Un livre où je veux, quand je veux

Discussion dans le forum 'Actualités marocaines' créée par kamomille le 21 Fév. 2008.

  1. kamomille

    kamomille VIB

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    Le jour de son lancement sur le marché américain, le 19 novembre 2007, le Kindle, nouveau "livre électronique" de la société Amazon, a été épuisé en cinq heures et demie. "Nous avions totalement sous-estimé l'intérêt du public pour ce produit, reconnaît Ian Freed, vice-président d'Amazon chargé du Kindle, mais depuis trois mois, notre usine installée en Californie tourne à plein régime. Les clients s'inscrivent sur une liste d'attente, et reçoivent leur Kindle par la poste au bout de quelques semaines." Inutile de chercher un Kindle en boutique : Amazon, l'un des leaders mondiaux du commerce électronique, s'est réservé l'exclusivité de la promotion et de la vente sur son site Internet. Le prix est de 399 dollars (274 euros).


    Retranchés dans leur QG, un ancien hôpital datant de 1928 qui domine le port de Seattle, les dirigeants refusent de divulguer les chiffres de vente de la division Kindle, qui restera sans doute déficitaire pendant assez longtemps. Mais pas d'inquiétude : avec un chiffre d'affaires pour 2007 de 14,8 milliards de dollars, des bénéfices de 476 millions et six filiales prospères sur trois continents, Amazon a les moyens d'investir à long terme.

    A lui seul, le nom de l'appareil révèle l'ambition de ses concepteurs : en anglais, kindle signifie "allumer ou attiser un feu". Les dirigeants d'Amazon semblent ainsi annoncer qu'ils vont mettre le feu au secteur de l'édition et de la presse - et peut-être faire partir en fumée tous les livres et journaux en papier.

    Dès les débuts de l'Internet, des associations et des distributeurs commerciaux ont ouvert des sites de téléchargement de livres en version numérique, gratuits ou payants. Dans la foulée, des constructeurs informatiques se sont lancés dans la fabrication de livres électroniques, boîtiers de poche dotés d'un écran, d'un miniclavier, de boutons de commande pour tourner les "pages", et d'une mémoire pouvant contenir des centaines d'ouvrages. Ce marché a stagné pendant une décennie, mais aujourd'hui Amazon fait le pari que les consommateurs ont envie de transporter dans leur poche ou leur sac à main toute une bibliothèque - de la même façon qu'ils transportent partout des milliers de chansons dans leurs lecteurs MP3.

    Le Kindle apporte des innovations décisives. L'écran, de 15 cm, a été conçu pour ressembler le plus possible à une feuille de papier imprimée : il est blanc mat et ne dégage aucune lumière. Le texte, affiché en noir, semble inerte. Pour obtenir ce résultat, Amazon utilise la technologie de l'"encre électronique" mise au point par des chercheurs du MIT de Boston et la société E-Ink. Le "papier" est une feuille de plastique recouverte d'électrodes. "L'encre" est composée de microcapsules remplies de particules blanches et noires, qui changent de couleur à volonté sous l'impulsion des électrodes.

    D'autre part et surtout, le Kindle est un objet "communiquant". Grâce à un émetteur-récepteur intégré, il est connecté en permanence à un site, Amazon Kindle Books, pour pouvoir télécharger des textes n'importe où et n'importe quand. Au départ, les ingénieurs avaient songé à utiliser le Wi-Fi (Internet sans fil). A la réflexion, ils ont préféré une solution plus chère, mais plus pratique et mieux sécurisée : le Kindle est relié à Amazon via le nouveau réseau de téléphonie mobile à haut débit de la compagnie Sprint, qui couvre presque tout le territoire des Etats-Unis.

    D'un clic, le client consulte le catalogue, puis télécharge l'ouvrage de son choix, qu'il soit dans un taxi, à la plage, dans une salle d'attente, au restaurant avec des amis, ou dans son lit au milieu de la nuit.

    Mi-février, Amazon proposait un catalogue de près de cent mille livres numériques en tous genres. Un best-seller récent coûte 10 dollars, un roman datant de quelques années 8 dollars, un classique de la littérature américaine tombé dans le domaine public de 1 à 4 dollars, une pièce de Shakespeare 80 cents, la Critique de la raison pure, de Kant, 3,16 dollars. Si le client hésite, il peut télécharger gratuitement le premier chapitre de n'importe quel ouvrage. La communication avec le serveur est gratuite - plus exactement, elle est comprise dans le prix de l'ouvrage, Amazon ayant passé un contrat forfaitaire avec Sprint.

    Aujourd'hui, le site Amazon.com vend de tout, mais à l'origine, il était spécialisé dans la vente de livres, et dans l'esprit du public, le livre reste son produit phare. En treize ans d'activité, il s'est imposé aux Etats-Unis et dans de nombreux pays comme l'un des principaux marchands de livres-papier au détail. Selon Ian Freed, c'est un avantage décisif : "Depuis 1995, date d'ouverture de notre site, nous cultivons des relations de travail étroites avec les éditeurs du monde entier. Ils nous connaissent bien, ils nous font confiance. Nous préparons le lancement de Kindle en partenariat avec eux depuis plus de trois ans."

    Plus de 200 maisons d'édition américaines ont confié à Amazon des copies numériques de certains de leurs ouvrages, et ont signé des accords de partage des recettes. Au cours des négociations, la majorité d'entre elles a exigé que leurs livres soient cryptés et verrouillés, pour empêcher les copies illicites. Ces précautions sont sans doute illusoires : des pirates informatiques ont diffusé sur Internet des logiciels de déverrouillage pour tous les e-books existants. De toutes façons, n'importe qui peut scanner un livre, ou retaper le texte sur son ordinateur puis le diffuser sur Internet.

    Les éditeurs américains semblent considérer le piratage comme un risque commercial acceptable. Le géant de l'édition Random House possède déjà plus de 6 000 titres en version numérique, et assure que ce nouveau secteur commence à être bénéficiaire. En tête des ventes, les romans d'amour à l'eau de rose, la science-fiction et les manuels de business. Random House a passé des accords de distribution avec les principales librairies en ligne - y compris celle de Sony, qui a sorti son propre livre électronique, le E-Reader.
     


  2. kamomille

    kamomille VIB

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    Contrairement à certains autres e-books, le Kindle est lui-même verrouillé : il fonctionne grâce à des logiciels tenus secrets, et peut se connecter uniquement sur le site d'Amazon. Reste qu'il est le seul à proposer le téléchargement direct et automatique, sans passer par un ordinateur.

    Jeff Bezos, 44 ans, fondateur et patron d'Amazon, cultive son image de visionnaire. Dans un entretien accordé en novembre 2007 à la chaîne de télévision PBS, il imagine l'avenir du livre en tant qu'objet manufacturé. Il commence par se référer au passé, rappelant que les hommes ont d'abord écrit sur des tablettes d'argile, puis des parchemins, avant d'inventer l'imprimerie... Moqueur, il suppose que les scribes travaillant jadis sur papyrus étaient sans doute persuadés que leur technique était parfaite et éternelle : "De la même façon, cela n'a aucun sens de croire que la technique consistant à imprimer nos livres sur un matériau fait à partir d'arbres morts soit l'étape ultime de l'évolution." Quant à l'avenir du catalogue de Kindle, pas de fausse modestie : "Un jour, nous posséderons la totalité des livres qui ont été imprimés, dans toutes les langues, y compris les livres épuisés."


    Le Kindle va peut-être aussi devenir un kiosque à journaux. Son système de connexion permanente se prête parfaitement à la distribution de la presse écrite. Une équipe de commerciaux d'Amazon, qui parcourt l'Amérique et l'Europe pour démarcher les grands groupes de presse, a déjà signé des accords avec neuf journaux américains (dont le New York Times, leWall Street Journal et le Washington Post) et quatre européens : l'Irish Times, la Frankfurter Allgemeine, Les Echos et Le Monde. Pour un abonnement de 6 à 15 dollars par mois, le Kindle télécharge automatiquement le journal pendant la nuit, en une quinzaine de secondes. On peut aussi acheter un journal à l'unité, sans abonnement. Les articles du Monde s'affichent en texte courant, comme une page de livre, sans photos ni publicités. Le New York Times a commencé à introduire quelques photos. Le Kindle distribue aussi huit magazines américains : l'abonnement à Time ou à Fortune coûte 1,49 dollar par mois.

    Amazon se tourne à présent vers les blogs publiés gratuitement sur Internet. De nombreux lecteurs semblent prêts à payer un forfait de 2 dollars par mois pour lire leur blog préféré sur un Kindle s'ils sont en déplacement, ou s'ils n'ont pas envie d'être assis devant leur ordinateur. Plus de 250 blogs ont déjà décidé de tenter l'expérience. Kindle représente pour eux un nouveau modèle économique, car jusqu'à présent leur seul revenu était la publicité.

    Amazon vient aussi de lancer une plate-forme de mise en vente rapide et sans formalités de textes hors catalogue. Les vendeurs sont des écrivains débutants sans éditeur, et des petites maisons d'édition voulant tester sans risque un nouvel auteur. Pour toucher une clientèle plus exigeante, Kindle permet aussi de faire des recherches par mots-clés, de consulter un dictionnaire, d'écrire des annotations, et d'échanger des textes entre un Kindle et un ordinateur par courrier électronique.

    Jeff Bezos réfléchit déjà à un futur Kindle en couleurs. Pour le long terme, Amazon s'intéresse à une technologie futuriste, développée par la société E-Ink : "l'écran souple", un livre électronique presque aussi mince qu'une feuille de papier, que l'on pourra ranger dans un classeur, plier dans sa poche - et même rouler comme un parchemin.


    http://www.lemonde.fr/technologies/...u-je-veux-quand-je-veux_1014114_651865_1.html
     

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