“Il faut arrêter de flatter les différences”

Discussion dans le forum 'Général' créée par Bladi le 22 Nov. 2003.

  1. Bladi

    Bladi Webmaster Administrateur

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    [img align=left]http://www.lyoncapitale.fr/img/451/allah.jpg[/img]Avec Allah superstar, l’auteur algérien YB, célèbre pour ses chroniques satiriques dans El Watan, imagine le récit ultra-corrosif d’un comique intégriste qui veut niquer le système. A l’occasion de son passage à la FNAC Bellecour, rencontre avec un écrivain complètement flippé.


    Lyon capitale : Allah superstar est le récit de l’ascension fulgurante d’un comique d’origine difficile qui veut faire sauter le système. Pourquoi le comique de référence de Kamel est-il clairement Jamel Debbouze et pas du tout Smaïn par exemple ?

    YB : La phrase clé de Kamel c’est : “Quand tu es bronzé dans ce pays, soit tu fais peur, soit tu fais rire”. Au lieu d’être assimilé à une racaille de banlieue, il se dit “Je vais essayer de faire comme Jamel Debbouze”. Mais quand on fait du comique ethnique, dans son aspect souvent grotesque et folklorique, c’est toujours très ambigu : on ne sait jamais si le public va rire pour de bonnes ou mauvaises raisons. Je me souviens avoir vu, en 1987, L’Œil au beurre noir, avec Smaïn, dans un cinéma où, au fond de la salle, une bande de skins était morte de rire, du début à la fin.
    Smaïn est quelqu’un qui avait autant de succès chez une certaine gauche, type SOS Racisme, qu’auprès de l’électorat du FN. Il passait son temps à dépeindre des voleurs de mob. C’est tout le problème de faire rire de toi ou avec toi. Cette ligne rouge, tout le roman flirte constamment avec. Kamel sait que son numéro de comique intégriste est l’autoroute vers la gloire, mais son entourage lui dit “Arrête, tu alimentes les clichés”. Smaïn lui-même a dit que la porte qu’il avait ouverte à Jamel Debbouze – qui est aujourd’hui l’acteur le mieux payé de France ! – il se l’est prise dans la figure !

    Le personnage de Kamel, “comique intégriste”, s’inspire de la marionnette d’Oussama des Guignols de l’info. Or les vannes d’Oussama sur le 11 Septembre, taxées de “populislamisme”, ont beaucoup fait grincer de dents ; qu’en pensez-vous ?

    Je trouve qu’on est rentré dans une grande période de paranoïa. Le boulot des divertisseurs c’est justement d’aller sur ce terrain-là pour désamorcer l’angoisse. La marionnette d’Oussama a beaucoup contribué à détendre les esprits. Ce n’est pas plus mal de présenter Ben Laden sous un angle satirique pendant cinq minutes quotidiennes à la télé, puis de consacrer le reste du temps à l’attraper et le tuer !

    Vous pensez donc que l’on doit pouvoir rire de l’horreur ?

    Quand j’écrivais dans la presse algérienne, mon boulot était d’amuser la galerie en chroniquant l’actualité quotidienne. Mais j’arrivais le matin au journal et on me disait : “Voilà, il y a eu un massacre de 600 de personnes dans la banlieue d’Alger”. Je devais parler de ça, dans une chronique humoristique, alors que les cadavres étaient encore chauds… C’est un exercice qui a démoli tous ceux qui l’ont fait, déjà parce que 70 confrères ont été assassinés en Algérie. Mais malgré tout, on devait le faire. Des familles de victimes m’ont écrit pour me remercier de ce que j’avais écrit, parce qu’évidemment il y a une dimension poignante dans ces textes, même s’ils sont satiriques. Je crois que ce travail faisait énormément de bien aux gens, d’ailleurs chaque journal algérien avait cet espace satirique. Parce que si on ne trouvait pas vite le moyen de domestiquer cette horreur qui nous tombait dessus, on devenait proprement cinglé.

    Pourquoi écrivez-vous que, le 21 avril 2002, quand Le Pen est arrivé au deuxième tour de l’élection présidentielle, “les masques sont tombés” ?

    On sort quand même d’une grande période démagogique, de rideau de fumée, de faux semblants, etc. Désormais, on a le droit de dire beaucoup de choses qu’on ne disait pas avant. Tout le monde est d’accord pour dire que la situation est très grave. On a parlé pendant des dizaines d’années d’intégration, contre le communautarisme à la britannique. Mais le communautarisme, on est en plein dedans et depuis un bon moment ! Si on ne veut pas faire le jeu du Front national, il faut être ferme, arrêter de flatter les différences et les particularités culturelles.

    Votre personnage dit et répète, “Ce qui m’intéresse, c’est pas les racines, c’est les branches ; ce n’est pas d’où tu viens mais où tu vas”. Accorde-t-on trop d’importance à l’identité ?

    C’est quand Kamel dit ça que le récit bascule, on se rend compte que celui qui apparaît comme un petit crétin ultra-identitaire, utilise simplement son identité pour exister sur scène, mais il veut exister au-delà et s’en sortir. Les racines ne valent que parce qu’elles permettent aux branches de pousser. Là, c’est l’auteur qui parle : moi, c’est les branches qui me branchent, c’est pas les racines. Je suis un anti-identitaire. J’ai participé récemment à un débat avec un romancier qui disait : “Il faut apprendre aux beurs de France qu’ils ont une histoire glorieuse, qu’ils sont un grand peuple”. C’est bien gentil tout ça mais il faudrait peut-être réaliser qu’il y a déjà des gens qui font ce boulot-là : ce sont les imams intégristes dans les mosquées. Je ne crois pas qu’en enseignant la glorieuse histoire de son peuple à un gamin, ça va faciliter son intégration dans la vie en général.

    À quoi sert d’avoir le regard dans le rétroviseur sans arrêt ?

    Vous dénoncez beaucoup la connerie médiatique. Comment vivez-vous cette période de promotion qui passe par une certaine “prostitution médiatique” ? Vous verra-t-on chez les Delarue, Ardisson ou Guillaume Durand que vous critiquez dans votre livre ?

    Je fais très peu de promo, je vais simplement voir les lecteurs et les libraires. J’ai fait une télé, deux radios, quelques journaux et c’est tout. J’ai évidemment refusé d’aller chez Delarue, Ardisson ou Durand. Ce texte-là n’est pas un prétexte pour exister médiatiquement, pour aller montrer ma bobine et parler. Ce texte est une fiction totale. Or, on a du mal à intégrer qu’on puisse écrire autre chose que des témoignages quand on est arabe. Surtout pour les écrivains algériens, on a tellement écrit, et moi le premier, sur la réalité algérienne.
    Mais mon boulot n’est pas d’écrire ce que je pense. Je suis le nègre des petits crétins que j’anime dans mon histoire. Je me mets dans la peau des gens et, à un moment, ce sont eux qui dirigent l’histoire. Je suis obsédé par l’écriture, et durant tout le temps que je ne passe pas à mon ordinateur, je ne me sens pas à ma place.

    Propos recueillis par Anne-Caroline Jambaud pour Lyon Capitale
     


  2. sergemar

    sergemar

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    J'avoue que j'aime bien ce que je viens de lire.

    Serge
     
  3. najette

    najette

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    idem.

    un pti tour sur amazon et je reviens...;-)

    n*
     
  4. Ancien-Membre

    Ancien-Membre

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    la charte ne capte pas certains mot :lol:
     
  5. Yazz

    Yazz Mi-Femme Mi-Féline

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    Pas mal du tout ! ;-)
    :rose:
     
  6. kalaloly

    kalaloly Co-Webmaster Administrateur

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    Jolie!
     
  7. chevaliernoir

    chevaliernoir

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    Je paris que tu comprend même pas se que tu dis :chepa:
     
  8. Nourdine

    Nourdine

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    Inénarrable Yassir!
    Pour mieux le connaitre, voici un lien intéressant ( cliquez aussi sur le lien''Comme il a dit lui'').


    http://pourinfo.ouvaton.org/culture/journalisme/YB1.htm

    Il avait un site completement fou.Dommage qu'il ait arrêté.
    Yassir, tu es trop occupé ou quoi ?
     
  9. Difkoum

    Difkoum Merci Ely VIB

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    Voilà quelqu'un qui n'a pas d'oeillères et me voilà renseigné sur ce que je dois lire ce week end. Merci bladi.
     
  10. Ancien-Membre

    Ancien-Membre

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    :-o
    decide toi Dif lkarim lire ou :pint:
    :roll:
    ;-)
     
  11. Ancien-Membre

    Ancien-Membre

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    Les femmes aussi aiment elles être prises avec vigueur ou l’étreinte est judicieusement bien placée à la racine du plaisirs pour illuminer ses ramures

    :-D
     
  12. Ancien-Membre

    Ancien-Membre

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    :mdr:

    les ramures et les racines..en fin tte sa structure botanique:)
     

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