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Le cri de détresse d’un commerçant marocain à Abidjan

6 mars 2006 - 10h16
Le cri de détresse d'un commerçant marocain à Abidjan

Quand Haj Larbi Benjelloun est parti travailler en Côte d’Ivoire, suant eau et sang à faire fleurir un commerce des plus prospères, il était à cent lieues de soupçonner la fin tragique qui allait mettre un terme à ses années d’opulence.

Le coup d’Etat du 25 décembre 1999, qui a mis fin à l’ancien régime ivoirien et a porté le coup de grâce à ce ressortissant qui a payé au prix fort une situation dont il ne se sentait pas responsable. La nouvelle tombe comme un couperet alors qu’il était à La Mecque en train d’effectuer la Omra.

Un coup de fil de son fils l’arrache à son périple spirituel pour le jeter dans un cauchemar dont il ne s’est jamais réveillé. Il se retrouve, du jour au lendemain sans le sou.

Ne pas baisser les bras

Les soldats ivoiriens, animés par une haine dont l’homme est capable en temps de guerre, ont tout saccagé. Comble de l’infortune, il ne pouvait même pas compter sur un remboursement de la part de son assurance. Aujourd’hui, homme d’affaires déchu, il refuse de vivre sur le souvenir d’un passé révolu et caresse l’espoir de pouvoir améliorer sa situation.

Après le naufrage qui l’a frappé de plein fouet, il ne sait plus à quel saint se vouer. Documents sous le bras, il n’hésite pas à frapper à toutes les portes à la recherche d’une oreille attentive qui accorderait un tant soit peu d’intérêt à son cas. Ce qu’il réclame, une parcelle de terrain, un agrément ou tout simplement une somme d’argent en guise de dédommagement.

Il refuse de lâcher prise et persiste à contacter toute personne susceptible de lui apporter une aide quelconque. Le combat qu’il mène depuis des années n’est pas prêt de s’achever. Lequel combat date de 1999, juste après la survenue des événements sanglants en Côte d’Ivoire.

Dans un premier lieu, Haj Larbi s’adresse aux membres du nouveau gouvernement ivoirien pour leur expliquer qu’il a toujours entretenu de bons rapports avec eux, et par la même, pour leur demander réparation. Ils lui font comprendre qu’ils sont dans l’incapacité de lui prêter main- forte, étant eux-mêmes dans le besoin. C’est alors qu’il change d’interlocuteurs.
Il expose son cas à l’ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire et entre en contact avec les secrétaires généraux des ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères.

Une avalanche de promesses lui fait espérer récupérer une grande partie de sa fortune perdue, soit 40 à 50% de sa valeur. Il n’en récolte que déception et désolation. Cette même quête le mène vers la Fondation Hassan II pour les MRE, dans des plateaux de télévision, des cabinets de plusieurs ministres... Le dernier en date étant celui de Nezha Chekrouni qui lui a assuré qu’elle apportera un traitement particulier à son dossier. Il attend toujours.

Bien plus que la perte de tous ses biens, c’est le mutisme des responsables qui le chagrine le plus. Ce Fassi, élevé dans la pure tradition marocaine et pétri de valeurs patriotiques, ne comprend pas ce qui lui est arrivé. Lui qui a fait de la résistance du temps de Allal El Fassi, Abdelkhalek Torrès et bien d’autres grands noms du mouvement pour la libération du pays.

S’en remettre à Dieu

A 75 ans, Haj Larbi Benjelloun affirme n’avoir plus aucune ressource. Il a à sa charge sa femme, atteinte d’une maladie qui nécessite des soins spéciaux et donc beaucoup d’argent. Sans arriver à comprendre ce qui lui arrive, il s’en remet à la volonté de Dieu. « J’ai passé ma vie à travailler sérieusement sans jamais faire de mal à personne et voilà que je me retrouve aujourd’hui dans le besoin.

Ce qui me fait le plus mal au cœur c’est que j’ai toujours été honnête avec mes collaborateurs ivoiriens. Pendant 47 ans, je n’ai jamais arnaqué personne quoiqu’il m’ait été aisé de le faire. »

Pour sa fille qui l’accompagne partout dans ses déplacements, Haj Larbi a commis l’erreur fatale de ne pas rapatrier son argent au Maroc. Son capital n’a jamais quitté le territoire ivoirien, vu que tous ses investissements étaient en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, il a tout perdu mais s’estime, tout de même, heureux d’avoir un toit au Maroc.

Kenza Alaoui - Le Matin



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