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Les musulmans de l’Hexagone à la recherche d’une voix commune

30 octobre 2002 - 09h05
Les musulmans de l'Hexagone à la recherche d'une voix commune

Pour répondre aux « amalgames entre Islam, islamisme, fondamentalisme, extrémisme, terrorisme et totalitarisme », Nicolas Sarkozy, ministre français de l’Intérieur, dresse le projet de création d’un Conseil français du culte musulman (CFCM) en priorité.

Il s’agit de trouver une instance représentative des Musulmans en France, une instance qui serait à même d’être un interlocuteur du gouvernement. Mais il semblerait que la tâche ne soit pas facile.
En effet, de nombreuses questions se posent avec force et acuité : qui pourrait-on désigner à la tête de ce CFCM ? Comment choisir ce représentant des musulmans en France alors que ces mêmes musulmans viennent d’horizons différents et représentent une grande mosaïque cosmopolite ? Ces interrogations sont d’autant plus importantes qu’elles surviennent en un moment où une polémique secoue les milieux politiques et religieux de l’Hexagone. Elle a été suscitée par la rumeur selon laquelle Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris, serait porté à la tête du CFCM. En effet, d’aucuns estiment que la nomination de ce dernier équivaudrait à nommer l’Algérie à la tête de ce Conseil. Or, M. Sarkozy défend l’idée d’un Islam « indépendant des puissances étrangères ». Au-delà de la démarche administrative, l’urgence est là. Les musulmans ont besoin d’avoir l’occasion de parler d’eux et de leur religion. Surtout que les faits marquants de l’actualité mondiale ne cessent de semer la confusion au sein de l’opinion publique internationale. Les musulmans doivent se structurer et mieux s’organiser pour faire passer le message de tolérance et de paix, qui constitue l’essence de la religion islamique. Pour qu’on les écoute, il faut que les musulmans de France parlent d’une seule et même voix. Mais comment faire pour s’éloigner des enjeux politiques et porter haut l’étendard de l’Islam ? Un consensus doit être trouvé, afin que tous ces musulmans français ou vivant en France puissent enfin défendre leur image et mieux faire face à cette vague d’incompréhension dont ils sont aujourd’hui victimes. C’est sur cette question primordiale que le véritable débat doit porter.
Islam de France, ou Islam en France ? Les « spécialistes » français parlent d’un Islam de diaspora et d’immigration. Toutefois, même nombreux, les Musulmans en France sont les seuls fidèles à ne pas avoir d’institution qui les représente, et qui serait à même d’être un interlocuteur du gouvernement. C’est pourquoi la grande priorité du moment pour Nicolas Sarkozy, ministre français de l’Intérieur, est de trouver une instance représentative des Musulmans en France, d’où le projet de création d’un Conseil français du culte musulman.
Celui-ci serait, selon M. Sarkozy, une réponse aux « amalgames entre Islam, islamisme, fondamentalisme, extrémisme, terrorisme et totalitarisme ». Mais la tâche semble beaucoup plus ardue que prévu.
Après le 11 septembre, et face à la mobilisation mondiale contre le terrorisme, et les derniers faits marquants à Bali ou encore à Moscou, le monde de l’Islam se trouve au centre de la polémique et sous les feux de la rampe. De plus en plus de voix se lèvent alors, que ce soit en Europe ou ailleurs dans le monde, pour éviter les amalgames. En attendant, la situation des Musulmans à l’étranger n’est pas enviable. Deuxième religion de France, l’Islam qui prône pourtant la tolérance, voit aujourd’hui ses fidèles tachés par une image véhiculée par quelques extrémistes ici et là. Ainsi, en France, plusieurs mouvements d’information et de sensibilisation, sont souvent organisés pour faire face à cette situation et pour mieux aider l’opinion publique, plutôt méfiante, à mieux comprendre notre religion.
De l’autre côté, les instances gouvernementales œuvrent aussi pour mieux servir cette tranche de la société, en tentant d’unifier leur voix, autour d’une seule et même instance qui pourrait être l’interlocuteur des autorités, comme c’est le cas pour les autres cultes en France. C’est ainsi qu’est née l’idée d’un Conseil français du culte musulman (CFCM).
Toutefois, qui pourrait-on désigner comme la personne qui sera à la tête de ce CFCM ? Comment choisir ce représentant des Musulmans en France alors que ces mêmes Musulmans viennent d’horizons différents et représentent ainsi une grande mosaïque cosmopolite. C’est pourquoi une autre polémique a été suscitée par les bruits circulants sur la nomination probable mais non pour autant partagée du recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, à la tête du CFCM. M. Boubakeur qui a déclenché il y a quelques jours un grand mouvement de protestations, lorsque, dans une interview accordée à un quotidien parisien gratuit, il parlait de l’Islam des banlieues comme « l’Islam des excités. Face à tous ceux qui critiquent le fait que ce choix pourrait vouloir dire que l’on nomme l’Algérie à la tête du CFCM (l’année 2003 sera dédiée à l’Algérie en France), Nicolas Sarkozy, lui, continue de défendre son idée d’un Islam « indépendant des puissances étrangères. » Au-delà de la démarche administrative, l’urgence est là. Les Musulmans ont besoin d’avoir cette occasion de parler d’eux et de leur religion. Les faits marquants de l’actualité mondiale ne cessent de semer la confusion au sein de l’opinion publique internationale. Rappelons-nous que juste après le 11 septembre, le Coran a été l’un des best-sellers dans toutes les librairies en Europe.

Un millénaire de gloire

Cet Islam qui a connu un millénaire de gloire ne peut ainsi devenir du jour au lendemain, synonyme d’extrémisme. C’est pourquoi il faut chercher à comprendre. De l’autre côté, les Musulmans doivent se structurer et mieux s’organiser pour faire passer le message.
Alors à part quelques personnalités médiatiques, et une poignée d’intellectuels musulmans, personne ne répondait à l’appel. Un grand poids pèse alors sur les épaules de ceux-là. « ...Depuis longtemps, nous sommes nombreux à nous épuiser à démontrer que l’Islam, comme tout monothéisme, valorise la paix (silm ou salâm), qu’il assimile à la sécurité et au salut, et que les Musulmans ne vivent pas dans une Jahilia (paganisme) moderne, que la souveraineté divine ne l’emporte pas sur la gestion profane de la société. Et voilà que les talibans et leurs acolytes ridiculisent l’Islam en forçant les Musulmans à expliquer au monde qu’il n’est pas contre le rire, les œuvres d’arts et la musique ! ... », explique Jamil Sayah, maître de conférences en droit public à l’université Pierre-Mendès France de Grenoble dans article paru dans Le Monde du 19 octobre dernier. Pour qu’on les écoute, il faut que les Musulmans en France parlent d’une seule et même voix. Mais comment faire pour s’éloigner des enjeux politiques, et mieux porter l’étendard de cette religion qui se trouve aujourd’hui coincée entre ceux qui commettent les pires horreurs en son nom, et ceux qui oppriment ses fidèles par ignorance ? Un consensus doit être trouvé, afin que tous ces Musulmans français ou vivant en France puissent enfin défendre leur image pour mieux faire face à cette vague d’incompréhension dont ils sont aujourd’hui victimes.
Un geste qui tenterait de contrer tout vent d’islamophobie qui pourrait souffler sur la France ou ailleurs en Europe.
Sur le terrain, les membres de la Commission-organisation de la consultation des Musulmans de France (COMOR) ont été appelés à se prononcer sur le projet de statut du CFCM, qui leur a été transmis par M. Sarkozy au début de la semaine dernière (21 octobre 2002), afin d’aboutir « avant la fin de l’année 2002 ». Et pour une meilleure répartition des tâches, le ministre a aussi proposé un panachage de 55 % d’élus et 45 % de cooptés dans le futur Conseil d’administration.

Aziza Nait Sibaha pour lematin.ma



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