Les "beurs" font leur chanson

Discussion dans le forum 'Culture' créée par kalaloly le 18 Fév. 2005.

  1. kalaloly

    kalaloly Co-Webmaster Administrateur

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    En d’autres temps, quand les parents rasaient les murs, s’excusant presque d’exister, ils auraient emprunté des noms de Gaulois pour masquer leurs origines. Ce fut le cas de l’Algérien Laïd Hamani, plus connu sous le pseudonyme de Victor Leed, un rocker qui avait fait les beaux soirs du Golf Drouot, ou du Marocain Vigon, une sacrée voix du r&b.

    Depuis plus de deux décennies, la génération « beur », de plus en plus présente dans le paysage musical français, s’affirme, assume et s’assume en déclinant sa véritable identité sur les pochettes de disques ou sur des affiches de films. Comme l’écrivent Bouziane Daoudi et Hadj Miliani, auteurs du livre Beurs’ Mélodies (Ed.Séguier) : « Cette incursion dans le paysage artistico-médiatique français est essentiellement celle de chants et de musiques qui se réclament autant de la tradition culturelle française que de celle du Maghreb, notamment avec l’installation ici du raï dès 1986 ». Mais pour arriver à une réelle reconnaissance, il a fallu un long cheminement, relevant bien souvent du parcours du combattant.

    Dans les années 1980, alors que Carte de Séjour et son turbulent chanteur en arabe Rachid Taha étaient boudés, côté distribution, par les grandes surfaces, une voix magnifique a failli produire un miracle. Karim Kacel, c’est lui, avait remporté de nombreux suffrages grâce au titre Banlieue, d’ailleurs toujours d’actualité. Se revendiquant « chanteur français », dans le texte comme dans la musique, il n’avait pas pu faire le parcours qu’il méritait, étant sans doute un peu trop en avance par rapport aux préjugés ambiants.

    Aujourd’hui, il poursuit sa carrière avec, en bandoulière, des morceaux en français mais surtout des mélodies portant le sceau de ses racines. Un autre enfant de l’immigration algérienne, Karim Brahmi, dit Rim’K, a décidé de suivre la même voie mais sur un autre registre, celui du hip hop. Voix essentielle du clan 113 (fort de son Tonton du bled et de ses deux Victoires de la musique en 2000), aux « lyrics » lumineux et au rap à la fois insolent et réaliste, Rim’K est l’auteur d’un opus en solo dans lequel il aligne les références au pays de ses géniteurs, à coups de samples de Slimane Azem, chantre de l’exil des années 1950-1960, ou de duos avec Khaled ou Zahouania.

    Adepte, tout comme Souad Massi ou Samira, d’un folk-pop contestataire, Ridan, après quelques essais dans le hip hop, se situe à michemin entre les manifestes chantés du regretté François Béranger et l’alternatif saignant façon ex-Boucherie Productions. Magyd Cherfi, en congé provisoire de Zebda, dont il fut l’âme, se distingue par une plume sachant admirablement saisir les instants de vie dans une cité de Toulouse, brocarder tel leader d’un parti extrême ou taquiner la frilosité d’une société sur un mode chaâbi d’Alger. Certains, à l’image d’Anis et de Gavroche ont tenu à exprimer des choses personnelles, nous livrant, en sus, d’autres réflexions où humour et engagement font bon ménage.

    D’autres artistes ont résolument choisi de garder l’accent (modernisé) du pays d’origine tels Hanino, attaché au raï, ou Iness Mezel, en pointe dans le domaine « world kabyle », ou d’offrir une nouvelle lecture du patrimoine du sol natal à travers des remixes de vieux disques dénichés dans les greniers des parents. C’est le cas de Digital Bled, U-cef, New Bled Vibrations ou Rythm’n’Bled.
    Et le dénominateur commun de chacun dans tout ça ? Tout simplement la volonté de casser la réduction excessive de l’image du beur et la généralisation abusive autour de son comportement. En fait, ils rappellent qu’ils sont francs du collier, Maghrébins par le sang et…Français par le sol et les aspirations.

    Rabah Mezouane - Institut du Monde Arabe
     


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