
Il est des mots qui sortent souillés de la bouche des hommes et des femmes politiques qui les prononcent... La République, citée à gogo jusqu’à plus soif lors de son meeting de Bordeaux par Nicolas Sarkozy -le président des riches qui se dit aujourd’hui candidat du peuple- se résume, pour ainsi dire, à des habitudes alimentaires, à des faits religieux.
Dans « sa » vision réduite à une France de la civilisation des clochers et des cathédrales, ou encore des jours fériés, du jambon et du saucisson, la République serait menacée par la viande halal et le vote des étrangers - rien que ça ! Il approuve ainsi les déclarations faites la veille par son ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, parti en chasse aux voix sur le terrain de l’extrême droite et ses thèmes de prédilection que sont, entre autres, l’islam et la viande halal, les étrangers et l’insécurité...
Au delà d’une évidente opération de siphonnage, déjà tentée et réussie à la présidentielle de 2007, de l’électorat du Front national, c’est l’idéologie de ce parti extrémiste, xénophobe et aujourd’hui islamophobe, qui est revendiquée et assumée, sans état d’âme, jusqu’au sommet de l’État par le président-candidat, Nicolas Sarkozy, et un ministre de la République, Claude Guéant.
Si, à longueur de campagne, et même entre les repas, la droite de Sarkozy et l’extrême droite de Le Pen « mangent » du musulman et de l’étranger, mis souvent dans le même « plat » au menu de leurs meetings, c’est parce qu’il n’y aucun risque d’une « intoxication alimentaire » ou de sanction électorale, la seule punition qui fait mal aux politiques dans les urnes.
Pour l’heure, c’est du pain bénit pour l’entreprise familiale Le Pen et sa filiale Sarko and Co. Et pour cause : les « musulmans de France », bien que directement concernés, ne (se) manifestent pas et les étrangers ne peuvent pas voter. Ces derniers compteront sur les démocrates et les vrais républicains, notamment sur les socialistes, s’ils gagnent la présidentielle et/ou les législatives et, surtout, s’ils tiennent leur promesse : octroyer (enfin ?) le droit de vote aux élections locales aux étrangers qui résident en France depuis cinq ans, au moins. C’est ainsi que -en cas de victoire de la gauche, et de sa promesse bien tenue, bien sûr-, des étrangers (des Marocains, des Maliens, etc.) pourront donc voter aux prochaines élections municipales de 2014.
Quant aux « musulmans de France », ceux qui peuvent déjà voter, et veulent que cesse le récurrent « calvaire » électoral, il leur reste à (re)trouver le chemin des urnes dès le 22 avril (1er tour de la présidentielle 2012). Pour être entendus voire craints -politiquement, s’entend-, ils devraient en prendre de la graine chez les communautés arménienne et juive de France. Bien organisées et lobbyistes, elles défendent leurs intérêts et ceux de leur seconde « patrie », respectivement l’Arménie -contre la Turquie- dans l’affaire du génocide arménien, Israël dans le conflit du Proche-Orient.
Grâce à leur activisme auprès de la classe politique, les « Arméniens de France » ont fait voter, en 2001, une première loi qui reconnaît le génocide arménien. Et fin 2011, à quelques mois de l’actuelle présidentielle et des législatives à suivre, ils ont fait adopter, dans un consensus gauche-droite trop « unanime » pour être sincère, une seconde loi qui condamne, au pénal, le négationnisme du génocide arménien. Une loi retoquée depuis par le Conseil Constitutionnel. Mais ce n’est que partie remise pour la communauté arménienne, toujours active et mobilisée sur la question de « son » génocide.
En ce qui concerne la communauté juive, toujours réactive, elle vient de faire la démonstration, une fois encore, de sa capacité à se mobiliser, et de son efficacité, dans la polémique sur la viande casher :
« L’incident est clos, mais nous restons vigilants », déclareront le président du Consistoire Central et le Grand Rabbin de France, à leur sortie de Matignon. En trois jours et une audience, la question de la viande casher est réglée. Qui fait mieux ?
Si, le jeudi 8 mars, le recteur de la Mosquée de Paris et le président du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) sont également reçus par François Fillon -pour ne pas faire de jaloux ?-, ils le doivent probablement à la dynamique crée par l’indignation de la communauté juive, plus qu’à leur piètre mobilisation sur la viande halal « traînée dans la boue » pendant des semaines par Marine Le Pen relayée, des jours durant, par Claude Guéant et Nicolas Sarkozy.
La communauté musulmane de France aura tout intérêt à s’inspirer de ses « collègues » arménienne et juive, si elle ne veut plus être stigmatisée et montrée du doigt, encore et toujours...
Ali Darhlal
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