Maroc politique : Bilan et leçons

Discussion dans le forum 'Général' créée par leclair le 29 Oct. 2007.

  1. leclair

    leclair

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    Bilan et leçons

    Ahmed R. Benchemsi


    La démocratie, c’est bien ; le pragmatisme, c’est mieux. C’est parce que la monarchie l’a compris qu’elle est plus forte que tout le monde


    Bon ben voilà. “L’échéance majeure de 2007”, le “rendez-vous avec l’Histoire”… toutes ces choses qu’on nous annonce avec gravité depuis au moins deux ans sont maintenant derrière nous. Elles ont même eu le temps de décanter et, nous autres observateurs, de prendre du recul. Il est temps d’en tirer les leçons qui s’imposent.


    Les élections. Elles ont été aussi transparentes que possible, et l’Etat y a mis le maximum de bonne foi. C’était le mieux qu’on pouvait espérer. Pour la première fois dans l’histoire du Maroc, les conditions de déroulement d’un scrutin sont parfaitement crédibles, à commencer par le faible taux de participation. Et c’est, justement, la première grande leçon de l’année : malgré les beaux costumes et le décor soigné, le peuple marocain n’est pas dupe de son théâtre politique.

    Les résultats. Le fantasme du “raz-de-marée” islamiste a vécu. Si l’Istiqlal est arrivé premier, c’est parce que c’était le seul parti à allier connaissance aiguë du terrain et absence totale de complexes par rapport aux notables, ces seigneurs féodaux et autres “mmaline chekkara” qui attirent les votants comme le miel les mouches. Et c’est la seconde grande leçon : pendant que l’intelligentsia agite de nouveaux concepts (“démocratisation” et “péril vert”), le Maroc profond, lui, reste fidèle à ses vieux archaïsmes. Il ne faudra plus l’oublier.

    Le Premier ministre. Abbas El Fassi était un choix démocratique. Et catastrophique. C’est en soi une leçon : on ne réclame pas la démocratie pure et parfaite tant que ses fondements ne sont pas purs et parfaits. Notre vie partisane est malsaine et nos leaders politiques ne sont ni jeunes, ni courageux, ni compétents. Que Abbas soit porté à la tête d’un tel système est d’une logique imparable, et on ne peut pas, décemment, en blâmer Mohammed VI. Bien sûr, il aurait pu nommer un Hejira ou un Ghellab, et faire ainsi avancer la classe politique malgré elle. Eh bien il ne l’a pas fait. Sciemment, sourire gourmand en coin ? L’affirmer relèverait du procès d’intention.

    Le gouvernement. Oui, le roi l’a imposé à Abbas de manière brutale et autoritaire. C’est vrai qu’il aurait pu y mettre les formes, notamment en évitant la grotesque séquence Akhennouch-Benkhadra, “imputés” à deux partis différents en deux jours. Mais sur le fond, avait-il vraiment le choix ? Le Premier ministre avait les coudées franches pour former son gouvernement tout seul, mais il a baissé les bras de manière pathétique. En reprenant le contrôle, Mohammed VI a signifié ceci : “Moi, garant de la continuité de l’Etat, je ne peux tolérer que ce dernier plonge dans la crise à cause de l’inconséquence généralisée de la classe politique”. Là aussi, on peut penser que le blocage était prévisible, et que le roi l’a sans doute vu venir de loin - d’aussi loin que tous ceux qui connaissaient les limites du brave Abbas. Le souverain a-t-il, dans ces conditions, laissé volontairement pourrir la situation pour mieux en reprendre le contrôle, et réaffirmer ainsi sa prééminence absolue sur le champ politique, “leçon” en prime ? L’affirmer relèverait, là encore, du procès d’intention. Une seule chose est sûre : ce gouvernement aligne plus de compétences et de “bons” profils que le précédent. On ne va quand même pas s’en plaindre.

    Conclusion : l’autoritarisme royal a fait la démonstration de son inévitabilité. Mais il s’est exercé aux mauvais moments. Si, au lieu de se contenter de sermonner les partis depuis 8 ans sur leur sclérose et leur populisme, Mohammed VI les avait forcés à se réformer (il en a évidemment les moyens), en poussant les dinosaures à la porte et en s’ouvrant aux profils dont le Maroc a vraiment besoin, on n’en serait pas là aujourd’hui. Bien sûr, beaucoup auraient crié à l’ingérence – à raison. Mais ça n’aurait pas été pire que ce qui vient de se passer. Moralité : la démocratie, c’est bien ; le pragmatisme, c’est mieux. La monarchie l’a compris bien avant la classe politique. C’est pour ça qu’elle continue à lui imposer sa loi.
     


  2. Sanzo

    Sanzo VIB

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    C'est bien de s'en rendre compte, parceque tel quel a fait partie de cette intelligentsia qui ergotait sur ce pretendu peril vert. On verra s'il oubliera pas...
     

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