Colloque de L'ircam sur la résistance marocaine

Discussion dans le forum 'Culture' créée par - le 3 Jan. 2004.

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    Colloque de L'ircam sur la résistance marocaine
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    Le rôle de la femme au sein de la société amazighe au Maroc médiéval

    La troisième séance du colloque international sur "la Résistance marocaine à travers l'histoire ou le Maroc des résistances", organisé à Rabat par l'Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM), a été consacrée jeudi au rôle de le femme dans la société amazighe du Maroc médiéval et à sa contribution à la résistance aux invasions en Afrique du Nord.

    Les intervenants ont abordé la contribution politique et militaire de la femme à résistance en se référant à des ouvrages orientaux d'histoire, dont "Foutouh Ifriqia Al-Andalous" (conquête de l'Afrique et de l'Andalousie) d'Ibn Abdelhakam, qui constitue l'une des références les plus anciennes de l'histoire des conquêtes islamiques, tout en prenant soin de mettre en garde contre les «zones d'ombres» qui continuent de flouer divers aspects de l'histoire de la région.

    Les professeurs Aïcha Kantouri et Mohamed Gharaïb, des facultés des lettres de Marrakech et de Kénitra, ont présenté des communications sur «Al-Kahina, symbole de la résistance en Afrique du nord», et sur «le côté humain dans la résistance amazighe : cas d'Al-Kahina».

    A travers ce cas, les deux universitaires ont tenté de jeter la lumière sur la place de choix qu'occupait la femme dans la société amazighe où, à l'opposé de ce qu'offrait à la femme la société romaine, elle était de celles qui faisaient l'évènement et qui marquaient de leur empreinte l'histoire de leur temps, chaque fois que les circonstances le leur permettaient.

    Les conférenciers notent en particulier les qualités que les chroniques historiques attribuaient à cette femme, qualifiée de «résistante, de chef de guerre, de reine et d'humaniste», et qui avait réussi à regrouper autour d'elle les amazighs après la mort de leur leader, Ksila, durant les campagnes militaires menées par des notables arabes, dont la plus importante, celle d'Oqba Ibnou Nafi' Al-Fihri, avait fini sans que la région ne soit soumise.

    Grâce à ses stratagèmes et à sa capacité d'entretenir le moral des troupes, Al-Kahina a non seulement déjoué les assauts d'Oqba, mais elle a aussi réussi à faire face à son successeur Hassan Ibnou Nouâmane, qui n'a pu assiéger ses forces qu'à grands renforts en hommes et en logistique militaire. Lorsque vint la défaite en l'an 79 de l'hégire, rappellent-ils, elle avait préféré la mort à la reddition, alors que ses deux fils avaient rejoint les troupes musulmanes au sein desquelles ils avaient occupé d'importants postes de commandement, aux côtés d'autres amazighs convertis à l'islam.

    Les conférenciers ont aussi relevé que la force de caractère dont Al-Kahina faisait preuve ne l'empêchait pas de donner libre cours à un «humanisme unique en son genre». Ainsi, notent-ils, elle élargissait systématiquement les prisonniers musulmans, à l'exception d'un seul, Khalid Ibnou Yazid, qu'elle avait adopté et en avait fait un frère de lait pour ses enfants, conformément aux usages de l'époque, mais l'adoptif avait continué à entretenir une correspondance secrète avec Nouâmane, offrant à celui-ci des renseignements sur Al-Kahina et sa troupe et contribuant ainsi à sa défaite.

    Le chercheur Michaël Perron, de l'Université Al-Akhawayn d'Ifrane, a présenté une communication sur "la place des Berghouata dans la résistance marocaine", mettant en relief le courage et la détermination dont les membres de cette tribu, femmes et hommes, faisaient montre dans la défense de la terre, estimant nécessaire d'entreprendre des fouilles à la recherche de sites archéologiques importants mais encore inconnus au Maroc.

    La même séance a été marquée par des débats sur deux communications présentées par les professeurs Pierre Kichar (Université de Lyon 2) sur «la Méditerranée amazighe des 9-ème et 10-ème siècles», et Leïla Meziane (Faculté des Lettres de Fès) sur «le Maroc face à l'Espagne sous le règne des premiers Sultans alaouites : question des présides».

    Les travaux du colloque se sont poursuivis par des communications et des débats, notamment sur la résistance contre l'occupation espagnole et française et une séance consacrée à «la résistante à travers la littérature amazighe».

    Nouvelles perspectives dans la recherche historique

    Les participants au colloque ont clos leurs travaux vendredi à Rabat, avec la ferme conviction que cette rencontre ouvrira de nouvelles perspectives dans le domaine de la recherche historique relative à la résistance marocaine.

    «Les démarches et méthodologies d'approches adoptées lors de ce colloque sont innovantes et constitueront sans nul doute un élément incitatif pour la recherche future» sur cette question, a estimé le Pr Michael Peyron de l'Université Al Akhawayn (Ifrane) à l'issue de cette rencontre. Malgré l'apport indéniable de ce rendez-vous en matière scientifique, M.Peyron a relevé toutefois quelques faiblesses liées notamment à "l'absence d'équilibre" dans les thèmes proposées illustrées, selon lui, par des divergences au niveau de l'espace géographique étudié et des époques historiques retenues.
    Au niveau spatiale, les interventions ont réussi à couvrir l'espace géographique marocain, débordant quelque peu sur le flanc européen à chaque fois qu'il était utile de lier les événements à la résistance marocaine, a relevé M. Peyron.

    Il a souligné que les sujets se sont plutôt concentrés sur trois aspects citant notamment la résistance militaire qui a accaparé le plus grand nombre d'interventions (30) et qui a couvert la période allant de l'invasion romaine à la lutte contre la colonisation française et espagnole jusqu'au Maroc indépendant, contre sept (7) interventions axées sur la résistance culturelle. Le 3-éme volet a concerné la littérature amazigh et la résistance.
    Les conférenciers n'ont pas abordé d'autres aspects de la résistance marocaine, a regretté M. Peyron, notamment les cultures et civilisations et les étapes qui ont abouti à la construction de l'identité marocaine.

    Malgré ces remarques, l'intervenant relèvera la qualité scientifique de ce colloque, soulignant les interventions pertinentes et les débats fructueux qui ont suivi les exposés et qui ont permis de jeter la lumière sur de nombreux aspects des questions en suspens conférant au colloque une valeur ajoutée indéniable.

     


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