C’est une deuxième vague d’assainissement que connaît la ville de Tétouan. Tel est le sentiment de ses habitants suite aux arrestations spectaculaires après la fusillade de Kabila. Car ce n’est pas uniquement des trafiquants de drogue qui ont été arrêtés, mais les poursuites touchent également de hauts responsables dans la Sûreté régionale de Tétouan. Des magistrats sont également mis en cause.
Personne ne pouvait imaginer que Mustapha Benaboud serait impliqué dans ce réseau de trafic de drogue. Jouissant d’une bonne réputation dans les milieux d’affaires, Benaboud venait de remporter un siège à la Chambre de commerce de Tétouan. Il est à la tête d’une importante chaîne de mobilier de maison. Sa société Ranimob a pu se tailler d’importantes parts de marché à travers tout le Maroc mais aussi à l’étranger. Benaboud est l’une des plus importantes fortunes de la région. Il a également réalisé des investissements dans l’immobilier. Il est d’ailleurs président de l’Association des promoteurs immobiliers de la ville. Récemment, il a acheté deux hôtels à Tétouan, le Panorama et le Safir, tous deux tombés en ruine. Il est cité dans le rapport de la police comme étant un intermédiaire de Mounir Erramach (premier inculpé dans le trafic de drogue). Ce dernier est âgé à peine de trente ans. Il a été arrêté quelques jours après la fusillade. Erramach aurait déjà écopé d’une peine d’une année de prison pour trafic de cigarettes de contrebande. A sa sortie de prison, il quitte le Maroc pour s’installer en Espagne et obtient la nationalité espagnole. En 2000, il rentre au Maroc à la tête d’une fortune dont l’origine est douteuse. Quelque temps après, il investit dans une imprimerie et achète une grande station-service et plusieurs immeubles. C’était le 2 août 2003 dans l’une des discothèques de Kabila qu’Erramach a croisé Mourad Bouziani (autre trafiquant). Les deux sont des chefs de bande rivales de trafic de drogue. Après une altercation, chacun fait appel à ses hommes. Erramach attend une quinzaine de personnes armées de couteaux et fusils de chasse. Bouziani (originaire de Casablanca) sort en vitesse pour revenir avec deux véhicules 4x4 avec à bord sa bande, dont deux hommes armés de pistolets et autres armes blanches. Bilan : huit blessés dont un qui succombera plus tard à la clinique Rif de Tétouan. Restés sur leur faim, des hommes de Bouziani se rendent à la clinique pour achever leurs victimes. Surpris par la police, ils étaient arrêtés. Ce n’est qu’à travers l’enquête que les autorités ont découvert un important réseau de complicités et de corruption.
