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Tétouan : foyer marocain des candidats au djihad

8 janvier 2007 - 21h33
Tétouan : foyer marocain des candidats au djihad

Les auteurs présumés des attentats de Madrid et les jeunes interpellés avant leur départ pour l’Irak habitaient les bidonvilles de cette ville du nord du Maroc.

Combien sont-ils ces jeunes Marocains à avoir réellement rejoint la « résistance » irakienne pour servir de bombes humaines à Bagdad, Baqouba ou Faloudja ? Probablement pas plus d’une vingtaine, si l’on en croit une source sécuritaire marocaine, une estimation que semble confirmer Mohammed Darif, professeur de sciences politiques à l’université de Mohammedia et l’un des très bons connaisseurs des réseaux islamistes radicaux au Maroc. « La grande majorité de la centaine de Marocains arrêtés par l’armée américaine en Irak a été recrutée en Europe, en Turquie, en Syrie ou même en Iran, mais ils sont finalement très peu à venir directement du Maroc », affirme-t-il.

Cela n’empêche pourtant pas les services du renseignement américains de considérer la ville de Tétouan comme l’une des bases du recrutement de kamikazes marocains pour l’Irak. Notamment le quartier de Jamae Mezouak, à la périphérie de la ville, dont étaient originaires les cinq Marocains soupçonnés d’avoir participé aux attentats du 11 mars 2004 à Madrid, et qui se sont suicidés trois semaines plus tard dans leur appartement de Leganes cerné par la police espagnole.

L’ancien bidonville de Jamae Mezouak s’étend sur un peu plus d’un kilomètre à flanc de colline et s’achève au bord d’un oued en contrebas. Des immeubles en dur bordent la rue principale composée de petites échoppes. Les rues adjacentes ressemblent à un terrain vague sur lequel auraient poussé des habitations au gré de l’exode rural, et dans lesquelles vit une population extrêmement modeste.

Fathallah Abdelilah, l’imam de l’une des deux mosquées de Jamae Mezouak, fait partie des 26 personnes interpellées à la fin de l’année par la police marocaine. « Je ne comprends pas ce qu’on peut lui reprocher », explique un habitué de la mosquée qui souhaite conserver l’anonymat. « Il ne faisait que conduire la prière cinq fois par jour et n’a jamais prêché le vendredi. »

Garde à vue de 96 heures

Même étonnement de la part de la famille de Yassine, un jeune informaticien au chômage de 21 ans, interpellé chez sa grand-mère dans le quartier du Croissant rouge à la veille de l’Aïd al-Adha, la grande fête musulmane. « Un garçon d’une grande gentillesse, qui va à la mosquée depuis l’âge de 5 ans, et qui tous les soirs rentrait à la maison après al-Ichaa (la dernière prière de la journée) », explique sa tante.

Sans nouvelles de son neveu depuis son interpellation, elle a saisi la section locale de l’AMDH, l’Association marocaine des droits humains. « Les familles de quatre personnes interpellées à Tétouan entre le 25 et le 30 décembre ont fait appel à nous pour chercher à savoir où elles se trouvent », confirme son président, Jamaleddine Laâmarti, qui qualifie ces arrestations « d’enlèvements ». Ce que démentent formellement les autorités marocaines. Dans un communiqué, publié samedi, la direction générale de la sûreté nationale (DGSN) affirme que toutes les interpellations et les perquisitions effectuées l’ont été dans le cadre de la loi contre le terrorisme et sous contrôle du parquet.

Les 26 personnes interpellées sont toujours entendues dans les locaux de la brigade nationale de la police judiciaire à Casablanca, et devraient être présentées à la justice dans les prochaines heures. La loi antiterroriste, votée par le Parlement marocain au lendemain des attentats meurtriers de Casablanca du 16 mai 2003, autorise une garde à vue de 96 heures, renouvelable deux fois, avant que les suspects ne soient déférés au parquet.

Ce n’est que jeudi dernier que les autorités marocaines ont rendu public le démantèlement d’une structure terroriste de dimension internationale. Selon une source au ministère de l’Intérieur, les personnes arrêtées appartenaient à deux groupes distincts. Le premier, dirigé par un ressortissant irakien, s’était spécialisé dans le recrutement et l’acheminement de volontaires marocains pour servir de kamikazes en Irak. Le second, en relation avec le GICM, le Groupe islamique combattant marocain, qui a vu le jour au milieu des années 1990, recrutait des jeunes gens dans plusieurs villes du pays afin de les soumettre à un entraînement paramilitaire.

Stages de « conduite à la voiture piégée »

Plusieurs des personnes récemment interpellées auraient effectué un stage de « conduite à la voiture piégée » en novembre dernier. Un stage qui se serait déroulé en territoire algérien et supervisé par le GSPC, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat. À leur retour au Maroc, leur mission était de préparer et de commettre des attentats contre des intérêts américains dans le royaume.

Les enquêteurs marocains se disent convaincus que ces deux structures ont bénéficié du soutien logistique et financier de la nébuleuse al-Qaida. « C’est une hypothèse probable », affirme Mohammed Darif, qui explique que depuis les attentats de Casablanca et de Madrid, le GICM, qui, comme le GSPC algérien, a fait allégeance à l’organisation d’Oussama Ben Laden, ne peut plus travailler comme il le faisait auparavant. La direction d’al-Qaida aurait donc chargé le GSPC de réorganiser et de regrouper dans un même ensemble les salafistes recrutés au Maroc, en Mauritanie, en Algérie et en Tunisie. Et l’universitaire marocain de prédire l’annonce prochaine de la création de « l’organisation al-Qaida au Maghreb ».

Le Figaro - Michel Zerr

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