Philosophie du plaisir

Discussion dans le forum 'Culture' créée par de_passages le 31 Jan. 2005.

  1. de_passages

    de_passages

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    L'hédonisme éthique considère que notre obligation morale fondamentale est d’amplifier plaisir et bonheur. L'hédonisme éthique est associé au philosophe Epicure (342-270 a JC.) qui pensait que le but de notre vie est de minimiser la douleur et maximiser le plaisir. En fait, toutes nos actions devraient avoir ce but, le plaisir étant recherché dans chaque action humaine.

    Dans une Lettre à Menoeceus, Epicure donne des conseils sur la meilleure façon de diminuer les douleurs de vie, et explique la nature du plaisir.



    Epicure explique comment nous pouvons réduire l'angoisse psychologique qui résulte de la crainte des dieux et de la crainte la mort, et il insiste que toute douleur est mauvaise et devrait être évitée, et chaque plaisir est bon et devrait être préféré.

    Cependant, il y a un lien entre douleur et plaisir. Chaque douleur est mauvaise, nous devrions minimiser la douleur si possible. Mais minimiser les douleurs de la vie suffisent pour parfois pour atteindre le bonheur, et dans ce sens nous n’avons pas besoin de chercher les plaisirs les plus intenses pour avoir le bonheur . Il discute sur le fait que nous ne devrions pas poursuivre chaque plaisir possible, car parfois les petits plaisirs suffisent pour éprouver le bonheur.

    Pendant le moyen âge, les philosophes chrétiens ont dénoncé l’hédonisme Épicurien en croyant qu’il était contradictoire avec les recommandations chrétiennes d’éviter le péché, de suivre la volonté de Dieu, et développant les vertus chrétiennes.

    Les Philosophes de la renaissance comme Erasmus (1466-1536) a réanimé l'hédonisme et a discuté que la recherche du plaisir était compatible avec le souhait de Dieu à rendre les êtres humains heureux. Le philosophe Thomas More (1478-1535) explique que " la partie principale du bonheur d'une personne est la présence du plaisir ".


    Comme Erasmus, More défendait l'hédonisme et pensait que Dieu n’est pas contre le bonheur des hommes et que le désir à éprouver le bonheur peut motiver les humains à adopter une attitude morale. Il insiste que les humains devraient poursuivre des plaisirs naturels et négliger les plaisirs artificiels.

    Au 18e siècle, le thème moral , plaisir, et bonheur a été exploré par Francis Hutcheson (1694-1747) et par David Hume (1711-1776), qui ont théorisé l’hédonisme et étaient des précurseurs d’une autre école de pensée : l'utilitarisme.

    Notre époque

    L’Hédonisme est devenu à notre époque une composante du comportement individuel. Sans centrer l’hédonisme sur ses aspects sexuels, les loisirs, les jeux et la consommation peuvent être considérés comme une conduite hédoniste.

    Il est étrange de constater que le caractère sexuel de l’hédonisme a occulté les autres facettes de l’hédonisme. Des milliers de sites pornographiques se disent hédonistes, des clubs d’échangisme sexuel aussi. Si l’hédonisme est une mode de vie privilégiant le plaisir à la douleur, il ne s’agit en aucun cas des plaisirs sexuels exclusivement , mais de toutes sortes de plaisirs.

    Le lien entre l’éthique et l’hédonisme est indissociable, éviter les douleurs signifie les douleurs des autres et les douleurs pour soi même. Une sexualité à risque n’est pas un hédonisme car elle risque d’engendrer des douleurs futures, et il s’agit d’une conduite à risque. Cette règle s’applique à d’autres conduites à risque comme l’abus de substance ( drogues) et l’abus d’alcool.
    Aujourd'hui l'attitude hédoniste dans la vie en général et en matière de sexualité est répandue. Ses partisans croient que la sexualité est une activité plaisante et donc ne nécessite aucune justification supplémentaire. Cependant, cette permissivité ne justifie pas l’irresponsabilité. Au contraire, les hédonistes responsables essaient d'éviter des plaisirs éphémères, dangereux, ou destructeurs pour privilégier les plaisirs à satisfaction personnelle profonde et durable.

    Réf :

    - Encylopedia of philosophy, 1996-2000

     


  2. Belette

    Belette

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    le dernier point est tres interessant:
    quant il parle de plaisir à satisfaction personnelle et durable

    moi je me pose la question quant à la durabilité de ce plaisir, j'opte plutot par des plaisirs distincts mais continus dans le temps, car l'experience a montré (du moins la mienne) que toutes les bonnes choses ont une fin
     
  3. de_passages

    de_passages

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    Le désir raisonnable ?


    Mais si le désir renaît toujours, ne nous condamne-t-il pas à l'agitation infinie, ne nous voue-t-il pas à la frénésie illimitée, à l'excès ? Ne nous interdit-il pas alors l'accès à toute sérénité, ne nous empêche-t-il pas de nous tenir dans les paisibles limites du bonheur ? La philosophie antique se préoccupa particulièrement de cette question.

    Les Cyrénaïques (Aristippe), proclamant qu'il n'y a pas d'autre bonheur que le plaisir sensuel de l'instant, firent certes de la satisfaction des désirs (c'est-à-dire du plaisir) le but ultime de l'existence. Il furent suivis en cela par quelques autres, dont les sophistes qui, tel Calliclès, opposent la loi de la nature (loi du plaisir) aux conventions humaines : "Si on veut vivre comme il faut, on doit suivre ses propres passions, si grandes soient-elles, et ne pas les réprimer" (Gorgias).
    voir aussi le texte de Platon
    " Le donjuanisme en sera le moderne écho, mais à sa façon, pour autant que le libertin Don Juan "méprise la mort autant qu'il recherche le plaisir" (P. Bénichou).
    Mais la plupart des philosophes virent plutôt dans le désir un facteur de déraison : ainsi Platon, dans le Gorgias, compare-t-il le désir au tonneau percé des Danaïdes, toujours plein, toujours vide, impossible à jamais remplir. Le désir est ainsi traditionnellement conçu comme opposé à la raison, et la volonté raisonnable doit le soumettre. Dans sa démesure, le désir prend alors la figure de la passion, désir devenu nécessité.


    La maîtrise des désirs

    Stoïcisme et épicurisme, ces deux écoles de sagesse, proposent une morale du renoncement, ou du moins, de la tempérance. Le bonheur (absence de troubles) ne s'atteint que par l'usage réglé de nos désirs. Qu'il s'agisse de les conformer soit à la raison, en accordant notre vouloir à notre pouvoir (stoïcisme), soit à la nature (épicurisme), en hiérarchisant les désirs en désirs naturels et nécessaires (manger, boire, dormir), en désirs naturels mais non nécessaires (boire à l'excès, manger des mets raffinés), et en désirs artificiels et non nécessaires (goût du luxe, de l'opulence, des honneurs). En vue du bonheur (ataraxie), Épicure exhorte à ne satisfaire que la première sorte de désirs.Voir texte d'Épicure

    L'épicurisme, qui est en réalité un éloge du plaisir bien compris, n'est pas un ascétisme (renoncement à tout plaisir). Il échappe en cela à la critique nietzschéenne de l'ascétisme, qui vise plutôt le platonisme et les morales judéo-chrétiennes.


    Désir et humanité


    Cependant, chercher à réduire le désir n'est-ce pas méconnaître, à travers lui, la véritable nature de l'homme ? En ce sens, notre incapacité à combler nos désirs ne serait pas tant la marque de notre faiblesse que celle de notre éloignement de l'animalité. Autrement dit, nos désirs témoignent de notre appartenance à l'histoire (les besoins sont toujours les mêmes, tandis que les désirs évoluent en entraînant la transformation des conditions d'existence de l'homme) et à la culture (émancipation et liberté par rapport au simple donné naturel). Le désir semble ici seul capable de nous orienter vers des buts pleinement humains. Voir citation de Bachelard.


    Désir et volonté

    Mais s'orienter réellement suppose de ne pas se laisser simplement porter par ses désirs. Or, cela ne se peut sans faire usage de volonté.

    Le désir se distingue en effet de la volonté, qui n’est pas un simple mouvement mais une organisation réfléchie de moyens en vue d'une fin. De plus, le désir peut aller sans ou contre la volonté (un désir, par exemple, que je sais interdit et que je ne veux pas réaliser), et la volonté peut aller sans le désir (la volonté d’ingurgiter un médicament quand, pourtant, je ne le désire pas).

    Finalement, on peut dire que vouloir, c’est désirer au point d’agir effectivement pour atteindre ce qu’on désire. Et malgré l'usage synonymique des termes, la volonté se distingue du simple désir en ce sens que ce qu’on veut (vraiment), c’est toujours ce qu’on fait (effectivement), de même que ce qu’on fait, c’est toujours ce qu’on veut.
    On peut donc considérer la volonté comme une espèce de désir, c'est-à-dire comme le désir dont la satisfaction dépend de nous.

    Et c'est précisément parce que l'on désire la joie plutôt que la peine, que le désir doit être gouverné en raison. Le désir devient alors à proprement parler la volonté. "Le désir désire la joie. La volonté veut la joie et sa condition : la peine. Le négatif et le positif ne sont plus disjoints, mais affirmés ensemble" (Marcel Conche).

    p.s.: ce qu'on fait, c'est ce qu'on veut vraiment... et ce qu'on veut vraiment, on le fait (noter le "vraiment").
     
  4. de_passages

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    si on associe le plaisir à un objet particulier et unique c'est sur qu'il aura une fin (puisque nous somme dans un monde matériel ou tout ne dépend pas de nous)
     
  5. Belette

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    le plaisir n'est pas tjs lié à un objet, il prend fin parceque nous mêmes changeons tous les jours, notre regard sur chaque parcelle de nous et de la vie change avec chaque moment qui passe, et ce qui est désir aujourdhui est plaisir demain et peut être souvenir après (dans le meilleur des cas koi)
     
  6. de_passages

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    texte de platon:

    le Beau et le Laid (chercher le beau dans la loi de la nature ou les lois des hommes)

    Calliclès (à Socrate). [...] (Polos) t'a accordé que (e) commettre l'injustice est plus laid que la subir. En effet, à cause de cette concession, il s'est laissé prendre dans tes discours et s'est laissé museler par toi, la honte le retenant de dire ce qu'il pensait. Car toi, en fait, Socrate, sous couvert de poursuivre la vérité, tu nous ramènes à ce genre d'insupportables ficelles de démagogues : "Selon la nature, ce n'est pas beau, mais ça l'est selon la loi". Or le plus souvent, ces deux choses, la nature et la loi, se contredisent. Dès lors, si on cède à la honte et qu'on n'ose pas dire ce qu'on pense, (483a) on est amené nécessairement à se contredire. Point faible que tu as, toi aussi, observé et qui te permet habilement de pervertir la discussion : si on te parle en se plaçant du point de vue de la loi, tu interroges subrepticement en te plaçant du point de vue de la nature, et si on te parle de ce qui est conforme à la nature, tu interroges sur ce qui est conforme à la loi. Par exemple tout à l'heure à propos de cette injustice commise ou subie, Polos disait ce qui était plus laid selon la loi ; toi, tu traquais la loi en te plaçant du point de vue de la nature. Selon la nature, en effet, est plus laid, chaque fois, ce qui est aussi plus désavantageux : subir l'injustice ; (b) mais selon la loi, ce qui est plus laid c'est de la commettre. Subir l'injustice, voilà un malheur qui n'est même pas le fait d'un homme, mais le fait d'un esclave pour qui mourir vaut mieux que vivre, et qui, alors qu'il subit les injustices et les outrages, n'est pas capable de venir au secours de lui-même ni de personne d'autre qui lui serait cher. Mais ce sont les faibles gens et le grand nombre qui, à mon avis, établissent les lois. Or c'est en vue d'eux-mêmes et de leur propre intérêt qu'ils établissent les lois (c) et qu'ils distribuent les louanges et les blâmes. Ils effraient ceux qui sont les plus forts et ceux qui sont capables d'avoir l'avantage, et, pour qu'ils n'aient pas l'avantage, ils disent qu'il est laid et injuste d'avoir une plus grande part que les autres, et que c'est cela se conduire injustement : chercher à avoir plus que les autres ; car eux sont très contents, je pense, s'ils sont à égalité avec les autres, alors qu'ils leur sont inférieurs. Voilà pourquoi la loi dit qu'il est injuste et laid de chercher à avoir l'avantage sur le grand nombre, et que c'est cela qu'on appelle commettre l'injustice. (d) La nature, elle, à mon avis, montre au grand jour, en revanche, qu'il est juste que le meilleur ait plus que le moins bon et que le plus capable ait plus que le moins capable. Elle fait ressortir avec évidence qu'il en va partout ainsi, chez les autres animaux et, parmi les hommes, dans toutes les cités et toutes les familles, que la marque de ce qui est juste, c'est que le meilleur commande à l'inférieur et qu'il ait plus que lui. (e) De quel droit, en effet, Xerxès a-t-il envoyé son armée en Grèce, et son père contre les Scythes ? Et on pourrait citer mille exemples de ce genre. Mais ces hommes, je pense, agissent selon la nature, selon la nature du droit, et, par Zeus, selon la loi de la nature, bien qu'elle ne soit pas conforme sans doute à celle que nous établissons. En façonnant les meilleurs et les plus forts d'entre nous, en les prenant dès leur jeune âge comme des lionceaux (484a) pour les ensorceler et les embobiner, nous en faisons des esclaves ; nous leur disons qu'il faut être à égalité avec les autres, et que c'est cela qui est beau et juste. Mais, à mon avis, qu'il advienne un homme qui ait une nature assez puissante pour secouer tout ce fatras, le faire voler en éclat, s'en échapper, fouler aux pieds nos écrits, nos sortilèges, nos incantations et nos lois, toutes contraires à la nature, voilà notre esclave rebelle qui se dresserait en maître, (b) et brillerait alors de tous ses feux le droit de la nature.
     
  7. de_passages

    de_passages

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    quand je dis objet du plaisir, c'est la façon de laquelle ce plaisir a pu être accompli... l'objet de désir quand il est atteint devient source de plaisir...
    maintenant, je suis d'accord avec ce que tu dis: nous changeons à tous les instants, il se peut qu'un objet qui procurait du plaisir aujourd'hui devienne indifférent le lendemain...
    Ce n'est pas le désir qui s'éteint, mais le désir d'un objet particulier... seulement le désir est porté à un autre objet... et c'est toujours le plaisir qui est recherché...
     
  8. Belette

    Belette

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    le dernier post, euuuuuuuuuuh c koi le rapport avec le plaisir :-?
     
  9. de_passages

    de_passages

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    justice et bonheur (la notion du beau et du laid étant aussi très vaste)... y a la suite ici

    SOCRATE. […] Commençons tout de suite (d) par rappeler l'objet de la
    discussion : toi, tu penses qu'un homme qui commet des injustices et qui est un être injuste peut être heureux, si par exemple tu penses qu'Archélaos est injuste mais heureux. Devons-nous penser que c'est bien là ton opinion ?

    POLOS. Tout à fait.

    SOCRATE. J'affirme moi que c'est impossible. Ceci est un premier point de désaccord. Bien. Mais est-ce que celui qui commet une injustice sera heureux s'il est châtié et puni ?

    POLOS. Pas le moins du monde : si c'est cela qui lui arrive, il sera le plus malheureux des hommes.

    SOCRATE. (e) Mais celui qui commet une injustice, s'il n'est pas châtié, sera-t-il, selon toi, heureux ?

    POLOS. Oui.

    SOCRATE. Selon moi, Polos, celui qui commet une injustice et qui est un être injuste est de toutes façons malheureux ; il est cependant plus malheureux s'il n'expie pas sa faute et s'il n'est pas puni, et moins malheureux s'il expie sa faute et subit un châtiment des dieux et des hommes.

    POLOS. (473a) Tu t'évertues à me dire des énormités.

    SOCRATE. Je finirai par te faire dire les mêmes choses que moi. Car je te considère comme un ami. Ce qui nous sépare pour le moment c'est ceci, regarde toi-même : j'ai dit tout à l'heure qu'il était pire de commettre une injustice que de la subir.

    POLOS. Oui, en effet.

    SOCRATE. Mais pour toi c'est de la subir.

    POLOS. Oui.

    SOCRATE. Et j'ai dit que ceux qui commettent des injustices sont malheureux, et j'ai été réfuté par toi.

    POLOS. Oui, par Zeus !

    SOCRATE. (b) Du moins c'est ce que tu crois, Polos.

    POLOS. Mais c'est la vérité, ce que je crois.

    SOCRATE. Peut-être. Toi tu penses au contraire que ceux qui commettent des injustices sont heureux, s'ils n'expient pas leurs fautes ?

    POLOS. Tout à fait.

    SOCRATE. Moi je dis qu'ils sont les plus malheureux, et que ceux qui expient leurs fautes le sont moins. Veux-tu aussi réfuter ce point ?

    POLOS. Encore plus difficile à réfuter que le précédent, Socrate !

    SOCRATE. Non assurément, Polos, pas difficile, impossible ! On ne réfute jamais la vérité.

    POLOS. Que dis-tu ? Si un homme est pris alors qu'il enfreint la justice (c) et qu'il est en train de comploter contre le tyran, que, une fois pris on le torture, on le mutile, on lui brûle les yeux, qu'il est livré à quantité d'autres supplices, terribles et multiples, et qu'il y voit livrés sous ses yeux ses propres enfants et sa femme, que pour finir il est mis en croix, enduit de poix et brûlé vif, cet homme-là sera plus heureux que si, après avoir réussi à s'échapper, il avait accédé à la tyrannie et régné en maître sur la cité en passant son existence à faire ce qu'il veut, envié et proclamé heureux par ses concitoyens et les étrangers ? C'est ça que tu dis "impossible à réfuter" ?

    SOCRATE. (d) C'est un épouvantail que tu dresses, brave Polos, ce n'est pas une réfutation. Rappelle-moi pourtant une petite chose : tu as bien dit : "au moment où il complote contre son tyran en enfreignant la justice" ?

    POLOS. Oui.

    SOCRATE. Ils ne seront jamais plus heureux l'un que l'autre, ni celui qui s'est emparé de la tyrannie en enfreignant la justice, ni celui qui expie ses fautes par le châtiment ; tous les deux étant malheureux, il ne pourra pas y en avoir un plus heureux que l'autre. (e) Mais le plus malheureux des deux, c'est celui qui a échappé au châtiment et qui est devenu tyran. Qu'est-ce qu'il y a, Polos ? Tu ris ? Voilà encore un autre type de réfutation : quand quelqu'un parle, on rit, sans chercher à le réfuter ?


     
  10. de_passages

    de_passages

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    épicure:

    Né vers 341 avant Jésus-Christ, Epicure fonda en 306 à Athènes sa propre école au fronton de laquelle était inscrit : « Hôte, ici tu seras heureux : le souverain bien y est le plaisir ». Une mention de bienvenue qui ne lui fit certes pas très bonne publicité, même si cette école ne se vit jamais reprochée d’être un lieu de débauche. Bien au contraire, elle fut le lieu de la « volupté épicurienne » c’est-à-dire une école de plaisir par la tempérance et l’ascétisme. Ce qui n’est pas étonnant, car toute la doctrine épicurienne repose sur une idée phare : il faut se libérer des contraintes pénibles, en montrant que vigueur et détente sont compatibles avec la notion de plaisir. Il existe une vraie noblesse du plaisir avec l’épicurisme, dont la pensée est tout même très loin des « pourceaux d’Epicure » à laquelle, beaucoup trop de commentateurs l’ont systématiquement ramenée. Contrairement à l’animal qui, guidé par ses instincts, est asservi par la nature, l’homme peut user de sa réflexion, sa raison guide ses actes. Mais prenons garde de ne pas vouer un véritable culte à cette intelligence ; car celle-ci doit être avant tout mise au service du bien vivre.
    Voilà pourquoi la philosophie d’Epicure est d’abord programmatique : son projet est de supprimer la douleur, et de nous combler de joie ; et son but n’est rien d’autre que de chercher le bien-être : en d’autres termes, la paix de l’âme. Comment ? Sa très célèbre Lettre à Ménécée nous y répond : en nous proposant un véritable enseignement sur le bonheur ; l’exposition d’une méthode pour une vie heureuse. C’est d’ailleurs l’un des rares textes en philosophie qui propose une méthodologie pour accéder au bonheur, et bien que notre époque nous dise, ou semble nous dire, selon les mots mêmes de Michel Houellebecq : « N’ayez pas peur du bonheur ; il n’existe pas », Epicure, lui, prétend nous apprendre tout le contraire. Le bonheur existe bien selon ce penseur grec, et il s’agit pour nous de le poursuivre jusqu’à le posséder définitivement.
    D’ailleurs, à la vie douloureuse, saturée d’angoisses et de souffrances, telle que la vie parait être pour une civilisation comme la notre, grande consommatrice de Prozac et autres tranquillisants, il existe un quadruple remède : « Les dieux ne sont pas à craindre, La mort n’est pas à craindre, On peut atteindre le bonheur, On peut supprimer la douleur. »
    Premier objectif : nous débarrasser des superstitions en assignant les vrais causes. Il montre que beaucoup de croyances reposent sur une conception fausse des dieux et de l’univers. Il s’interroge sur la possibilité probable que les dieux puissent décider de notre destin à notre insu, ce qui réduirait le divin à une menaçante angoisse devant laquelle l’individu ne pourrait que s’incliner, apeuré, sûr de n’être pas le maître de sa destinée, prêt à se soumettre sans révolte à tout pouvoir qui s’autorise de la religion.
    Pour Epicure, il s’agit au contraire de démystifier les croyances et les superstitions pour nous permettre de nous réapproprier notre liberté. Par exemple, si l’on voit dans le tonnerre un mouvement de particules, on ne pourra plus s’angoisser à l’idée que c’est un dieu vengeur décidant avec caprice de notre destin. Purifier l’univers en séparant le divin du physique, voilà bien la seule manière d’offrir à l’humanité le tableau d’un univers limpide où les dieux ne parlent plus, - ce que d’ailleurs réalisera de nouveau la science galiléenne bien des siècles après. Tout ce qui se passe dans le monde découle d’une nécessité mécanique. Par conséquent, selon Epicure, aussi terrible que pourrait être une catastrophe naturelle, il ne faudrait surtout pas y chercher la moindre agressivité à notre encontre. Les dieux ne se préoccupent pas de nous, ils sont totalement étrangers à ce monde, ils n’y interviennent jamais.
    Deuxième objectif, découlant directement du premier : aider les hommes à trouver le bonheur, c’est avant tout leur assurer la paix de l’âme plus connue sous le concept épicurien d’Ataraxie, dont le point central est le refus de s’asservir à quoi que ce soit. Donc pour conquérir le bonheur, il va nous falloir nous faire une idée juste de la nature au sein de laquelle nous vivons, et de ses lois qui la régissent.
    Mais échapper à l’asservissement, ça veut également dire pour Epicure, ne pas devenir dépendant d’un plaisir, car ce serait devenir vulnérable au-dehors, exposer son bonheur et sa paix intérieure à une privation. D’où cette volonté de mettre un obstacle à des craintes essentielles qui nous empêchent d’être heureux.
    La mort de nos jours est bannie de nos sociétés contemporaines. On enterre nos morts loin des villes. La mort effraie. Dans une société consumériste, individualiste comme la notre, la mort fait fuir les esprits, car beaucoup trop focalisés sur leur propre existence, ils sont incapables de calmer leur angoisse de la mort en pensant la pérennité du groupe au-delà de leur propre disparition, puisque le groupe n’a aucun sens pour des ego hypertrophiés. Du temps d’Epicure, la mort faisait déjà peur. Elle n’est pourtant pas à craindre nous apprend-il. Redouter la mort équivaut à demeurer dans une inquiétude vaine : « la mort n’est rien pour nous, puisque tout bien et tout mal résident dans la sensation, et que la mort est l’éradication de nos sensations. Dès lors, la juste prise de conscience que la mort ne nous est rien autorise à jouir du caractère mortel de la vie : non pas en lui conférant une durée infinie, mais en l’amputant du désir d’immortalité », écrit-il. Tant que nous sommes vivants, la mort ne nous concerne pas ; au moment de notre mort, nous ne serons plus là pour y penser, en conséquence elle ne nous concernera pas non plus : la mort n’est rien, elle n’est pas à craindre. CQFD.
    De ce fait, pour Epicure, le sage est le plus heureux des hommes, car il ne craint rien : ni la fin du monde, ni la mort, ni les dieux. Cette ataraxie du sage qui s’accompagne de joie et de plaisir, est là encore un très bon enseignement pour nous modernes : car nous apprend Epicure, le plaisir doit être stable, et non en mouvement perpétuel. Aujourd’hui, le plaisir est un mouvement sans fin, fatiguant, éreintant, angoissant, et tout cela est dû à une hypertrophie des désirs, suscitée par les publicités, les sollicitations incessantes à une surconsommation de produits inutiles, sollicitations extérieures et permanentes à chercher des plaisirs qui ne sont ni naturels ni nécessaires. Qu’est-ce que la norme marchande nous dicte de façon explicite : « jouissez sans entraves ! » Qu’est-ce qu’Epicure pourrait répondre à une telle injonction ? Que le goût des richesses, le goût de la gloire, l’excitation des besoins relèvent de désirs non nécessaires, au sens de non naturels, et qu’il serait vain de les poursuivre, car nous céderions alors la conduite de notre destinée à des forces extérieures aux notres. Qui nous accorde la gloire ? Les autres ! Qui nous la ôte ? Les autres encore ? La richesse ne se réduit-elle pas finalement à un simple accident ? Puis-je être assuré d’être riche durant toute ma vie ? Bien sûr que non ! Voilà pourquoi le sage d’Epicure se doit de ne jamais poursuivre ce type de désirs s’il souhaite conserver sa paix et son bonheur. Le désir n’est pas stable. Il est métabolique. Ouvrant un champ indéfini à l’imagination et au rêve, lorsque le désir vise à satisfaire un illusoire besoin de possession, il obéit à une logique d’appropriation et de consommation qui n’est plus celle du désir authentique, c’est-à-dire le désir naturel selon Epicure. Le désir consumériste aujourd’hui, ressemble plus à un désir d’appropriation des objets, voire de leur destruction, et dans un autre cas, tend à n’être que désir du désir de l’autre, comme s’il s’agissait de s’approprier ce dernier, en détenant des objets qu’il désire sans jamais pouvoir les obtenir. Inutile donc de souligner combien dans cette culture, la haine de soi ressort de façon quasi-transparente, haine suscitée par une norme intraitable nous obligeant en permanence à nous livrer à un perpétuel examen douloureux de nos imperfections, du vide de nos vies, jamais assez remplies, toujours vaines, saturées par le manque que le désir suscite en nous, obligeant notre regard à constamment se tourner vers des choses que nous ne posséderions pas encore, voire que nous ne pourrions jamais posséder.
    « Ainsi tout plaisir, par nature, a le bien pour intime parent, sans pour autant devoir être cueilli. Symétriquement, toute espèce de douleur est un mal, sans que toutes les douleurs soient à fuir obligatoirement », selon Epicure. Il ne s’agit donc ni de poursuivre tous nos désirs, au risque de perdre notre liberté en s’asservissant au hasard des caprices de ces derniers, ni de craindre la souffrance. Il s’agit de ne pas la craindre aveuglement. Il s’agit pour nous dès à présent d’apprendre à maîtriser nos désirs et nos plaisirs, en restant maîtres de nos choix, en optant pour les plaisirs les plus simples, car plus compliqués sont-ils, plus ils nous apportent maux et souffrances. L’épicurisme contrairement à l’idée qu’on s’en fait, nous recommande une vie acétique sans privation, ascèse à la fois intelligente, subtile et quelque peu civilisée, dont le seul but pour nous, est la pleine sérénité. Il s’agit donc de relire Epicure d’urgence, et de recourir, comme de militer pour une philosophie du plaisir « vrai ».
     
  11. Belette

    Belette

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    la façon dont le plaisir est accompli, bien sur mais la source du plaisir qui découle de cet objet peut prendre plusieures formes tout comme l'objet lui même

    que d'attentes dans la vie de chacun de nous, le vécu, les representations et les années donnent à chacun de nous une idée (bien souvent erronée) du plaisir , et au delà du plaisir de concrétiser ses désirs, le plaisir de les désirer tout simplement..

    plus que le plaisir on soit je crois que c'est vouloir continuer à desirer car finalement c'est ce quinous fait vivre (enfin y a pas ke ça heureusement mais si on reste dans l esprit du fil .. :-D )
     
  12. de_passages

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    jai pas compris le second paragraphe...

    c quoi une idée erronée du plaisir?
     
  13. Belette

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    quand je parle de vécu et de représentation, je fais référance à la psychologie des humains que nous sommes mais aussi au calibre social qui régit la pensée ET l'inconcient de lhomme

    la société a codifié nos plaisir puisque nos instints basiques ne suffisent plus ou sont de trop selon les situations..
     
  14. de_passages

    de_passages

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    Nietzsche et les passions, source de plaisir:

    Toutes les passions ont une période où elles sont seulement néfastes, ou elles rabaissent leur victime de tout le poids de la bêtise, - et plus tard, une autre, beaucoup plus tardive, où elles se marient à l'esprit, se "spiritualisent". Autrefois, à cause de la bêtise de la passion, on faisait la guerre à la passion elle-même : on jurait sa perte, - tous les monstres moraux anciens sont là-dessus d'accord : "il faut tuer les passions". La plus fameuse maxime de ce genre se trouve dans le Nouveau Testament, dans ce Sermon sur la montagne où, soit dit entre parenthèses, l'élévation de la vue fait totalement défaut. C'est là qu'il est dit par exemple, avec application à la sexualité : "si ton oeil entraîne ta chute, arrache-le" ; par bonheur aucun chrétien ne suit ce précepte. Anéantir les passions et les désirs à seule fin de prévenir leur bêtise et les conséquences désagréables de leur bêtise, voilà qui ne nous paraît aujourd'hui qu'une forme aiguë de bêtise. Nous n'admirons plus les dentistes qui arrachent les dents pour qu'elles cessent de faire mal... Reconnaissons d'ailleurs en toute justice que l'idée de "spiritualisation de la passion" ne pouvait absolument pas être conçue sur le terrain qui a donné naissance au christianisme. Car l'Eglise primitive luttait, on le sait, contre les "intelligents" au bénéfice des "pauvres en esprit" : comment attendre d'elle une guerre intelligente contre le passion ? L'Eglise combat la passion par l'excision : sa pratique, son "traitement", c'est le castratisme. Jamais elle ne demande : "comment spiritualiser, embellir, diviniser, un désir ?" - de tout temps elle a insisté, dans sa discipline, sur l'extirpation (de la sensualité, de l'orgueil, de la passion de dominer, de posséder et de se venger). Or attaquer les passions à la racine, c'est attaquer la vie à la racine : la pratique de l'Eglise est hostile à la vie...
     
  15. de_passages

    de_passages

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    Spinoza et le droit au plaisir... ( y a camus ki dit un truc similaire mais je ne retrouve pas la citation exacte encore)

    Et ce n'est certes qu'une sauvage et triste superstition qui interdit de prendre du plaisir. Car, en quoi convient-il mieux d'apaiser la faim et la soif que de chasser la mélancolie ? Tels sont mon argument et ma conviction.
    Aucune divinité, ni personne d'autre que l'envieux ne prend plaisir à mon impuissance et à ma peine et ne nous tient pour vertu les larmes, les sanglots, la crainte, etc., qui sont signes d'une âme impuissante. Au contraire, plus nous sommes affectés d'une plus grande joie, plus nous passons à une perfection plus grande, c'est-à-dire qu'il est d'autant plus nécessaire que nous participions de la nature divine. C'est pourquoi, user des choses et y prendre plaisir autant qu'il se peut (non certes jusqu'au dégoût, car ce n'est plus y prendre plaisir) est d'un homme sage. C'est d'un homme sage, dis-je, de se réconforter et de réparer ses forces grâce à une nourriture et des boissons agréables prises avec modération, et aussi grâce aux parfums, au charme des plantes verdoyantes, de la parure, de la musique, des jeux du gymnase, des spectacles, etc., dont chacun peut user sans faire tort à autrui. Le corps humain, en effet, est composé d'un très grand nombre de parties de nature différente, qui ont continuellement besoin d'une alimentation nouvelle et variée, afin que le corps dans sa totalité soit également apte à tout ce qui peut suivre de sa nature, et par conséquent que l'esprit soit aussi également apte à comprendre plusieurs choses à la fois. C'est pourquoi cette ordonnance de la vie est parfaitement d'accord et avec nos principes et avec la pratique commune.
     
  16. Belette

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    il n y a pas que l eglise hélas,
    la question est doit on intervenir quand la passion est dans sa phase néfaste ou doit on laisser cette phase passer car necesaire pour laisser éclore la communion de la passion et la raison?
     
  17. Ancien-Membre

    Ancien-Membre

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    Le plaisir de recevoir, le plaisir de donner, le plaisir de faire du mal et le plaisir de rien faire, le silence, la paix :-D
     
  18. Belette

    Belette

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    Le plaisir de recevoir = arrivisme ,
    le plaisir de donner = générosité ,
    le plaisir de faire du mal = sadisme
    et le plaisir de rien faire = paresse ,

    le plaisir en soit n'est qu'illusion..
     
  19. de_passages

    de_passages

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    et Camus ce qu'il en pense:

    Il n'y a pas de honte à être heureux. Mais aujourd'hui l'imbécile est roi, et j'appelle imbécile celui qui a peur de jouir... (dans les noces)

    pour camus, le bonheur tient à une sorte de compréhension de l'absurde...
     
  20. de_passages

    de_passages

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    je pense que si la soucre de plaisir ne dépend que de soi, il faut que ce soit la seule personne qui décide de si elle veut ou non voire les conséquences "néfastes" de ce plaisir...

    si ça a des répercussions sur d'autres faut aussi les consulter... mais des fois disons qu'on peut oublier de faire certaines consultations et l'on peut juger que ça ne concerne que soit quand ça concerne d'autre aussi...
    et puis, c juste après qu'on réalise les conséquences "néfastes" d'un moment de plaisir et de joie et là on doit assumer... et essayer d'en tirer des conclusions pour l'avenir... pour essayer de ne pas refaire une même bêtise deux fois (ou plus)...

    c'est comme chercher le pris qu'on est prêt à payer pour un pleisir x ou y?
     

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