Nul doute que le changement inscrit le monde dans le renouvellement des modes de gouvernance. Les dispositifs cognitifs changent selon les contextes inter-impliquées et mouvants de nos sociétés. Ils nourrissent le politique en analyse et en prises de position complexes à élaborer.
Le réalisme est indispensable au politique afin d’assurer sa légitimité et sa pertinence. Sans pour autant subir la réalité et s’y résigner au point de faillir. En découle ce sentiment qui s’empare des esprits sur l’utilité du politique ? Sur son intérêt actuellement ? Sur sa capacité à changer le cours imperturbable des choses ? Les différences sont difficiles à cerner entre des partis qui se valent. Voire identiques dans leur incapacité à élucider les crises qui traversent nos sociétés ! L’émergence de structures nouvelles issues des sociétés civiles plus opérationnelles, plus pragmatiques et non « hiérarchisées » résulte en partie de l’inefficacité de ces « politiques traditionnelles. »
Habituellement, le politique est l’espace du débat et de la confrontation d’idées qui permettent à la société de s’édifier sur la base de valeurs communes, desquelles naissent des projets et des finalités. En cela le politique est pourvoyeur en perspectives, en visions, en projets issus de la volonté et de l’entente sociale. Néanmoins, le principe de l’unité et de la cohésion nationale est supérieur. Il est fédérateur et confère à chaque citoyen des droits et des devoirs pour l’exercice d’une citoyenneté entière et responsable.
Un monde sur des rails, avec un parcours maîtrisé et échappant aux aléas de l’histoire n’existe aucunement. Peut-être dans le registre des certitudes. Toutefois, nous savons où nous mènent nos certitudes quand elles se désolidarisent de notre condition humaine, subjective. Quand elles veulent contenir un monde en devenir dans des théories populistes, simplistes et anachroniques.
Appliquer aux nouvelles configurations du monde que nous vivons, un décryptage séculaire accroît les incompréhensions, alimente les tensions et provoque, quelquefois, des replis identitaires. Les mécanismes régulateurs de l’économie modifient la configuration de notre environnement et l’insèrent dans une mondialisation, dans un espace d’imbrication de liens.
Il devient courant de recourir à l’éclairage des situations internationales pour expliquer des problèmes nationaux, ce qui accule des politiques intérieures à de simples ajustements et à des pilotages techniques, sans de vraies réflexions de fond.
Le développement technologique et « l’économisme » modifient structurellement nos rapports. Tout est vu sous « le prisme économiste » et du culte de l’argent. Les Etats n’échappent pas à la « mise en réseau » de ces rapports mondiaux qui en font des points « imbriqués » dans un système à décision globalisée, leur laissant de faibles marges de manœuvre.
Des bouleversements accélérés et « exogènes » affectent nos modes de vie et nos cultures. L’uniformisme et les déséquilibres guettent nos sociétés, les exposent à des remises en question permanentes et à des dilemmes qui se manifestent par des malaises : chômage, appauvrissement, émigration...
Il est légitime que des mobilisations citoyennes apparaissent au Maroc pour suppléer la vacance du politique en panne d’idées et dévitalisé. Le prolongement des aspirations sociales qui doit transparaître dans les partis et dans leurs programmes est inexistant. Il fait du politique une pratique qui tombe sous le sens, inutile car perçue comme faisant du pouvoir une fin en soi.
Reconsidérer le politique. Le revaloriser à partir de l’Humain en tant que moteur du développement est une alternative à nos politiques. D’autres possibles sont à inventer et à construire en privilégiant l’éducation et l’entreprenariat. L’ouverture et l’élargissement du débat à toutes nos composantes sociales est un préalable pour une nouvelle dimension participative de la politique, pour révéler une génération de jeunes politiques désintéressés, passionnés de servir leurs pays.
Le développement sur la base de l’Humain est ouvert à toutes les forces vives du Maroc y compris celles vivant à l’étranger. Mais sous une nouvelle approche fondée sur le partenariat et la complémentarité d’apports. Aussi est-il indispensable de déconstruire les clichés sur les MRE et cesser de les considérer comme des « ravitailleurs en fonds. » Ils incarnent d’ailleurs des expertises et un savoir-faire non négligeables, utiles au développement de leur pays.
Des formes de collaboration peuvent s’instaurer sur tout le territoire marocain en espaces d’expérimentation et de créations d’initiatives, génératrices de valeurs.
Nous sommes d’un destin et d’une humanité commune brassée dans l’amour de sa patrie et dans l’esprit de solidarité. Il s’agit d’une « maison collective » dont le maintien est tributaire à tous ses occupants. Indifféremment des « étages » qu’ils emploient, car ils partagent le même espace et s’abritent sous le même toit.
L’avenir s’envisage résolument dans un projet à dimension humaine, avec de nouvelles exigences, de nouvelles manières d’agir désencombrées du défaitisme et de l’intérêt personnel.