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Une bombe nommée Hayat

13 juillet 2003 - 14h43
Une bombe nommée Hayat

Le retour de Hayat Mdaghri Filali constitue sans conteste un coup de théâtre dans les aventures extravagantes de son mari, Hicham Mandari. Personnage clef, en tant que témoin malgré elle, dans une grosse affaire de fabrication et de blanchiment de fausses monnaies, Hayat Mdaghri va tout déballer.

Ses révélations lèveront incontestablement le voile sur beaucoup de zones d’ombre dans la vie de cet escroc sans frontières. Et dont le point d’orgue aura été d’avoir, jusqu’au bout, abusé de la complaisance complice du “Monde”, trop heureux de se mettre un pseudo-conseiller royal sous la dent. Révélations qui éclabousseront à coup sûr d’éminentes personnalités nationales et étrangères.

Abdejlil Mdaghri Filali n’en revient pas. Il vient de recevoir un appel téléphonique de sa fille Hayat. Cela fait plus de 4 ans qu’il a perdu toute trace de son aînée. Depuis qu’elle est partie avec son mari en France officiellement pour une cure de thalassothérapie. C’était en juin 1998. Un silence radio qui angoissera chaque jour un peu plus un père aux aguets.
L’absence de nouvelles de sa fille est d’autant plus inquiétante et insupportable que le mari, lui, ne cesse de faire les titres de la presse nationale et internationale. Car le mari n’est autre que le fameux Hicham Mandari. L’homme qui a défrayé la chronique au Maroc et dans le monde pour sa participation à un trafic international de fausses monnaies.

Angoisse

Abdejlil Mdaghri Filali maudit le jour où il a accepté de donner sa fille en mariage à Hicham Mandari. Et il n’a pas fini de le regretter. La jeune mariée est devenue l’otage d’un escroc notoire. Il se servait d’elle comme sauf-conduit pour se rapprocher du Palais et tisser des amitiés qu’il fera fructifier par la suite à des fins frauduleuses. A bout de souffle, Hayat lance un appel de détresse à son père à partir d’une cabine téléphonique à Miami dans l’État de Floride. « Je te demande pardon père. Je n’en peux plus. J’ai besoin que tu me sortes de là », lance-t-elle d’une voix enrouée et plaintive. Un SOS auquel Hayat a longuement réfléchi et hésité, avant de s’y aviser. Elle veut en finir avec le cauchemar qu’elle subit depuis plus de 4 ans.
Tout s’embrouille dans la tête d’Abdejlil Mdaghri Filali. C’est le choc. Progressivement, il se ressaisit et reprend ses esprits. Il répond par ces mots : « oui ma fille, je viens ».

Ce haut fonctionnaire des domaines royaux est un homme du sérail, dont il connaît parfaitement les us et coutumes. Prudent, il demande conseil à des personnalités haut placées avant de s’envoler pour l’Amérique. Son unique souci est de savoir si sa fille peut regagner son pays malgré les turpitudes rocambolesques de son mari. « Hayat n’est impliquée ni de près ni de loin dans les magouilles de Mandari. Elle est libre de retrouver les siens ». Il n’en fallait pas plus pour que Abdejlil Mdaghri Filali saute dans le premier avion pour Miami.

Magouilles

Samedi 28 juin, 7 heures du matin. Le vol en provenance de New York atterrit sur les pistes de l’aéroport Mohammed V à Casablanca. Le drame conjugal de Hayat et de sa fille, Rachida, 6 ans, avait pris fin.
Un drame qui a commencé durant le printemps 1998 lorsque le couple Mandari part pour Paris. Raison avancée, une cure de thalassothérapie. C’est le début d’une aventure que Hayat n’est pas près d’oublier.
Ce n’était qu’un prétexte. En fait, ce voyage était le premier acte d’une grande évasion. S’il n’avait pas quitté le pays à temps, Hicham Mandari aurait été arrêté et écroué. Car, le pot aux roses avait été découvert par la police marocaine via Interpol.

L’homme pressé de partir faisait l’objet d’un avis de recherche international pour trafic de fausses monnaies.
On saura par la suite que pas moins de 140 millions de dinars bahreïnis, soit l’équivalent d’environ 400 millions de dollars américains en monnaie de singe, avaient été écoulés en Europe et au Moyen Orient.
Une opération d’envergure dans laquelle Hicham Mandari avait un rôle prépondérant. Mais Hicham Mandari ne pouvait quitter le Maroc sans la complicité de personnages influents qui sont intervenus non seulement pour lui permettre de sortir du pays, mais, plus grave encore, d’obtenir un visa en bonne et due forme pour l’Amérique, auprès du Consulat général des USA à Casablanca.
Une complicité criminelle qui a trompé les autorités consulaires américaines en faisant passer Hicham Mandari pour un conseiller spécial du ministre d’Etat à l’Intérieur de l’époque, Driss Basri. Entre autres intervenants, Mandari a également bénéficié de l’appui de l’ancien patron de la sécurité royale, Mohamed Mediouri. Mais, une fois à Miami, ses protecteurs ne lui auront été d’aucune aide puisque la justice Américaine lui met la main au collet et le condamnera à un an et demi de prison pour fausse déclaration et usurpation d’identité.

Extradition

La justice française demandera son extradition et l’obtiendra pour, cette fois-ci, une accusation autrement plus grave : trafic de fausses monnaies à grande échelle. Il sera effectivement traduit en justice au mois de mai 2002, mis aux arrêts à la prison de la Santé à Paris, puis libéré sous caution grâce notamment à son avocat William Bourdon. C’est sous ce statut juridique de liberté provisoire que Hicham Mandari vit toujours dans la capitale française.
Et Hayat dans tout ça ? La jeune épouse est complètement perdue dans ce tourbillon mafieux. Elle est abandonnée, ainsi que sa fille, par un mari aux abois.
Pour Hicham Mandari, Hayat, qui avait servi d’alibi, n’avait plus d’intérêt. Elle devra survire en faisant de petits boulots à Miami. Elle se résigne à son sort sans en aviser ses parents. Elle éprouve une honte profonde pour ce qui lui est arrivé. Hayat se fera violence en appelant au secours. Ce samedi 28 juin 2003, elle retrouve enfin la chaleur de sa famille et l’affection de ses amis.
De cette chaleur et de cette affection, elle en avait bien besoin. Car Hayat est psychologiquement éprouvée. Normal pour une jeune femme, 34 ans, qui a enduré bien des déboires et subi des pressions, au point de devenir une sorte de proie pour des manipulateurs de tout acabit. Des services de renseignement aux barbouzes de la pègre, en passant par des journalistes en mal de scoop à sensation et de chasseurs d’opportunités politiquement douteuses, Hayat ne cédera pas.

Menaces

Pas même à Malika Oufkir qui lui fera miroiter de somptueux droits d’auteur au cas où elle se mettrait à table pour publier ses mémoires. Une offre d’autant plus alléchante que des nègres parisiens, gracieusement appointés, ou « spontanément volontaires » ne manquent pas, surtout lorsqu’il s’agit de dénigrer le Maroc. C’était carrément la bousculade émaillée de menaces physiques.
Et si, maintenant qu’elle est rentrée au pays, Hayat décide de tout déballer ? La tentation est grande parce qu’il s’agit aussi pour elle d’une libération ; d’un devoir de mémoire pour les siens et d’une obligation de vérité pour son pays. Nul doute que les Marocains en seront édifiés. Beaucoup de personnalités du monde de la politique, des affaires et des médias pourraient être éclaboussées. Au Maroc comme à l’étranger, ils sauront alors qui sont les véritables mentors de Hicham Mandari et pour qui celui-ci roule. Ils sauront également la vérité sur ce passeport diplomatique que Hicham Mandari exhibait comme un trophée dans ses multiples voyages à l’étranger. Un passeport consciencieusement falsifié au Liban où il compte des complices plutôt efficaces.
Ces mêmes mentors ont introduit Hicham Mandari auprès des services étrangers et maintenant le parrainent à coup de millions d’euros pour monter une association politique baptisée « Marocains libres ». Une appellation qui rappelle le canular « Officiers libres ».
Lorsque Hayat parlera, c’est tout un microcosme qui va trembler.

Maroc Hebdo

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