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Marocains de l’étranger : Le salaire de l’exil

23 juillet 2004 - 22h22
Marocains de l'étranger : Le salaire de l'exil

Plus de 80.000 MRE (80.508 exactement) et 17.787 véhicules ont traversé le détroit de Gibraltar en passant par les différents ports du sud de l’Espagne, selon des statistiques de la Protection civile espagnole rendues publiques lundi 28 juin 2004. Ce scénario se répète chaque année et renseigne sur le degré d’attachement des MRE à leur pays d’origine et constitue par là même occasion une aubaine pour une économie marocaine à la recherche de fonds pour résorber son déficit commercial.

Les sommes transférées par les travailleurs émigrés vers leur pays d’origine sont énormes. Elles représentent la deuxième source de financement externe des pays en voie de développement, après les investissements directs étrangers. C’est ce qu’indique la Banque mondiale dans une récente étude citée par un rapport de l’OIT et présenté à la 92ème session de la Conférence internationale du travail. "Les envois de fonds des émigrés sont moins importants que les flux d’investissements étrangers directs, mais, en règle générale, sont supérieurs au montant de l’aide publique au développement", indique la banque.
En 2001, ils ont représenté 72,3 milliards de dollars US. Ces flux ont atteint 80 milliards de dollars en 2002 et 100 milliards l’année suivante, selon le quotidien Le Monde (mercredi 26 avril 2004), qui cite aussi un rapport de la Banque mondiale. Le Maroc figure parmi les premiers pays bénéficiaires des recettes qui s’élevaient en 2003 à 34,8 milliards de DH, selon l’Office des changes. Il s’agit d’une performance qui s’inscrit dans un processus d’augmentation des fonds dont le début remonte à l’an 2000. Dans le cadre de son dernier rapport sur le royaume chérifien, le FMI s’interroge sur les raisons de la générosité des émigrés marocains et préconise des mesures pour un usage idoine des recettes à la faveur d’une consolidation de l’économie locale. Le dernier rapport du FMI sur les transferts des fonds par les MRE souligne que les montants des transferts ont connu une soudaine progression à partir de l’année 2000 et que ce phénomène n’est pas encore totalement expliqué. Toujours est-il que leur volume demeure élevé comparé à celui d’autres pays.

Une foultitude de facteurs explicatifs

En effet, les transferts des résidents marocains sont estimés, selon le rapport du FMI, à quelque 9% du PIB et 25 % des exportations des biens et services, alors que des pays comme l’Egypte ou la Tunisie réalisent respectivement 3 et 5 %. Ces transferts de fonds vers le Maroc se font dans la majorité des cas en « cash » par les résidents eux-mêmes quand ils rentrent au pays. Cette partie des fonds est estimée grâce aux échanges de devises étrangères opérés au niveau de la banque centrale ou d’autres opérateurs et elle est incluse dans l’estimation du total des transferts. En termes de répercussions sur l’économie, le rapport souligne que les transferts des MRE ont un impact positif sur les performances du Maroc sur la scène internationale, mais aussi sur la conduite de la politique monétaire. Ainsi, « les rentrées en devise couvrent presque le déficit commercial et contribuent aux récents excédents du compte courant extérieur ainsi que celui de la balance des paiements. Ces excédents, selon le rapport, ont permis au Maroc de couvrir sa dette publique externe. Ils ont permis également le renflouement des dépôts bancaires et affecté la politique monétaire, comme le prouvent les récentes mesures prises par la Banque du Maroc pour absorber la liquidité.
Ces retombées bénéfiques sur l’économie marocaine ne peuvent porter leurs fruits que sur le long terme, d’où la nécessité d’en préserver les effets. L’étude des paramètres conditionnant le comportement des MRE demeure ainsi très constructive dans le processus de la préservation des effets positifs du transfert des fonds de l’étranger. À la première loge, on retrouve le paramètre altruisme et solidarité et qui, selon l’étude, reste essentiel dans la compréhension de l’attitude des MRE. Ainsi, malgré le fait que l’émigration des membres de la famille peut réduire la portée de ce paramètre, il n’en demeure pas moins que dans le cas du Maroc, ce risque est contrebalancé par les nouvelles vagues d’émigrés marocains qui sont attirés par les opportunités de travail en progression dans les pays industrialisés. Concrètement, l’effectivité de ce paramètre se reflète dans « la corrélation négative entre les transferts d’argent et la masse salariale dans le pays d’origine ». Dans le cas marocain, « une corrélation positive entre le revenu dans le pays de résidence et les transferts...peut aussi être considérée comme un indicateur d’altruisme ou de solidarité ». Le second paramètre, l’attachement au Maroc, peut également contribuer à la stabilité des transferts des fonds par les RME à long terme. Il peut être évalué à la lumière de l’importance de l’investissement des immigrés marocains dans l’immobilier. Ce faisant, d’aucuns peuvent penser que « les transferts seront positivement corrélés avec le niveau de rentabilité dans le secteur de l’immobilier ». Toutefois, « le prix des logements ne supporte une telle explication dans le cas du Maroc ». Les transferts, en tant que portefeuille de flux d’investissements, constituent le troisième paramètre de l’étude. Et sur ce plan, le rapport note que « une petite partie des transferts est investie par des Marocains qui veulent créer des petites et moyennes entreprises au Maroc ».

Une stabilité à l’horizon

L’existence de tels investissements « implique aussi que les transferts soient sensibles à leurs taux de revient. Et si cela est vrai, on peut s’attendre à ce que les dépôts faits par les Marocains vivant à l’étranger soient positivement corrélés avec les taux d’intérêt au Maroc et négativement avec les taux d’intérêt étrangers ». Troisièmement, le taux de change via les effets de substitution ou d’enrichissement peut aussi influencer le niveau des transferts. Toutefois, si les effets actuels des mouvements de taux de change sont connus, l’interprétation de leur impact à long terme sur le maintien d’une position externe forte est incertain. The last but not the least, les politiques nationales à l’égard des travailleurs à l’étranger, revêtent une grande importance dans l’explication du comportement des MRE. C’est pourquoi le gouvernement marocain s’emploie à convaincre les émigrés d’investir dans leur pays. À cette fin, un ministère délégué auprès des Affaires étrangères et de la Coopération chargé des Marocains résidant à l’étranger a été mis en place et dont l’attribution la plus importante est d’assouplir les procédures relatives aux transactions des MRE avec leur pays d’origine. Sur la base des paramètres susvisés, une étude empirique fut menée par une équipe d’experts du FMI sur la réalité des transferts des MRE vers le Maroc. Il en ressort ce qui suit : premièrement, l’élasticité négative du produit intérieur brut renforce l’évidence que les motifs d’altruisme ou de solidarité expliquent en partie les transferts des MRE vers le Maroc.
Deuxièmement, que l’élasticité positive de l’indicateur d’investissement des MRE dans l’immobilier suggère que l’attachement à la mère patrie peut être un autre solide motif justifiant les transferts. Enfin, le rapport souligne que la thésaurisation des MRE dans leur pays d’origine ne rentre pas dans une stratégie de diversification de leur portefeuille d’investissement malgré l’avantage marocain en termes de taux d’intérêts. Bien plus, le rapport souligne que l’accroissement des transferts s’accompagne d’un amenuisement, du volume de ces dépôts. Ce constat « renforce la conviction que ces dépôts peuvent être uniquement des comptes transitoires qui sont utilisés comme dépenses complémentaires quand le besoin se fait sentir ».
Ceci dit, les experts constatent que l’étude menée ne peut imputer de manière irrévocable l’augmentation des transferts à un facteur ou un groupe de facteurs spécifiques. L’effet d’enrichissement dû à la dévaluation du dirham durant la période post-2000 peut être un facteur d’explication possible. Cependant, on ne peut avancer une quelconque certitude sans une analyse plus approfondie de la question incluant une comparaison avec des pays qui ont connu une augmentation similaire des transferts de leurs résidents à l’étranger.
Selon l’étude, il n’existe aucun risque que le volume des transferts des MRE puisse se contracter dans un avenir prévisible. De surcroît, l’investissement des émigrés marocains est centré sur le secteur de l’immobilier, et puisque seule une infime partie du pactole est destinée à la création de petites ou moyennes entreprises, le rapport recommande au gouvernement marocain de tirer profit des compétences des nouvelles générations qui sont hautement qualifiées et des entrepreneurs en puissance. Ce n’est que de cette façon que le Maroc pourrait réussir à faire converger vers lui plus de fonds et, par ricochet, davantage d’investissements, synonymes de prospérité économique.

Morad El Khezzari - Le Journal Hebdo

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