

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    pas bête sauf que tu l'oublies lire un bouquin c trop demander aux ricains....!!!!
    pr qu'il le regarde il faut que ça soit un bon film de spielberg avec tom hanks dedans ... et pr çà tu peux tjrs courir ... spielberg si ça porte préjudice aux israéliens / juifs il signent pas au contraire!!!!
     
  7. msalim75

    msalim75

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    Trouvé sur le site de celui a retranscrit la première émission :

    L’entrevue d’Eric Laurent, grand reporter, spécialiste de politique étrangère, au sujet de son livre La face cachée du 11 septembre dans l’émission « Tout le monde en parle » de Thierry Ardisson sur France 2 du samedi 23 octobre 2004, suivie de l’entrevue avec le sergent-chef Adam R., béret vert, soldat des forces spéciales de l’armée américaine et membre de la garde nationale américaine au sujet de son livre co-écrit avec le capitaine Alan H. Sur les traces d’Al Qaïda (30’ 30, 65,3 Mo). Aucun mandat d’arrêt n’a été lancé par les Etats-Unis d’Amérique contre Oussama Ben Laden, au contraire, les Ben Laden sont particulièrement protégés ; énorme spéculation boursière à la baisse juste avant le 11 septembre avec des gains de dizaines de millions de dollars quelques jours plus tard ; les relations d’affaires saoudiennes de la famille Bush impliquées dans l’attentat du 11 septembre ; le mollah Osmani, numéro un des militaires talibans, paye aux soldats américains 150 000 dollars en liquide son « évasion » ; jamais un seul hélicoptère disponible pour aller chercher le mollah Omar alors que des dizaines d’appareils restent alignés sur le tarmac.

    Il y a aussi le lien pour ceux qui n'ont pas vu l'émission de ce samedi.

     
  8. boussole

    boussole

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    bush va gagner
     
  9. msalim75

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    Arrête, ce serait un cauchemard !!!
     
  10. Nbarch

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    Je le pense aussi

    C est parti pour 4 ans de lutte anti terroriste à tout va.

    Après l'afganistan, l'iraq à qui le tour ?

    Qui sait peut être que ca serait le Maroc !!!!

    Après tout nous avons pas mal de terroristes à al qaeda, on a les ADM ( hashish + kiff) et on est une monrachie relgieuse



     
  11. Ancien-Membre

    Ancien-Membre

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    il gagnera ... :-x :-x :-x
     
  12. Nbarch

    Nbarch

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    On a beau dire que les USA sont une très grande démocratie, que le peuple americain est l'un des plus instruit, que les elections sont libres ...etc, n'empeche que les américains vont reconduire Bush , celui qui pense ouvertement qu'il est en croisade contre le mal ( comprenez l'islam).

    En 1933 Hitler avait également pris le pouvoir démocratiquement dans le pays le plus civilisé d'Europe...

    Des fois, ça ne sert à rien de raisonner

    bon bref

     
  13. stellaartois

    stellaartois

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    chapeau lokas apparemment ca t as pris du temps pour reprendre le dialogue entre thierry et eric laurent!! ca se voit que t es un vrai passioné de l émission merci pour ce dialogue je le relirai tranquillement pour ce qui es du 11 septembre donnez encore 20 ans aux americains et on decouvrira le mystère de ce jour comme pour l assassinat de kennedy!!
     
  14. jokerx

    jokerx

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    t est stupide ou tu fais expres?c quoi cette analyse a 2drial.
    nbarch de mal en pis :-?
     
  15. msalim75

    msalim75

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  16. alab

    alab

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    comment fais tu pour télécharger une émission que tu n as pas vu et puis je l enregister dans mon ordi merci
     
  17. zawad

    zawad

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    moi je me méfie comme du ta3oune de ce genre de propagande !!

    Ils veulent nous faire croire que les services secrets israéliens et américains sont omnipuissants, qu'ils savent tout, et que même quand les USA ou Israél échouent ce n'est pas passk'ils sont fragiles comme toute autre institution humaine éais passke c'est eux qui ont tout organisé, même leurs défaites ou leur impuissance :p Looool

    en plus propager la théorie du complot et accentuer encore plus l'attirance des arabo musulmans dans vers ce genre de théories, ça ne peut que les paralyser plus encore :-D ;-)

    ''nous sommes invincibles '' voilá le message qu'ils veulent nous faire avaler

    MOM OEIL :-D :-D
     
  18. msalim75

    msalim75

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    Avant de juger, si tu écoutais l'auteur de ce livre expliquer comment il a remonté les fils de son enquête.

    C'est hallucinant ce qu'il a pu réussir à obtenir grâce à cette enquête minutieuse.

    As-tu lu ses premiers livres sur bush et vu le documentaire adapté "le monde selon Bush", bien plus brillant que celui de Moore.

    Ce film devrait être diffusé à tous les Américains, de 7 à 77 ans comme on dit...
     
  19. Nbarch

    Nbarch

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    clap clap clap

    Ton raisonnement est effectivement plausible
     
  20. lokas

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    C'est bizarre, je me demande si savait été un musulman qui avait fait cet interview est ce que vous auriez réagis de la même manière ?

     

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