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Sarkozy-Maroc : Le désamour

20 septembre 2007 - 13h58
Sarkozy-Maroc : Le désamour

Alors que le Maghreb passe le Ramadan sous la menace d’Al Qaïda, et que la tension monte avec l’Iran, l’action extérieure du nouveau président de la France, Nicolas Sarkozy, annonce un revirement stratégique qui diffère des réflexes traditionnels du Quai d’Orsay. Son agenda a imprimé depuis sa prise de fonction un tempo inédit frisant parfois la cavalcade. De Berlin à Alger (mais pas le Maroc !), le Texas ou encore Moscou, le président français a tenu à faire une entrée politique sur tous les fronts, semant des indices, mais ne dévoilant rien sur l’orientation qu’il donnera à la politique étrangère de l’Hexagone pour ces 5 prochaines années. Atlantiste ou européenne ? Israélo-américaine ou arabe ?

Plus de visibilité que de lisibilité

Même si le ministre de la Défense, Hervé Morin, a officiellement abordé le 11 septembre dernier la question du retour complet de la France dans l’Otan, rien n’est encore certain avec un homme qui manie parfaitement sa visibilité, au détriment de sa lisibilité.

Néanmoins, le fait que Sarkozy ait fait de l’Afrique le continent de sa première visite officielle, ne manque pas de susciter des interrogations. Beaucoup y voient une opération de charme envers une région avant tout « utile », et avec laquelle la France peut se démarquer au niveau international. Sarkozy a d’ailleurs opté pour deux pays du « pré carré » déjà choisis par Jacques Chirac au lendemain de son élection en 1995, le Gabon et le Sénégal.

Mais malgré l’annonce de projets de codéveloppement pour l’Afrique noire et d’Union méditerranéenne pour le Maghreb, Sarkozy a maintenu le mystère, sans ménagement.

Même si le décryptage des ambitions africaines de Sarkozy reste aventureux, cette tournée aura du moins renseigné sur le désir de Nicolas Sarkozy de rapprocher le Maghreb de l’Union européenne, avec la France en chef de file. Il entend certainement prendre une longueur d’avance sur ses pairs européens. La Méditerranée demeurant une région de grands enjeux pour le vieux continent, comme l’affirmait déjà Lénine : « Qui tiendra l’Afrique tiendra le monde ! »

De l’intérêt, pas de l’inclusion

Considérés comme des pays de transit et de filtre de l’immigration vers l’autre rive, ces pays font l’objet de toutes les attentions, et le chantre de « l’immigration choisie » ne pouvait sans doute pas se passer de s’entretenir de ce sujet avec les « princes ».

Le pétrole algérien ne peut, non plus, être étranger à la sortie du président français, surtout avec ce rapprochement tant souhaité par Sarkozy entre la Sonatrach algérienne et Gaz de France.

Après Alger, une visite au Maroc était également prévue. Le fait que cette étape ait été amputée pourrait révéler une certaine tension cachant ce vieux problème du Sahara. Mais le pas de course avec lequel Sarkozy a mené cette tournée traduit quelque part la volonté de ne pas aborder, ni pour l’instant, ni en profondeur les sujets qui fâchent. Néanmoins, le nouveau président désireux de ne pas entacher sa tournée africaine a aussitôt déclaré lors de son voyage à Tunis qu’il n’existait pas « l’ombre d’une brouille » avec le Maroc. Il a en particulier souligné que, sur le conflit du Sahara, « il n’y a pas de changement » de la position française, jugée promarocaine par les Algériens. « Je l’ai d’ailleurs dit au président algérien Abdelaziz Bouteflika », a ajouté Sarkozy.

Puis Tripoli. Si sa visite en Libye a signé la normalisation des relations entre les deux pays, y compris grâce aux infirmières bulgares, c’est avec un beau cadeau que le président français est reparti, un accord prévoyant d’étudier la fourniture à Tripoli d’un réacteur nucléaire. Clin d’œil à l’escalade iranienne ? Sûrement. En tout cas, si ce projet se concrétisait, cette initiative pourrait être interprétée comme un signal aux pays arabes, pour qui il n’y aurait plus d’hostilité fondamentale à ce qu’un des leurs détienne du nucléaire civil. Considérer que le monde arabe « n’est pas assez raisonnable » pour détenir du nucléaire civil risquerait d’entraîner « une guerre des civilisations », a estimé le président français. Tant mieux certainement, surtout si c’est l’industrie nucléaire française qui en récolte les bénéfices.

Par ailleurs, un accord de coopération « en matière de défense et d’industrie de défense », a également été signé entre Kadhafi et Sarkozy.
Enfin, l’ambitieuse « Union de la Méditerranée » a été invoquée, au grand plaisir du guide libyen qui s’est dit « passionné » par un projet dont il se verrait bien le chef de file, et pour lequel il s’est mis à rêver d’un sommet des chefs d’Etat de l’ère méditerranéenne dès le premier semestre 2008. Sarkozy semble donc privilégier le côté utilitaire dans ses perspectives de collaboration, en s’intéressant « au Maghreb tout en gardant le Maghreb hors d’Europe ». Principe à élargir à l’Afrique, si l’on se fie aux premières mesures de son gouvernement visant à se prémunir avant tout de l’exode des Africains. Mais pour les richesses et la lutte contre l’immigration, Sarkozy semble tout à fait disposer à faire du continent son principal allié.

Il devra pour cela arrêter de minimiser le contentieux lié au devoir de mémoire et au passif humain de pays cadenassés par les liens du passé.

L’Union méditerranéenne, un pion sur l’échiquier ?

Que cache ce projet duquel Sarkozy s’est fait le premier défenseur sur la scène internationale ? Soutenu par ses alliés atlantistes, il a déclaré que « c’est à la France, européenne et méditerranéenne à la fois, de prendre l’initiative avec le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Grèce et Chypre, d’une Union méditerranéenne comme elle a pris jadis l’initiative de construire l’Union européenne ». Très bien, mais à quoi cette union pourrait servir les intérêts de la France et de son nouvel allié américain ? C’est bien plus tard dans le même discours que l’on trouve la réponse : « C’est dans la perspective de cette Union méditerranéenne qu’il nous faut envisager les relations de l’Europe et de la Turquie. Car l’Europe ne peut pas s’étendre indéfiniment… ne peut pas se diluer sans cesse. La Turquie n’a pas sa place dans l’Union européenne parce qu’elle n’est pas un pays européen. Mais la Turquie est un grand pays méditerranéen avec lequel l’Europe méditerranéenne peut faire avancer l’unité de la Méditerranée…

C’est dans la perspective de cette Union méditerranéenne qu’il nous faut repenser ce qu’on appelait jadis la politique arabe de la France. C’est dans la perspective de cette Union méditerranéenne qu’il nous faut approcher le problème de la paix au Moyen-Orient et chercher une issue au conflit israélo-palestinien ». Ainsi, la Turquie, ce pays pivot du Pentagone et de l’Otan, pourrait devenir le fer de lance du projet de Pax america dans le Moyen-Orient élargi, que s’entête à essayer d’instaurer le gouvernement républicain et pro-israélien à la Maison-Blanche. En intégrant cette structure supranationale, la Turquie pourrait servir de base pour les Alliés, dans cette entreprise d’encerclement de la Russie et de sécurisation d’Israël.

L’Economiste - Najlae Naaoumi

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