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Sahara Marocain, le processus kafkaïen

29 mars 2006 - 3 commentaires - En discuter sur les forums?  Sahara Marocain, le processus kafkaïen

Plusieurs marocains de ma génération peuvent être surnommés la « génération du Sahara. » A l’époque nous étions des gamins subjugués par ces milliers de nos concitoyens, traversant nos villes en camions, brandissant des drapeaux marocains et des exemplaires du Coran.

Ils allaient grossir les marées humaines qui, des quatre coins du Royaume, formaient la Marche Verte. Nos regards d’enfants étaient émerveillés par ces flots de femmes et d’hommes se déversant sur le sable, dans un brouillard de poussière et d’évocation de mots, mêlant le nom de Dieu à celui de la Patrie.

Nous ne doutions pas de la sacralité de l’acte ! Ces milliers de personnes laissant derrière elles leurs familles et leurs biens, étaient incontestablement déterminées et convaincues du bien fondé de leurs faits ! Nos parents, saisis d’une euphorie emplie d’inquiétudes, nous rendaient perplexes, que se tramait-il ?

Nous essayions de déchiffrer le cours des événements, de trouver une raison à ce déferlement humain ! A cette mobilisation gigantesque ! Cependant, nous étions empreints de l’amour de notre Histoire et de notre culture. Quelque chose d’assez fort nous enjoignait spontanément et naturellement à ce mouvement humainement vigoureux, mais insaisissable encore à nous !

Les jours changeaient de ton. Le sang coulait, la guerre des sables, nous disait-on, avait lieu. Nous n’allions plus être épargnés dans l’amour de nos amis, de nos proches et de nos familles. Des corps de soldats marocains tués rentraient dans une ambiance lugubre, de cette région traversée pacifiquement par nos concitoyens.

Cette situation nous a éclairés, bouleversés que nous étions, sur l’inquiétude précoce de nos parents, sur l’absurdité de pratiquer, d’une certaine façon, la politique et surtout sur la manière de rater, maladroitement, le train de l’Histoire ! Alors que nous disposons de tous les ingrédients pour vivre paisiblement unis !

Il nous apparaissait pourtant simple qu’une unité d’histoire, de religion, de culture ne pouvait que nous prédisposer à vivre ensemble, à nous inspirer à forger dans la paix des solutions équitables car nous avons plus de raisons, fondées, de nous entendre que de nous entre-déchirer ! Hélas ! Saisis d’amertume, nous nous sentons vivre dans un monde kafkaïen où le possible devient impossible et l’impossible devient possible.

A l’ère des regroupements économiques et régionaux, au sein d’un monde de plus en plus mondialisé et inter-impliqué, nous « provoquons » des conflits aux dépens de complémentarités économiques certaines, aux dépens d’horizons de vies meilleures à offrir à nos jeunes, en mal de vivre, prêts à n’envisager leur avenir qu’en émigrant !

Quelle est cette « raison politique » qui agit à l’encontre des aspirations légitimes des peuples de vivre ensemble dans la paix et dans le bien être ? Nos pays arabes ne sont-ils pas suffisamment meurtris et enclins à différentes crises endémiques ?

Le Sahara est une question d’identité pour nous Marocains. Elle ne peut se vivre qu’entièrement et non fractionnée. La part des sacrifices est là, lourde, consentie et assumée car il s’agit d’une patrie indivisible, d’une mémoire et d’une Histoire commune à préserver.

Parfois, avec mes amis maghrébins, en France, nous déroulons l’Histoire. Nous la mettons face aux exigences de la modernité, face aux réalités économiques et sociales mondiales. Sidérés, nous ne comprenons pas pourquoi il est si difficile de réfléchir autrement que dans le conflit l’avenir du Maghreb. Pourquoi ce qui est possible au niveau des peuples est-il impossible au niveau des gouvernants ? N’avons-nous pas les mêmes préoccupations ? Tant de questions amères qu’il faudra prendre aux sérieux parce qu’il est question de destin de peuples, d’avenir de générations qui ne parviennent pas à comprendre pourquoi un tel conflit s’éternise ?

Une alternative vient d’être proposée par le Roi du Maroc sur un projet d’autonomie du Sahara, dans le cadre de la souveraineté du Royaume. C’est une tentative courageuse de se sortir de ce conflit. Pourquoi ne pas s’en saisir pour élaborer une solution pacifique, un projet ambitieux, responsable et nécessaire aux peuples frères du Maghreb ? Le dialogue devra avoir lieu pour une solution consensuelle, égalitaire et démocratique. Les voies de la paix s’offrent à nous si nous nous mettons dans des dispositions d’y croire et d’œuvrer dans le pragmatisme pour inaugurer la véritable Union du Maghreb.

  •  Docteur Mounir FERRAM
  •  Enseignant Universitaire