Chaque année à la même époque (du 15 juin à la fin août) se produit l’un des phénomènes de déplacement massif de population le plus impressionnant de notre époque : le « transit MRE ». D’Italie, des Pays Bas, d’Espagne, de France, de Belgique ou d’Allemagne, près de deux millions de marocains convergent selon un rituel immuable, comme poussés par une force étrange, vers leur pays d’origine : le Maroc.
Les sociologues, les anthropologues ou les psychologues verront dans ce « retour aux sources », à la « mère patrie » et au « cocon familial » le révélateur de tant de sentiments refoulés, enfouis au plus profond de l’âme MRE.
Il y a probablement dans ce « transit » annuel une vertu salvatrice, une attention consolatrice et salutaire. Le MRE, retrouve, en effet, dans son « chez lui » un moment privilégié où les frustrations et les humiliations les plus diverses subies et supportées durant les 11 mois de l’année dans le pays d’accueil, s’effacent et s’évacuent.
La MRE prend tout sur lui. Les difficultés du voyage, les humiliations, les regards moqueurs, les exactions des douaniers et des policiers, les complications matérielles ou administratives, les attentes de la famille. Rien, absolument rien, ne peut entamer cette volonté et ce désir étranges qui anime le MRE, toujours prêt à braver les difficultés pour atteindre le but ultime : la « mère patrie ».
Au-delà de ces considérations, ces difficultés et ces images « d’Epinay » qui restent gravées dans la mémoire collective des MRE et font partie de leur histoire, le phénomène « transit » est surtout le symbole d’un attachement inébranlable du marocain établi à l’étranger à ses racines et à sa patrie.
Certes, le profil sociologique du MRE a profondément changé. Ses attentes et ses revendications comme ses centres d’intérêts ont évolué. Mais ce qui reste indéfectible et inchangeable, c’est son attachement à son pays, à sa langue et à sa culture d’origine.
Ce sont ces vertus et toutes ces dispositions, qui caractérisent le MRE d’hier et d’aujourd’hui et font son originalité, qui méritent d’être valorisées et appréciées à leur juste valeur. Elles constituent un socle solide sur lequel pourront se construire de grandes et utiles réalisations au profit du Maroc.
Le discours de SM le Roi Mohammed VI, du 6 novembre 2005, est probablement le meilleur hommage qui puisse être rendu à la communauté marocaine de l’étranger pour « service rendu à la nation ». Il a véritablement posé les jalons d’une nouvelle ère où le MRE retrouve toute sa place. C’est l’ère de la participation politique directe à la chose publique, de l’exercice plein et entier de la citoyenneté et de la responsabilité.
Le MRE doit, par conséquent, saisir cette nouvelle donne politique et prendre son destin en main. Il lui appartient tout d’abord de faire de ce « transit 2006 » un moment privilégié de débats et de réflexion, loin de la routine habituelle, sur les modalités techniques de sa participation aux élections de 2007 (mode de scrutin, découpage électoral, nombre d’élus, un groupe parlementaire indépendant...) sur la meilleure manière de constituer son Conseil Supérieur et de s’assurer dans toutes les instances nationales une présence et une représentation justes et effectives.
Ces échéances politiques et électorales sont pour le MRE une vraie opportunité pour se débarrasse, enfin, de cette image réductrice et cette représentation péjorative de MRE transhumant (de transhumance= migration périodique du bétail de la plaine, qui change de pacage en été et s’établit en montagne, in. petit Robert p.2003, 1823), bon à transférer des devises.
Elles lui offrent en tout cas la possibilité d’accomplir (par son vote) cette mutation nécessaire tant attendue qui lui permettra d’accéder au statut de citoyen à part entière, détenteur d’un savoir et d’un savoir faire utiles à son pays.
Ce passage du MRE de l’état de transhumant au statut de citoyen avec tout ce que cela comporte comme devoirs et droits, doit s’inscrire dans une véritable démarche politique et procéder d’une réelle prise de conscience individuelle et collective. Le MRE qui représente une force économique indéniable a suffisamment d’atouts pour apporter à son pays d’origine une contribution plus large d’ordre technique, scientifique politique et culturelle.
Pour favoriser cette mutation il est nécessaire de mobiliser sans tarder toutes les bonnes volontés, de réunir les conditions (logistiques, juridiques, techniques/information et communication) et les garanties nécessaires. Les beaux discours et le recours aux concepts et aux slogans les plus séduisants (citoyenneté, égalité, représentativité...) ne suffiront pas.
Si le MRE doit aujourd’hui se donner tous les moyens de nature à lui permettre de devenir politiquement majeur, libéré de toutes les tutelles partisanes et des contraintes du passé (division, éclatement du champ associatif, méfiance, indifférence), les autorités nationales en charge des affaires MRE ont, en ce qui les concerne, l’obligation de rendre possible cette évolution en mettant tout en œuvre pour assurer sa participation aux échéances électorales prochaines.
La réussite de cette mutation, c’est aussi l’affaire des associations des MRE, qui doivent cesser de naviguer à vue avec des méthodes d’un autre âge (politique de la terre brûlée, de la division et de l’anathème) et accomplir en fin de compte leur propre révolution interne en modernisant leurs structures, en formant leurs cadres, en adaptant leurs discours et leurs projets aux attentes et aux besoins réels des MRE.
C’est à ce prix qu’elles pourront véritablement évoluer et accompagner utilement les évolutions actuelles et retrouver la confiance de leurs concitoyens.
Et quels que soient les résultats des élections de 2007, la participation des MRE aux échéances de 2007 (élections au Parlement et constitution du CSM) sera probablement la manifestation la plus accomplie de leur maturité politique et le signe le plus tangible de l’évolution démocratique du pays. Elle s’imposera dans l’histoire politique et institutionnelle du Maroc comme un progrès indéniable et sera un atout majeur pour l’évolution des institutions nationales et pour l’amélioration des débats et des programmes politiques nationaux.
Aussi, à quelques mois de ces échéances, la seule question qui mérite d’être posée est de savoir si le MRE saura se montrer à la hauteur de cet événement, digne de cette confiance et de cet espoir ?
Aux urnes citoyens MRE, serrez vous rangs et faites votre devoir.
Mohammed Mraizika
Mohammed Mraizika : Chercheur en Sciences Sociales et en droit International Humanitaire. Président d’almohagir