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Marrakech : une ville de contrastes

10 mai 2009 - 22h55
Marrakech : une ville de contrastes

Marrakech est la destination touristique la plus prisée au Maroc, et avril est traditionnellement le mois de plus grande affluence, mais depuis que la crise économique mondiale s’est abattue sur la Ville rouge, les responsables du tourisme se voient contraints d’envisager de nouvelles façons d’attirer les touristes.

Dans les principales artères de Marrakech, les voitures se livrent à un véritable slalom au milieu de la circulation, klaxonnant de plus belle ; sur les trottoirs, des piétons aux vêtements très colorés se frayent un chemin au milieu des marchands ambulants, des charrettes et des charmeurs de serpents ; dans les cafés, les touristes font une pause, sirotant le traditionnel thé marocain, profitant d’une nourriture authentique et écoutant de la musique locale.

Marrakech est une ville de contrastes, où histoire et modernisme se mélangent, et où richesse et pauvreté se retrouvent face à face. Où que vous regardiez, quelle que soit la saison, des touristes venus du monde entier se pressent vers la "Ville rouge", en particulier en avril, lorsque le climat y est le plus agréable.

"C’est le soleil qui nous a fait aimer cette région du Maroc. Le soleil, et son patrimoine ancestral", explique à Magharebia un Français originaire de Bordeaux, allongé en compagnie de sa femme au bord de la piscine de l’hôtel Tichka. Ils viennent chaque printemps à Marrakech pour y recharger leurs batteries.

Marrakech est à l’abri des excès des climats saisonniers, ce qui en fait une destination de prédilection pour les touristes européens. Sur la légendaire place Djemaa El Fna, artistes, artisans, diseuses de bonne aventure et charmeurs de serpents se pressent à longueur d’année.

L’ancienne médina abritée derrière ses murs, véritable centre névralgique de la ville, est le point de ralliement des touristes. Les immenses restaurants en plein air laissent échapper des effluves de kebabs, qui aiguisent l’appétit et incitent à trouver une table sans tarder. Les terrasses suspendues des cafés voisins ouvrent sur la place comme sur une immense scène de théâtre.

Tous les chemins mènent aux charmeurs de serpents présentant des reptiles de toutes formes et de toutes tailles et aux diseuses de bonne aventure, qui se proposent de lire l’avenir dans vos mains. La musique remplit l’air, et l’ambiance très décontractée est festive. La place est réputée pour sa vie nocturne très animée.

"Ce sont tous ces sons musicaux, tous ces spectacles qui donnent à la ville un air de fête", explique Matthieu, un touriste français originaire de Toulouse.

Mais les décors festifs mis en place pour les touristes parviennent mal à cacher la misère dans laquelle vivent de nombreux Marrakchis. Les vieilles femmes qui se proposent de lire l’avenir dans la paume de votre main ou de vous teindre au henné suggèrent une détresse incommensurable, que ne fait que confirmer la manière dont elles sont habillées.

Les enfants mendiants sont aussi légion. Khaoula est une fillette de 13 ans. Il est 22 heures, mais plutôt que de faire ses devoirs, elle vend des gâteaux faits maison dans la rue. Quand on lui demande si elle vient régulièrement dans cette ruelle menant à la médina, elle répond "tous les jours", puis tend la main pour recevoir quelques pièces.

Les allées qui entourent la place Djemaa El Fna conduisent aux souks – une véritable caverne d’Ali Baba. Coincés entre la place et la medersa (école coranique) Ben Youssef, les souks attirent irrésistiblement les touristes.

Les étals sont regroupés par commerce ou par spécialité. On y trouve de tout, des traditionnelles babouches marocaines aux épices, en passant par la poterie et les articles de cuir. Malgré les prix astronomiques, peu de passants en ressortent les mains vides. Les souks se déroulent comme un véritable labyrinthe. Ici et là, quelques motos se frayent un chemin parmi la foule des piétons. Plus de 40.000 artisans travaillent dans cet endroit fermé, protégés par des treillages de bois ou dissimulés dans des allées couvertes.

La médina, le coeur historique de Marrakech, s’étend sur 600 hectares. Au XIIème siècle, une casbah (citadelle) avait été bâtie pour protéger la ville des attaques des tribus des montagnes. Les murailles furent modifiées et étendues de nombreuses fois par les différentes dynasties qui régnèrent sur Marrakech. Leur couleur ocre vaut à la ville son appellation de Ville rouge.

La médina est aujourd’hui un important centre résidentiel et commerçant. Les maisons traditionnelles, les riads, jouissent d’une immense popularité parmi les Marocains aisés et les riches touristes occidentaux, qui n’épargnent rien pour leur restauration.

Autre site historique obligé de tout parcours touristique, le Palais Bahia, l’ancienne résidence du Vizir Ba Ahmed, autrefois l’homme le plus puissant du Maroc. Sans oublier la Koutoubia. Avec son minaret qui domine la ville – visible de partout et éclairé la nuit – cette mosquée compte parmi les plus beaux monuments d’Afrique du Nord.

Mais le tourisme à Marrakech commence à ressentir les effets de la crise économique mondiale. Othmane Cherif Alami, le président de la Fédération nationale du Tourisme, confirme que les chiffres sont en baisse. "La ville subit la récession", reconnaît-il. "Avant, à cette période de l’année considérée comme la haute saison, le Palais Souleyman ne désemplissait pas", explique-t-il avec regret, en tentant de se faire entendre malgré un concert de musique andalouse. "La crise financière commence à dérouler ses effets sur le tourisme. Tout Marrakech s’en ressentira", prédit-il.

Les autorités locales et nationales s’efforcent de préserver Marrakech comme une destination favorite. Dans le cadre d’un "plan anti-crise" mis en place par le ministère du Tourisme et de l’Artisanat et l’Office national du tourisme, le gouvernement a promis d’augmenter dans son budget 2009 le financement pour la communication de la Ville rouge de 20 pour cent (il était de 116 millions de dirhams en 2008).

’’L’idée est d’atténuer l’impact de la récession et de consolider la part de marché de Marrakech sur ses marchés [touristiques]", explique Hamid Bentahar, président du Conseil régional du tourisme (CRT). Beaucoup est fait pour consolider le marché français, qui représente 60 pour cent du nombre de touristes. Les autres stratégies visent le marché domestique (12 pour cent) et le Royaume-Uni (11 pour cent).

Le CRT de Marrakech a préparé son propre plan d’action, en assurant la promotion du golf et de l’écotourisme, les semaines culturelles, les compétitions sportives et les festivals. Dans le cadre d’une stratégie de marketing agressive, le CRT a lancé en mars une série de "tournées itinérantes" dans toute la France pour promouvoir Marrakech comme première destination touristique du royaume. Cette campagne de promotion française proposait des rencontres entre professionnels du tourisme français et marocains.

Pour répondre aux aléas de la conjoncture, de nombreuses entreprises de la ville ont également commencé à offrir des réductions de prix très intéressantes sur leurs produits. "La demande n’est plus aussi pressante", explique Hamdane, agent d’accueil dans un hôtel, à Magharebia. "La direction a donc décidé de faire des promotions pour attirer la clientèle étrangère et nationale".

Les artisans de la ville ressentent également la récession. "Les touristes viennent encore en masse pour admirer l’artisanat marocain exposé", explique Samir Radi à Magharebia, "mais ils sont moins nombreux à acheter les produits".

Source : Magharebia - Lyes Aflou et Siham Ali

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