« Il n'y a pas de criminalité organisée au Maroc » « Il n’y a pas de criminalité organisée au Maroc »

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« Il n’y a pas de criminalité organisée au Maroc »

19 avril 2003 « Il n'y a pas de criminalité organisée au Maroc »

Intervention très attendue du ministre de l’Intérieur au Parlement mercredi dernier. Devant les députés, Mustapha Sahel s’est expliqué sur la tumultueuse question de la sécurité. La vague de crimes perpétrés récemment à Casablanca et surtout la manière dont les cadavres ont été découpés ont créé une psychose.

De même, la “dynamique sécuritaire” de Fès et les tournées conjointes des agents de la police et des forces auxiliaires ne sont pas passées inaperçues. Que se passe-t-il réellement ?
“Il n’y a pas de criminalité organisée au Maroc”, tranche le ministre. La situation n’est pas grave comparativement au nombre de la population, dit-il, insistant sur le fait que les délits commis comme les vols, coups et blessures et même les meurtres sont généralement “non planifiés”.
En 2002, le nombre de délits commis a atteint 245.102 cas. En 2001, ce nombre a été de 270.844 et en 2000, il s’est établi à 265.027. Dans tous ces cas, le taux de résolution dépasse les 85%. Sahel en conclut que le taux de criminalité “n’est pas vraiment grave”. En tout cas, “il est très en deça de ce que rapporte la presse”, insiste-t-il.
Bref, le ministre veut tranquiliser la population. La police fait son travail. C’est le même discours tenu par Bouchâib Rmili, préfet de la police de Casablanca. Il y a quelques semaines, celui-ci avait catégoriquement réfuté la thèse du "serial killer", appuyant sur le motif passionnel des quatre crimes (www.leconomiste.com). Le Maroc a connu plusieurs types de criminels. Dans l’avenir, verra-t-on d’autres “Zouita” ou “Moutachawik” ?
Sahel a plusieurs tours dans son sac. Le staff policier sera renforcé pour garantir plus de sécurité, notamment dans les régions ayant connu une extension urbaine. Des brigades spéciales de motards habillés en civil et portant des gilets de police sillonneront les voies publiques. Et pour lutter contre la délinquence, les forces auxiliaires travailleront à côté de la police et de la Gendarmerie Royale. C’est ce qui explique les tournées dans les boulevards des villes.
La sécurité est désormais classée priorité numéro1. D’après Sahel, 1.300 agents de police ont été nommés dans les grandes villes comme Casablanca, Fès, Tanger et Marrakech. A elle seule, Casablanca en a reçu 700. Deux nouvelles unités des forces auxiliaires ont été créées à Marrakech et Agadir. En outre, près de 2.000 agents sont en cours de formation. Ils seront affectés aux régions en 2004. 2.500 personnes vont être recrutées pour rejoindre le Makhzen mobile à partir de cette année.
Enfin, les policiers peuvent se réjouir. Leur situation matérielle devrait s’améliorer. Sahel a indiqué qu’un projet de décret sera prochainement soumis au Conseil de Gouvernement.
Ce n’est pas tout. Un des facteurs de réussite de la stratégie sécuritaire est justement l’identification de la population. La grande bataille à mener est la généralisation de la carte nationale qui servira pour les communales. Jusqu’au 15 avril, le nombre des détenteurs de ce document a atteint 18,61 millions de personnes, soit une moyenne de 10.000 cartes par jour.
Les deux dernières campagnes ont été lancées, rappelons-le, par l’agence de communication Boomrang.
Reste à éclaircir la situation des bidonvillois qui auraient été éliminés de cette campagne, d’après les députés de la mouvance populaire. Délivrer une CIN serait en effet une forme de reconnaissance de ce logement insalubre. Pour Sahel, cette population n’a pas été éliminée. Toute personne présentant “les justificatifs nécessaires” a été acceptée. Sauf que pour avoir une CIN, il faut présenter un certificat de résidence. Et c’est là où le blocage pourrait se produire. Sur cette question, les pouvoirs publics semblent être pris entre le marteau du droit de chacun au vote et l’enclume de la légalisation de ce genre d’habitat. Dans les faits, il ne faut pas oublier que le poids démographique de cette population favorise la piste de la reconnaissance légale, même en usant de moyens détournés. Au moment des élections, les bidonvillois sont en effet très courtisés par les élus qui font tout pour les satisfaire.

Nadia LAMLILI pour L’Economiste du Maroc



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