Mariages forcés : les garçons aussi

Discussion dans le forum 'Actualités marocaines' créée par Mims le 28 Nov. 2008.

  1. Mims

    Mims VIB

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    Dans la communauté turque d'Allemagne, les mariages sous la contrainte ne visent pas seulement les jeunes filles. Le magazine Der Spiegel publie le témoignage d'Azad, un garçon marié contre son gré à sa cousine.





    Azad ne peut oublier ce jour de septembre 2005, où il a célébré son mariage à Stuttgart et enduré les heures les plus humiliantes de sa vie : "C'est vraiment horrible de devoir se forcer à avoir des rapports sexuels avec quelqu'un de sa famille", explique le jeune Kurde de 20 ans. "Vous imaginez ? Avec ma cousine germaine." A 16 ans, Azad apprend qu'il doit se fiancer à une cousine d'Anatolie orientale de son âge. Face à son refus, sa mère menace de se suicider. "Tu me retrouveras pendue dans la cave", prévient-elle. Alors, à 17 ans, Azad se marie civilement en Turquie, puis la mariée arrive en Allemagne, où la famille organise la cérémonie religieuse. La nuit de noces a lieu dans un hôtel deux étoiles : "C'était l'horreur absolue", se souvient Azad.
    On connaît l'histoire des jeunes filles turques d'Allemagne mariées de force. On sait beaucoup moins que les jeunes hommes de confession musulmane sont, eux aussi, souvent mariés contre leur gré. Ils ne peuvent pratiquement compter sur aucune aide, et beaucoup éprouvent une telle honte qu'ils n'osent pas parler. Le psychologue Kazim Erdogan connaît bien le problème. En Allemagne, il a été l'un des premiers à proposer des consultations bénévoles aux jeunes hommes d'origine turque, dans le quartier berlinois de Neukölln. "Certains jeunes sont sous la coupe de leur famille, victimes de chantages ou battus", témoigne-t-il.
    Né en Allemagne, Azad a reçu très tôt des photos de sa cousine de Turquie. "Pour mon futur époux", pouvait-on lire au dos. "J'ai toujours cru que c'était une blague", commente le mécanicien qualifié.
    Mais son père ne cesse de lui répéter : "Mon garçon, nous devons nous serrer les coudes." Tous les dimanches, les membres du clan, soit 40 à 50 personnes, se réunissent chez les parents d'Azad. Tous se lèvent lorsque le père d'Azad arrive. C'est l'aîné, le patriarche. Le "pacha", comme l'appelle Azad.
    C'est lors de l'un de ces dimanches que le jeune homme craque. Il disparaît dans la cuisine et commence à pleurer. Sa sœur aînée le rejoint, inquiète. "Je ne veux pas me marier", lance-t-il. Dans la cuisine bientôt remplie de femmes, un concert de lamentations s'élève. Jusqu'à ce qu'Azad finisse par céder : "C'est bon. Je le ferai."
    Il n'est pas toujours facile de tracer la frontière entre mariage arrangé et mariage forcé. "Ma sœur a toujours été d'accord pour épouser son cousin, raconte Azad, mais moi, jamais." Certes, il n'a pas été contraint au mariage par la violence physique, comme d'autres. Le chantage au suicide de sa mère a suffi. Mais après quelques semaines de vie commune avec sa cousine, il a bien dû s'avouer que rien n'allait. "J'étais au lit tous les soirs à neuf heures et demie pour éviter de coucher avec ma cousine. Ou je sortais, raconte-t-il. Je voyais d'autres filles." Le psychologue Kazim Erdogan soulève un autre problème : "Beaucoup d'hommes passent leur frustration sur leurs femmes en les battant."
    Lorsque Azad rencontre Laura, 18 ans, grâce à des amis, il saute le pas. Un après-midi de mai, il quitte la maison, sans papiers ni argent, et trouve refuge dans le studio de Laura, à Munich. Aujourd'hui, tous deux sont assis main dans la main à la terrasse d'un café munichois. Azad est toujours marié, "mais seulement sur le papier", dit-il. Il porte encore les vêtements dans lesquels il a quitté le domicile conjugal. Voici quelques jours, il s'est inscrit dans une agence d'intérim. "Avec le temps, je m'en sortirai, assure-t-il. Mon père ne me parlera plus jamais, c'est clair. Mais ça se tassera peut-être avec mes frères et sœurs." Azad ne pourra jamais pardonner à son père. Le jeune homme n'a même pas l'intention de divorcer. Les papiers nécessaires se trouvent chez sa famille, à Stuttgart. Et puis, il n'a pas d'argent. "En plus, je ne veux pas faire de mal à ma cousine. Elle n'est absolument pour rien dans tout ce qui s'est passé, dit-il. Si elle rentrait en Anatolie divorcée, ce serait le déshonneur pour elle."


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