Le 'mramdène' ou la mauvaise humeur du jeûneur

Discussion dans le forum 'Islam' créée par - le 7 Oct. 2004.

  1. Ancien-Membre

    Ancien-Membre

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    Ne me parle pas, je jeûne!" Si on vous a déjà répondu comme cela, c'est que vous avez croisé un mramdène, ce qui veut dire en dialecte marocain : un jeûneur dont le comportement s'est dégradé durant le Ramadan. Ce phénomène, appelé tramdène, a différents visages : la fatigue, le mutisme et … l'envie de taper sur les autres!

    Ce phénomène touche d'abord ceux qui durant le reste de l'année sont dépendants de certaines substances telles que l'alcool, le tabac mais aussi les psychotropes (calmants et excitants) ou même la drogue. Mais selon le Chakib Bouhlal, psychiatre à Rabat, le tramdène peut toucher tout le monde. "Il se manifeste chez les gens incapables d'assumer la transition entre deux modes de vie, l'habituel et celui qu'exige le Ramadan".

    Pendant ce mois sacré pour les musulmans, le croyant doit s'abstenir, durant la journée, de manger, de boire et d'avoir des rapports sexuels. C'est un des cinq piliers de l'islam. Celui qui ne jeûne pas représente donc une exception inadmissible. La pression sociale est importante. Certains malades dispensés du jeûne font donc quand même le Ramadan. Les diabétiques par exemple, risquent une hypoglycémie quand ils jeûnent. Cela peut engendrer des crises de nerfs et les transformer en mramdnines.

    Le soir, les musulmans rompent le jeûne. Ils ont alors le droit de vivre comme d'habitude. Mais, certains compensent avec frénésie les privations de la journée. Résultat : les excès de caféine et de tabac entraînent un comportement exécrable durant la journée. C'est le cas de M'hammed, enseignant de 45 ans à Rabat. "Le soir, je dors peu et je passe mon temps à boire du café et à fumer. Alors, le lendemain, je fais subir à mes élèves un mauvais traitement " Certains mramdnines ne sont pas de mauvaise humeur mais restent totalement oisifs, même au travail. "Ils remettent leurs obligations et devoirs à plus tard pour entrer durant ce mois sacré dans une sorte d'hibernation", explique un psychologue interviewé sur ce sujet dans une revue marocaine. D'autres par contre, profitent du moindre contact avec les gens pour se bagarrer. Selon ce même psychologue, "chaque être vivant, y compris l'homme, a un potentiel de violence et d'agressivité. Mais ce qui différencie l'être humain, c'est sa capacité à refouler et à contrôler cette agressivité."

    "Amal, une jeune femme de 30 ans, a expérimenté cette violence : "Mon mari avait tendance à être agressif, ainsi, je devais supporter son comportement. Mais le Ramadan dernier, nous avons eu une longue discussion après la rupture du jeûne et il a commencé à changer d'attitude. Maintenant, il préfère le mutisme. C'est quand même mieux." Alors, faites attention : un homme silencieux est peut-être comme un volcan endormi avant l'éruption !


    Le tramdène n'est pas bien vu par la société marocaine. Selon l'écrivain Reda Lamrini, "ce comportement va indéniablement à l'encontre des préceptes de notre religion." Le Ramadan doit être vécu comme une période de piété et de consécration à Dieu Allah pendant laquelle les musulmans prient d'avantage, lisent plus le Coran et doivent avoir de meilleures relations avec les autres.

    Pour éviter les débordements du tramdène, le Dr Bouhlal conseille aux jeûneurs de manger légèrement au f'tour, l'encas que l'on prend à la rupture du jeûne, et de dîner normalement vers 21h. Il conseille aussi de dormir suffisamment et surtout… de se modérer dans leur consommation d'excitants ! •







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