
Deux narrateurs se succèdent pour raconter - chacun à sa façon - la même histoire, la leur, celle d’une amitié d’enfance, approfondie durant l’adolescence et qui, au bout du compte, paraît se dissoudre peu à peu dans la rivalité conjugale et déboucher sur une surprenante trahison. Du moins est-ce la certitude vécue douloureusement par le premier narrateur.
Avec le récit du second, et jusqu’au coup de théâtre final, on comprendra que cette "trahison" n’en était peut-être pas une. Les ressorts de l’amitié - ici admirablement analysés - sont au moins aussi complexes que ceux de l’amour. Une dureté affiché peut dissimuler une forme presque délirante de délicatesse amicale. Le Dernier ami est peut-être le plus étrange des romans de Tahar Ben Jelloun. Sa brièveté, volontaire, induit une écriture épurée, précise et limpide à la fois. Plus étrange encore : ce texte commence dans le ton de ce qu’on pourrait appeler une littérature d’aveu, mais qui se trouvera ici subverti.