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Loto, Totofoot, Quarté, casinos... En 2006

6 mai 2007 - 15h05
Loto, Totofoot, Quarté, casinos... En 2006

Trois entreprises publiques et six casinos se partagent la manne. Les courses de chevaux et de lévriers ont rapporté 2 milliards de DH en 2006. Le Loto vient en tête des jeux hors courses : 11,4 millions de bulletins vendus en 2006.

Totofoot, Manda, Cote & Foot, Tiercé, Quarté, Quinté, Loto ou encore Keno... Autant de jeux de hasard qui sont pratiqués quotidiennement ou de manière épisodique par les Marocains. Autour de ces pratiques s’est développée une industrie florissante qui a totalisé, l’année dernière, un chiffre d’affaires de 2,6 milliards de DH, soit une dépense moyenne de 86,6 DH par personne et par an. Pas mal dans un pays dont le préambule de la Constitution stipule que le Maroc est un Etat musulman. Et encore, l’année 2006 n’a pas été véritablement un bon cru pour le secteur, notamment en raison de l’instauration d’une TVA de 20 % sur ces produits de loterie et différents jeux de hasard.

Si, parmi les trois opérateurs publics existants, la Sorec (courses de chevaux) et la Loterie nationale ont enregistré un manque à gagner, la Marocaine des jeux et des sports est la seule à avoir tiré son épingle du jeu, de l’avis de son administrateur général, Fadel Drissi, qui souligne que certains de ses produits étaient déjà taxés avant la généralisation de la TVA. Le chiffre d’affaires de l’entreprise n’a donc connu qu’un « tassement durant cette période ».

Marocaine des jeux : l’intégralité des bénéfices reversée au sport
La Marocaine des jeux est la société dont les produits sont les plus visibles et les plus diversifiés. Société anonyme au capital détenu à hauteur de 90% par le Trésor et de 10% par la CDG, elle a entrepris depuis six ans un sérieux travail de marketing et de modernisation qui lui a même permis d’obtenir une certification ISO 27001 il y a peu. Cette entreprise détient le monopole de « l’organisation et l’exploitation, sur toute l’étendue du territoire national, des paris portant sur toutes les compétitions sportives organisées tant au Maroc qu’à l’étranger, à l’exception des courses de chevaux et de lévriers, ainsi que l’exploitation des jeux de loteries instantanées », comme le stipule le texte officiel qui la régit.

Placée sous tutelle du département de la jeunesse et des sports, elle a engrangé en 2006 quelque 366 MDH de chiffre d’affaires répartis entre Totofoot, Cote & Foot, Rami, Bingo et millionnaire, entre autres loteries instantanées. Elle compte plus de 2 300 détaillants agréés qui commercialisent tous ces jeux. Le plus connu de cette gamme est incontestablement le Totofoot qui, en 2006, a attiré près de 420 000 joueurs ayant misé la bagatelle de 108 MDH. Cote & Foot arrive en seconde position avec près de 261 000 joueurs tout au long de l’année dernière, qui ont parié pour près de 118 MDH.

Les autres loteries instantanées (Manda, Bingo, ...) ont, pour leur part, attiré quelque 530 000 joueurs, avec un chiffre d’affaires dépassant les 115 MDH. Avec un taux de redistribution des gains équivalant à 52 % en moyenne, la Marocaine des jeux a reversé 52 MDH aux gagnants du Totofoot, 60 % de leurs mises à ceux du Cote & Foot et 62 MDH aux heureux gagnants de ses autres jeux et loteries.

Et le reste ? « Les profits restants, une fois les charges déduites, sont entièrement versés au développement du sport national, à travers un fonds spécialement dédié », précise M. Drissi. Il faut dire par ailleurs que les jeux de hasard servent de palliatif aux ressources de l’Etat, pour financer un secteur donné. Le concept existe ailleurs dans le monde depuis des siècles et continue d’être exploité à ce jour. En 2006, La Marocaine des jeux a versé 69 MDH à ce fonds. « Notre objectif est d’atteindre 100 MDH à l’horizon 2009 », ajoute M. Drissi qui ne manque cependant pas de faire remarquer l’impact négatif de la baisse de notoriété du championnat du GNF I et II sur l’activité de sa société.

« La relation entre ces concours que nous gérons et le sport national, notamment le football, est très étroite. Durant les dernières années, nous avons remarqué une nette baisse du chiffre d’affaires du Totofoot, concours national au profit du concours espagnol », ajoute-t-il. Pour donner davantage de crédit à ce constat, il met en exergue la quote-part du concours national par rapport à la Liga. Les matches des WAC, FAR, Raja et autres OCK engrangent à peine le tiers des sommes misées sur Ronaldinho, Beckam, Messie, Eto’o et consorts.

L’instauration de la TVA a fait chuter le chiffre d’affaires du secteur
Mais la palme d’or des jeux de hasard affectionnés par les Marocains revient aux courses de chevaux et de lévriers. Les paris sont faits sur les courses qui se déroulent aussi bien au Maroc qu’en France. Sous la tutelle du Pari mutuel urbain marocain (PMUM), géré par la Société royale d’encouragement du cheval (Sorec), les paris sur ces courses ont totalisé en 2006 près de 2 milliards de DH. Le Quarté (choix de quatre chevaux gagnants) arrive en tête des paris avec 40 % du total de ces mises. Le Tiercé totalise quant à lui près de 30 % des paris alors que le Quinté fait près de 20 % du chiffre d’affaires global. Et ces chiffres auraient pu être meilleurs n’étaient les dispositions fiscales nouvellement introduites l’année dernière.

Le PMUM, en effet, a vu baisser son chiffre de 10 % par rapport à 2005. « C’est notre première baisse depuis 25 ans. Elle aurait été beaucoup plus importante si elle n’avait été répercutée sur le prix de vente des tickets (NDLR : la mise minimale va de 6 DH à 24 DH, selon les concours) et sans la nouvelle répartition du taux de prélèvement légal prévu par la loi », souligne un responsable de la Sorec. En effet, ce taux est actuellement de l’ordre de 25 % des mises enregistrées. « Nous avons réussi à renégocier le taux de retour, c’est-à-dire la partie qui est redistribuée aux parieurs. Avec l’application de la nouvelle TVA, ce taux aurait baissé à 45 %, mais les nouvelles mesures nous ont permis de le maintenir à près de 70 %», explique la même source.

Ce retour de la taxation a également touché la Loterie nationale. En 2006, cette société étatique a réalisé près de 454 MDH de chiffre d’affaires, en baisse de 17 % par rapport à 2005. Créée en 1971, la Loterie nationale a le monopole de la gestion et de l’exploitation des jeux de hasard, mais le contrôle étatique est très présent. C’est en effet l’Etat qui autorise les jeux, définit le montant des prélèvements et les conditions de participation (interdiction aux mineurs par exemple).

La Loterie nationale qui, à l’instar de la Marocaine des jeux et des sports, a externalisé la gestion de sa plate-forme informatique et de sa politique marketing au géant américain Gtech (qui gère l’infrastructure de 70 % des loteries mondiales), a réalisé près de 45 % de son chiffre d’affaires avec le Loto, un jeu de hasard lancé au Maroc en 1978 (204 MDH). Arrive en second lieu le Quatro (43 % du chiffre d’affaires, soit 193 MDH). Mais cette tendance se retourne quand il s’agit de lots versés aux gagnants. Le Quatro, introduit au Maroc en 2000, prend alors la tête avec 112 MDH contre 105 MDH pour le Loto. Le total des bulletins validés par la Loterie en 2006 est de 35,7 millions.

Le tiers est constitué de bulletins du Loto. « C’est un jeu très populaire. Les chiffres tirés au hasard et les chances de gain ainsi que les cagnottes très importantes par rapport aux autres loteries font son succès », souligne l’un des 2 000 détaillants de la Loterie nationale répartis sur le territoire national.

Une autre catégorie de jeux de hasard se pratique régulièrement au Maroc, même si elle n’intéresse pas la même cible. Il s’agit du poker, black-jack, des machines à sous et autres jeux de casino. Les parties de poker ont la cote ces dernières années dans des cercles très fermés qui s’organisent dans des lieux privés, des villas huppées ou des casinos de la place. Industriels et richissimes hommes d’affaires y misent et y perdent également des sommes considérables. Des voitures de luxe (c’est le cas d’un Hummer perdu par un joueur il y a quelques mois) et même des appartements peuvent changer de mains autour d’une table de pocker.

Des casinos adossés à de grandes enseignes françaises
D’autres mordus du jeu préfèrent les tables des casinos marocains, au nombre de six dans le pays : Le Mirage, le Dorint Atlantic et le Shem’s à Agadir, le Casino de Marrakech et La Mamounia dans la ville ocre, en plus du Malabata-Mövenpick à Tanger. Cette industrie existe au Maroc depuis 1952, date de création du premier casino, celui de l’hôtel Saâdi à Marrakech. Les ingrédients du succès sont les suivants : des casinos adossés à des hôtels de luxe (c’est le cas de la Mamounia et du Mövenpick), des séjours offerts aux « gamblers » (joueurs) avec suites princières et open-bar, et la gestion des lieux confiée à des professionnels.

Des casinos, comme le Mirage à Agadir, ont choisi de s’adosser à une grande enseigne mondiale, le groupe Partouche en l’occurrence. C’est également le cas du casino Shem’s, géré par la famille corse Franscesu, qui tient aussi le casino situé sur le boulevard Haussmann, à Paris, et un Cercle des jeux non loin des Champs Elysées. Mais tous n’arrivent pas à tirer leur épingle du jeu. « La moyenne des mises par personne et par soirée est de 200 DH, ce qui n’est pas très attrayant », souligne un gérant de casino sous couvert de l’anonymat.

A signaler que dans les plus prestigieux des casinos marocains, la mise démarre entre 2 000 DH et 5 000 DH selon le jeu. Dans ces conditions, l’équilibre financier d’un casino au Maroc est tellement fragile qu’une succession de gros gains en une soirée peut le menacer sérieusement. La même source donne ainsi l’exemple d’un casino de la place qui a failli mettre la clé sous le paillasson à cause de deux gains d’un million de dirhams chacun en une seule soirée de réveillon.

Autre difficulté du secteur, la législation, qui est très stricte. Interdit de laisser entrer des Marocains musulmans. La licence d’ouverture et d’exploitation d’un casino est très difficile à obtenir (voir encadré ci-dessus). C’est le Premier ministre qui la délivre personnellement et peut la retirer à n’importe quel moment. Les casinos sont, en plus, lourdement taxés, à l’image d’une taxe parafiscale de 7 % au profit de l’Entraide nationale et d’une autre taxe au même taux qui profite à la mutuelle des Forces armées royales et d’une troisième, de 6 %, au profit de la collectivité locale.

Courses : Quatre hippodromes, 31 agences officielles

Les paris sur les courses hippiques et canines supposent toute une logistique, mais également une économie parallèle. Pour ce qui est des infrastructures, le Maroc compte quatre hippodromes à Casablanca-Anfa, Rabat-Souissi, El Jadida et Settat. Chaque hippodrome organise un quarté hebdomadaire en plus des concours dits « course par course ». Pour ces dernières, les parieurs doivent se rendre sur place pour pouvoir placer des mises.

Le PMUM compte également 31 agences où il est possible de parier sur tout le territoire national. Mais, aux alentours de ces lieux de paris officiels, des centaines de cafés, bars et kiosques organisent des paris informels, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas l’autorisation de la Sorec à qui ils ne versent donc aucune commission. Pour le tiercé, par exemple, au lieu des 24 DH de mise minimale exigés par le PMUM, ces organisateurs de paris illégaux vendent le ticket à 10 DH.

Législation : Licence de casino, la galère !

Le texte réglementaire le plus récent qui légifère sur ce secteur est une circulaire de Abderrahmane Youssoufi. C’est en effet le Premier ministre qui délivre cette licence après approbation des ministères du tourisme, des finances et de l’intérieur. Après l’obtention des autorisations, une convention doit être signée entre l’investisseur et l’Etat marocain et doit faire l’objet d’un décret, signé par les ministères concernés. Un dernier arrêté, signé des ministères des finances et de l’intérieur, vient enfin fixer la date de l’ouverture.

La vie éco - Fadoua Ghannam

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