
Selon son avocat, Zoubida travaillait dix-sept heures par jour sans rémunération. Cette Marocaine aurait été exploitée deux ans par un couple à la Grande-Borne.
Thénardier des temps modernes ou couple hospitalier victime d’une manipulation ? Les juges du tribunal d’Evry trancheront le 22 septembre prochain. En attendant, l’opinion du procureur Tony Skurtys est faite. Pour le magistrat, il ne fait aucun doute que l’affaire appelée hier à la barre est un cas emblématique d’"esclavage moderne".
Sur le banc des prévenus : Mohamed, sa soeur Aziza et sa femme, Natacha. Quinze mois de prison ont été requis contre le premier, douze et quatorze mois avec sursis contre les autres. Tous les trois sont poursuivis pour avoir exploité pendant deux ans Zoubida, dans leur appartement de la Grande-Borne, à Grigny, puis dans la maison du couple à Charmont-en-Beauce (Loiret).
Exploitation ou manipulation ?
Deux ans pendant lesquels la jeune femme, marocaine analphabète, « a été utilisée comme un objet, dénonce David Desgranges, avocat du comité contre l’esclavage moderne (CCEM), qui s’est porté partie civile. En tout et pour tout, seulement 150 € ont été envoyés à sa famille restée au Maroc. Une somme ridicule ». Au titre du préjudice moral et d’arriérés d’un salaire dont Zoubida n’a jamais vu la couleur, il a demandé 150 000 €. Pour l’accusation, Zoubida a été ramenée du Maroc par Mohamed et sa femme au terme d’un accord avec sa famille. Du côté des prévenus, on assure être allé chercher la jeune femme dans le Nord, où elle résidait chez une tante qui ne pouvait plus l’accueillir. Immédiatement, « ils m’ont confisqué mon passeport », raconte Zoubida via un interprète. Ses tâches quotidiennes : se lever pour le biberon du petit dernier, faire la cuisine, travailler le week-end pour nettoyer les chantiers de Mohamed, entrepreneur dans le bâtiment, et laver le linge. « A la main, décrit Zoubida. La machine, c’était que pour les jeans. »
Sa chambre : le salon familial. Et quand elle sort c’est pour aller remplacer Aziza, qui fait le ménage dans un bâtiment du conseil général. Zoubida récure. Aziza encaisse l’argent. Elle est poursuivie pour escroquerie. « La famille a pressé le citron, et elle, elle a fait craquer les pépins », décrit Tony Skurtys. « Elle travaillait dix-sept heures par jour », estime David Desgranges.
« C’est pas possible, c’est pas un Hercule cette fille, s’agace l’avocate de la défense, Jeanne Thom Mbeleg. Tout ce dossier est truffé de mensonges. Cette fille est une manipulatrice. Elle a oublié toutes les dates. Mes clients sont victimes de leur générosité. Ils l’ont accueillie. Elle a donné un coup de main. C’est normal. »
Source : Le Parisien - Nicolas Jacquard
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