
Le Maroc, la Tunisie et l’Algérie seront les invités du festival Rio Loco de Toulouse (France), du 17 au 21 juin prochain.

C’est confirmé. Les H-Kayne ne lâcheront pas l’affaire. Plus vif, plus subtil, le groupe phare de la scène rap marocain revient cet été sur scène avec deux nouveaux singles.

Ils font un tabac aussi bien chez les exclus du derb populaire que dans la jeunesse dorée des quartiers chics. Si le rap et le hip-hop marocain apparaissent de plus en plus comme « la musique de la jeunesse », ce style a par contre d’immenses difficultés à convaincre des maisons de disques et des pouvoirs publics qui hésitent -et ce n’est pas un euphémisme- à cautionner ces expressions inédites de la musique.

Plusieurs artistes marocains dont des cinéastes, des chorégraphes, des musiciens et des danseurs, animent une grande partie du festival de création arabe "Meeting Point 5" qui se tient, jusqu’au 20 janvier, au théâtre flamand "KVS" de la capitale belge.

Le rap est-il contestataire ? En paroles, peut-être. Mais, pas en affaires. Dopés par une avalanche de sponsors tels que Méditel, Maroc Telecom, entre autres, les rappeurs marocains se sont convertis à l’ultralibéralisme. Désormais, ils affichent sans complexe leur ambition : profiter au maximum du système. Revanche sociale d’ « ex-pauvres » ou arrogance de « nouveaux riches », la course aux royalties excite les jalousies dans l’entourage des artistes. Intimidations, coups de poing et rumeurs sont monnaie courante. Quand la culture violente de la rue se conjugue au cynisme d’un marché saturé, c’est toute la scène rap qui tangue.

Jetant aux orties l’arabe classique ou le français littéraire, la nouvelle vague musicale marocaine préfère le dialecte national, la darija, émaillée d’expressions empruntées à une multitude d’idiomes. "Nous sommes une société d’hypocrites. Pourquoi les mots vulgaires ne nous choquent qu’en darija et pas dans une autre langue ?", lance Bigg, rappeur star de la scène marocaine. Ainsi, Ahmed Benchemsi, directeur de l’hebdomadaire Nichane, est poursuivi par la justice pour avoir critiqué un discours du roi dans un éditorial rédigé en dialecte, idiome jugé vulgaire par les autorités.

Il n’a rien de l’islamiste portant barbe, claquettes et gandoura. Avec sa chemisette beige et son pantalon de bonne coupe, Aboubakr Belkora fait mentir tous les clichés. Sa femme, élégante, moderne et gaie, est non voilée. L’aîné de leurs fils a étudié à Lyon, le second aux Etats-Unis, le troisième à l’université américaine d’Ifrane. Quant au dernier, il vient d’intégrer le lycée français de Meknès. Et pourtant, tous les yeux sont braqués sur Aboubakr Belkora depuis quatre ans. Sans bienveillance, selon lui.

Comment s’habillent nos stars de la musique urbaine ? Le look compte beaucoup pour certains, comme Bigg, mais pas pour d’autres, comme le groupe H-Kayne. Petites confidences.
0 | 8