

De sa vie d’avant, Soukaïna Oufkir ne se souvient de rien. Mais tous les soirs, elle meurt pour renaître au matin. Elle passe ses nuits à affronter du saurien, l’ogre au fond de la caverne. Dans ses cauchemars, elle n’a pas le temps de parler, elle court pour échapper aux geôliers. « La nuit je paye, tous les comptes. » Le jour, elle rattrape le temps perdu, rit comme une goulue et vit sans retenue. Lorsqu’elle pleure, cela vient sans prévenir, jamais longtemps, comme une giboulée de mars, qui fait briller le sourire après son passage.
« Il y a des gens qui cherchent des explications, des raisons. On ne peut pas comprendre l’incompréhensible. Il ne faut pas essayer de chercher, c’est. Nous-mêmes, nous n’arrivions pas à y croire. Tous les jours, on a cru qu’on allait sortir le lendemain. Jusqu’au jour où on a entendu le gardien dire : "Ils perdent leur temps, ils vont finir enterrés un par un dans la cour." Je pense que même notre père ne pouvait pas imaginer la suite. Sinon, il nous aurait dit de fuir en Espagne. »