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Najat Belkacem : "J’espère que les Marocains continueront d’être fiers de moi"

15 mars 2007 - 00h00
Najat Belkacem : "J'espère que les Marocains continueront d'être fiers de moi"

Najat Vallaud Belkacem, fraîchement nommée porte-parole de Ségolène Royal, nous a ouvert ses portes et son …cœur.

Vous êtes née au Maroc. Peux-t-on savoir de quelle région êtes vous originaire et à quel âge avez-vous quitté le Royaume pour rejoindre la France ?

Najat Vallaud Belkacem : Je suis née dans un petit village du Rif, au sein d’un environnement familial agricole et j’ai rejoint la France à l’âge de 4 ans.

Qu’est-ce qui vous a conduit, motiver, à déclencher un engagement à la chose politique ?

En fait, mon engagement en politique est l’histoire d’une succession de rencontres. J’ai d’abord eu la chance, pour payer mes études, de travailler comme attachée parlementaire auprès d’une députée socialiste, Béatrice Marre, une femme de conviction, très engagée. J’ai ensuite rejoint le cabinet de Gérard Collomb, Maire de Lyon, auprès duquel j’ai pu conduire de beaux projets et qui m’a convaincue que la politique pouvait changer les choses, comme changer la vie des gens. Enfin, c’est avec Jean Jack Queyranne, que j’ai franchi le pas de l’engagement politique, en étant élue Conseillère régionale sur sa liste en Rhône Alpes.

Comment avez-vous vécu votre nomination comme porte-parole de Ségolène Royal ? Un mot sur vos missions ? Sur votre degré de proximité avec Ségolène Royal ?

J’ai été très émue et très honorée par ma nomination auprès de Ségolène Royal et en même temps très consciente de ma responsabilité. J’ai la charge, en particulier avec Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, de défendre le pacte présidentiel dans les médias et partout où l’on réclamera ma présence. Ségolène Royal me fait confiance et, à travers moi, aux gens de ma génération. Elle attend de moi un engagement total, elle n’entend pas me voir faire de la figuration.

En outre, vous êtes candidates aux élections législatives à Lyon face au ministre des Transports Dominique Perben, entre autres. Comment faîtes-vous face, à 29 ans, aux défis de taille que vous avez décidé de relever ?

Le défit est important, en effet, car la 4ème circonscription du Rhône dans laquelle je me présente est historiquement acquise à la droite. Pour autant, je ne nourris aucun complexe vis-à-vis de mon concurrent et la sociologie à évoluée. J’ai des convictions, des principes, des idées auxquels je crois et que je défends avec enthousiasme auprès des électeurs. Quant à mon âge, j’y vois une chance, même si je sais ce que j’ai encore à apprendre.

Selon vous, qu’est-ce qui va être déterminant pour l’élection du prochain Président(e) de la République ?

L’ambition et la crédibilité du projet de société vont faire la différence et de ce point de vue là, je ne vois que Ségolène Royal pour remettre la France debout et lui redonner confiance en elle-même. J’admire beaucoup notre candidate parce qu’elle est lucide sur les difficultés du pays et exigeante sur les réponses à y apporter, c’est ce dont la France à besoin.

Au Maroc, une certaine fierté nationale s’est manifestée lors de l’annonce de votre nomination. Quel effet cela vous fait-il ?

J’en suis très heureuse, je suis moi aussi fiere de ma double culture et j’aime infiniment le Maroc. Je pense que c’est une vraie richesse personnelle. J’espère que les Marocains continueront d’être fiers de moi.

Quel regard portez-vous sur le Maroc ? Vous y venez souvent ?

Je sens un pays bouillonnant, plein d’énergie, en pleine révolution. Même si tout n’est pas rose, je sens que le meilleur du Maroc est à venir. J’ai une grande confiance dans la capacité du Maroc à être un pays leader de l’arc méditerranéen. Malheureusement, je n’ai pas eu beaucoup d’occasion d’y aller ces dernières années. L’été prochain peut être ?

Très souvent, trop souvent, on a tendance, en France, à stigmatiser les nominations officielles de citoyens issus de l’immigration maghrébine. Qu’en pensez-vous ?

Oui, c’est vrai et je n’y échappe pas. Et ce qu’il y a de paradoxal, c’est que dans le même temps, des voix s’élèvent (parfois les mêmes !) pour réclamer plus de diversité, notamment en politique. Je participe avec d’autres hommes et femmes issus de l’immigration à une sorte de normalisation du paysage. Aujourd’hui, on essuie les plâtres, mais demain, on ne nous remarquera plus.

Que répondez-vous à ceux qui déclarent que "Sarko" a sa "beur" et que dorénavant "Ségo" l’a aussi ?

Ségolène Royal, comme le Parti Socialiste en réservant des circonscriptions à des candidats issus de la diversité, a pris ses responsabilités pour avoir une équipe, ou une assemblée, représentative de la France dans sa diversité. J’estime, quant à moi, avoir également pris les miennes. On ne peut pas réclamer plus de diversité en politique et reculer quand on vous propose d’y aller. A crier au « beur de service » à chaque fois qu’on nomme un Français un peu coloré, on risque de longtemps tenir éloigné les Français issus de l’immigration des responsabilités.

Et sa vision du monde ?

La politique consiste à vouloir changer une situation et je ne me résous pas aux difficultés dans lesquelles beaucoup de mes concitoyens vivent. Je ne peux pas me résoudre, par exemple, à l’idée que la France, qui est un pays riche, compte 2 millions d’enfants pauvres, je ne peux pas me résoudre non plus à ce que 150 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans qualification, je ne peux pas me résoudre à voir la précarité galoper. C’est parce que je ne crois pas à la fatalité et surtout que je ne crois pas à l’impuissance du politique, à la dictature du marché, que je trouve un sens dans l’engagement politique.

La nouvelle tribune - Rachid Hallaouy

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