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La constitution marocaine , l’amazigh et le tifinagh

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9 juin 2011 - 13h15 - Maroc

Il n’y a pas l’ombre de doute que les amazighen sont les premiers habitants du pays et qu’ils y sont, probablement, statistiquement majoritaires. Ne reste plus alors, après cette constatation sociolinguistique de base, qu’ à resituer le discours politique loin des libyques ou de l’ère de la Numidie. Sans chercher à écarter les fidèles des autres religions et les partisans de courants idéologiques, la société marocaine est musulmane sunnite.

Dans le n° 265 de l’hebdomadaire marocain "La Vérité" du 21 au 27 juillet 2006, dans la rubrique "Prolégomènes", on avait déjà évoqué le sens de l’amazighité politique sur laquelle il n’y a pas lieu de revenir dans le débat actuel sur la révision de la constitution. Par contre et une fois n’est pas coutume, on conseille aux plus intéressés de consulter l’étude exhaustive parue en arabe le 03 mai dernier et signée par l’ex-bâtonnier, le professeur Abderrahman Ben Ameur. Dans cette étude, politiquement neutre, l’auteur détaille le sens et les raisons de la constitutionnalisation d’une langue ainsi que les objectifs et le coût de cette constitutionnalisation tant pour un pays que pour l’ensemble de la communauté internationale.

Toute décision réfléchie devrait prendre en compte les intérêts vitaux de la nation et les objectifs stratégiques qu’un pays en voie de développement escompte atteindre dans le domaine économique et sociopolitique, dans leurs larges acceptions, qui sont aussi décisifs pour assurer la prospérité ou accentuer le retard d’une nation. C’est parce qu’au sujet d’une constitutionnalisation, le problème ne se pose pas uniquement en termes de moyens dont disposerait un Etat pour concrétiser les aspirations de ses citoyens et que, pour le Maroc, le problème réside encore moins dans l’absence de la volonté politique de l’Etat, le principal obstacle à la constitutionnalisation de l’amazighe reste, à notre sens, l’alphabet tifinagh.

La constitutionnalisation de l’amazighe aurait été plus facile si les responsables politiques, en la reconnaissant comme langue nationale, avaient opté pour sa transcription en caractères arabes. Pour le Maroc qui vit officiellement un bilinguisme boiteux, l’adoption du tifinagh dans l’enseignement de la langue amazighe est de nature à constituer un frein supplémentaire à son évolution et à ses échanges internationaux.

Dans ce sens, l’exemple de la langue arabe est très édifiant. Inscrite dans la première constitution du pays en 1962, nos institutions se trouvent souvent contraintes d’utiliser uniquement le français ou les deux langues à la fois. Non seulement l’usage du français est prédominant chez nos responsables politiques et autres élites et que l’arabe est sans gêne galvaudé, on constate que le système éducatif arabisé est incapable de booster les besoins de la société marocaine et que souvent le corps enseignant ne maîtrise pas l’outil de base de la profession. L’arabisation de l’enseignement est aussi à l’origine d’une quasi-rupture générationnelle de sorte que les parents, ayant étudié les matières scientifiques en langue française, ne peuvent venir en aide à leurs enfants ou suivre leur évolution scolaire.

Revenir sur l’adoption du tifinagh pour l’écriture de l’amazigh, chose peu probable, faciliterait la constitutionnalisation de cette langue nationale et rendrait son apprentissage accessible à tous les marocains sans sacrifier de nouvelles générations ou avantager certaines régions par rapport à d’autres . Comme il aurait été plus judicieux, en adoptant le tifinagh, d’en réserver l’initiation aux élèves du secondaire et son utilisation pour l’enseignement supérieur. Dans ce cas de figure, l’amazigh en tant que langue maternelle est consacrée dans le système éducatif et les institutions publiques et le tifinagh serait un plus pour les étudiants et les chercheurs. D’aucuns diraient que cette réflexion est tardive. Le peuple marocain dans sa diversité n’a pas été consulté pour l’adoption de cette écriture et, puisqu’on est en pleine révision de la constitution qui sera suivie par l’organisation d’un référendum, oserions-nous le consulter sur ce sujet ?

L’écriture de l’amazigh en caractères arabes permettrait à ces deux langues nationales de s’enrichir mutuellement et aux différents groupes "ethniques" qui composent la communauté nationale de perpétuer notre harmonieuse cohabitation sociale qu’on nous envie et qui est une fois et demie millénaire.

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