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Zakya Daoud tire des oubliettes : la mémoire militante des RME

17 décembre 2003 - 18h09 - Marocains du monde

Depuis que Zakya Daoud a quitté la défunte revue Lamalif et le Maroc avec, elle n’a cessé de le trimbaler dans ses projets d’écriture. Son accès à Paris à la Documentation française, où elle travaille à mi-temps, lui ayant facilité la tâche ardue de journaliste documentaire qu’elle affectionne tant, elle a enchaîné les projets ambitieux. Après Ben Barka, Abdelkrim, elle s’est attelée cette fois-ci à restituer la mémoire des travailleurs marocains en France, à travers "l’association laïque, démocratique et indépendante", issue d’Ilal Amam, l’ATMF.

Ayant le sens de l’hommage et de la symbolique, l’auteur entame son récit, ponctué de témoignages, à partir d’un défilé du 1er mai 2002, où la mémoire de Mehdi Ben Barka est fort présente. Une plongée est alors effectuée dans les années de militantisme, autour de la Maison du Maroc, le lien qui s’opérait alors avec le rêve de changement au Maroc, le détachement effectué envers l’approche élitiste et le rapprochement avec la classe ouvrière, délaissée par son pays et mal intégrée en terre d’accueil.

Des militants de la première heure, comme Haj Nasser, Raymond Benaïm et Rachid Smihi racontent leurs liens avec leurs frères d’armes au bercail, les premières ruptures qui s’opèrent, sur l’affaire du Sahara, et leur décision de mener leur bataille sur plusieurs fronts : droit d’intégration, droit à la biculturalité. Liés à un réseau de mouvements communistes en Europe, ces Marocains perpétuent dans la tradition française une lutte entamée dans les années 60, mais rompue par les années de plomb.

Avec l’avènement du gouvernement Youssoufi, certains de ces irréductibles militants sont venus chercher un terrain d’entente pour que les 800.000 RME soient traités à partir d’une politique homogène qui respecte leur dignité, leurs choix et leurs aspirations. Mais la discussion n’a jamais abouti. Le livre fait ainsi des va et vient entre les différentes batailles menées, des deux bords, pour les sans papiers, pour un débat maghrébin plus large, pour des causes qui cimentent la communauté, comme la cause palestinienne, ou des débats culturels qui permettent d’affronter avec suffisamment d’arguments et de conviction le déferlement ultra-nationaliste de Le Pen et consorts. Émaillé de témoignages précis, de bouts de parcours, mais aussi découpé de manière thématique, chronologiquement classé, ce livre tire de l’amnésie plusieurs pans de notre histoire qui se déroule loin géographiquement et dans la discrétion, faute de médiatisation.

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