Est-il permis de critiquer l'Israel?

Discussion dans le forum 'Général' créée par muslim93 le 10 Juil. 2005.

  1. muslim93

    muslim93

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    Eminent spécialiste en relations internationales, auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages, Pascal Boniface directeur de L’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) s’exprime sur oumma.com à travers un entretien axé sur la parution de son dernier livre intitulé : « Est-il permis de critiquer Israël ? » aux éditions Robert Laffont. Un livre courageux à lire impérativement !





    Vous affirmez qu’il y a un Etat (et un seul ) « dont critiquer le gouvernement peut être immédiatement assimilé à un antisémitisme déguisé ou mal assumé c’est celui d’Israël » ?


    Il y a effectivement une exception en la matière. Si je critique la politique de George W. Bush on ne va pas m’accuser de faire du racisme anti-américain. De même, si j’émets des réserves sur celle de Poutine, on ne va pas dire que je fais du racisme anti-russe. Personne ne qualifiera de racisme anti-chinois ceux qui critiqueront la politique de Pékin. On pourrait multiplier les exemples à l’envi et évidemment personne ne va traiter de racistes anti-arabe, ceux qui critiquent Arafat. Or, certains partisans d’Israël vont immédiatement qualifier d’antisémites ou d’antisionistes ceux qui critiquent la politique de l’actuel gouvernement israélien. Ils vont instrumentaliser la lutte contre l’antisémitisme au service de la politique d’un gouvernement.


    Peut-on parler en France de l’existence d’un lobby pro-isarélien qui n’est pas seulement composé de juifs ?


    Il y a effectivement un lobby pro-israélien qui dépasse le cadre de la communauté juive. Je ne crois d’ailleurs pas à l’existence d’un lobby juif. Lorsque l’on regarde les prises de position des juifs de France, on voit qu’ils ont sur le conflit israélo-palestinien - comme sur d’autres sujets - les avis les plus divers. Pierre Vidal-Naquet, Rony Brauman, Marcel Francis-Khan - je pourrais multiplier les exemples -, montrent bien qu’il n’y a pas une opinion unique des juifs de France sur le sujet. De nombreux juifs français sont engagés dans la défense de la cause palestinienne. Il y a en revanche un lobby pro-israélien que je qualifie personnellement d’ultra-pro-israélien, parce que quoi que fasse le gouvernement d’Israël, il va le défendre. Il est composé de juifs et de non-juifs qui y participent pour les raisons les plus diverses, soit parce qu’ils ont un lien particulier avec Israël, parce qu’ils éprouvent une culpabilité historique à l’égard du peuple juif, certains sont animés par des raisons moins nobles, comme une hostilité à l’égard des arabes.


    Sans pour autant nier les actes antisémites en France, vous constatez qu’il y a une volonté de dramatisation en ne distinguant pas les actes mineurs des actes graves ?


    Il y a effectivement des actes antisémites en France et il faut les condamner. Rien ne permet de les justifier, pas plus la cause palestinienne que d’éventuelles difficultés d’intégration, de la part de ceux qui les commettent. Il est important de rappeler que toute violence - autant à l’égard des personnes que des biens - doit être interdite. Ceci étant, ceux qui estiment que nous sommes en France dans une situation comparable à « la nuit de cristal », c’est-à-dire à celle qui prévalait à l’émergence du nazisme en Allemagne, qui font une recension des actes antisémites dans laquelle ils mettent sur le même plan le fait de brûler les synagogues ou de recevoir un mail d’injures, ne permettent guère de faire avancer le débat. Ils opèrent une dramatisation excessive. Par ailleurs, il ne faut pas faire silence sur les actes islamophobes qui sont beaucoup plus nombreux et qui ont été malheureusement en France, jusqu’à la mort de personnes.


    En citant les exemples notamment des livres de Houellebecq et le brûlot d’Oriana Fallaci, vous remarquez « que l’on peut en France attaquer beaucoup plus facilement et beaucoup plus impunément (juridiquement et moralement) l’islam et les arabes que d’autres communautés » ?


    Evidemment, les livres de Houellebecq et de Oriana Fallaci n’auraient pas pu être publiés en France si, au lieu de s’en prendre à l’Islam et aux arabes, ils s’en étaient pris à d’autres communautés. Je ne dis bien sûr pas qu’il faudrait publier le même type de livre sur d’autres sujets, mais de deux choses l’une ; soit l’on interdit tous les livres de cette sorte, soit alors, on ne procède pas à une indignation sélective. Personnellement, je serais plutôt pour une certaine liberté en pensant que le public est assez mûr et assez intelligent pour distinguer ce qui est exagéré et dangereux. Mais, on atteint le comble de la contradiction lorsque Maître Gilles William Golnadel, qui est l’un de ceux qui protestent avec la plus grande véhémence contre la montée de l’antisémitisme, vient défendre au tribunal le livre d’Oriana Fallaci ou lorsque que des intellectuels comme Pierre-André Taguieff et Alain Finkelkraut, prompts à débusquer la remontée de l’antisémitisme derrière toutes critiques d’Israël, ne trouvent que des imperfections de style au livre d’Oriana Fallaci.


    Dans votre livre, vous constatez qu’une partie de l’extrême droite en France « s’est convertie au soutien sans faille à Israël qui lui apparaît comme le meilleur adversaire des arabes » ?


    Effectivement, l’extrême droite s’est convertie au soutien à Israël en grande partie par hostilité aux arabes. L’extrême droite en France avait une tradition antisémite, une grande partie l’est restée, mais ils peuvent tout à fait être antisémites et pro-sionistes. C’est le cas de Jean-Marie Le Pen qui a déclaré avant les élections en avril 2002 au journal Haaretz que Sharon menait un combat qui lui rappelait celui qu’il menait contre les Algériens pendant la guerre d’indépendance.


    Lorsque le CRIF exige du gouvernement français qu’il s’aligne sur les positions d’Israël, vous évoquez en France un risque « de dérive à l’américaine où la politique étrangère serait largement déterminée par le poids des communautés ».


    Effectivement, le CRIF dit vouloir éviter l’importation du conflit israélo-palestinien en France, mais chacun de ses dîners annuels est l’occasion de demander au gouvernement français de prendre des positions conformes aux intérêts d’Israël. Lorsqu’il y a divergence entre la France et Israël, le CRIF ne demande pas au gouvernement israélien de changer de position, il le demande au gouvernement français. On m’accuse d’avoir voulu faire du communautarisme parce que j’ai simplement mis en avant le fait que cette tendance allait nécessairement créer une contre-tendance dans la communauté musulmane qui est, par ailleurs, numériquement plus nombreuse. C’est pour cela que je suis persuadé qu’il faut faire prévaloir des principes et non pas le poids des communautés.


    En avril 2001, suite à une note sur le conflit israélo-palestinien, à destination du premier secrétaire du PS, François Hollande, une fatwa selon votre propre terme a été envoyée contre vous par le lobby pro-israélien. Est-il possible en France de résister aux différentes tentatives de censure sur cette question ?


    Il est effectivement extrêmement difficile de s’exprimer sur ce sujet. Je raconte ce qui m’est arrivé et ce qui est arrivé à quelques autres dans mon livre et je trouve que c’est tout aussi édifiant que consternant. Pourquoi le conflit israélo-palestinien ferait-il exception ? Pourquoi devrait-on subir des menaces et des mesures de rétorsion parce que l’on s’est exprimé d’une façon qui a déplu à certains ? J’accepte tout à fait le débat contradictoire, mais je trouve inacceptable que parce que je me suis montré critique à l’égard du gouvernement d’Israël, on demande aux membres du Conseil d’administration de l’IRIS de démissionner, ou aux ministères et entreprises qui travaillent avec l’IRIS, de cesser de le faire. Il y a un enjeu démocratique essentiel. Ce type de pression est de moins en moins accepté, il est donc nécessaire de résister. Cela est difficile, je peux vous le dire, puisque sept éditeurs ont refusé de publier ce livre avant que les éditions Robert Laffont n’acceptent de le faire. C’est la première fois que j’ai eu autant de difficultés à publier un livre. Mais maintenant, l’accueil qui est fait et les nombreux témoignages de sympathie venant de toutes parts, y compris de nombreux juifs de France, montrent qu’il était nécessaire de le faire.


    Propos recueillis par Saïd Branine



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    Pascal Boniface est directeur de l’ Institut de Relations internationales et stratégiques (IRIS)


    § Directeur de la publication de l’Année stratégique (depuis 1985) et de la revue internationale et stratégique (depuis 1991)


    § Administrateur de l’Institut des hautes études de la Défense nationale (depuis 1998)


    § Secrétaire général du Groupe d’études et de recherches militaires et stratégiques (Germes) (1985-86).


    § Expert pour les questions de défense auprès du groupe socialiste de l’Assemblée nationale (1986-88).
     


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