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Polémique autour du test d’intégration civique aux pays-Bas

2 août 2008 - 01h23 - Monde

Le très controversé “test d’intégration civique” que doivent subir les étrangers désireux de s’installer aux Pays-Bas depuis le 15 mars 2006 dans leur pays d’origine pour plus de trois mois, sera-t-il bientôt relégué au rang de fâcheux souvenir ? Probablement.

Un tribunal d’Amsterdam vient en effet de trancher en faveur d’une Marocaine qui a échoué à l’examen oral censé évaluer les connaissances du candidat à l’immigration en langue, histoire et culture néerlandaises. Il se peut que cette décision judiciaire pour le moins inattendue fasse jurisprudence et mette fin à un test jugé clairement discriminatoire à l’égard des candidats de condition socio-économique modeste issus des pays musulmans et en voie de développement en général (Maghreb, Afrique noire, Moyen-Orient, etc), ledit examen ne concernant pas les ressortissants de l’Union européenne, de Suisse, des USA, du Japon et d’Australie.

A l’instar des candidats au départ hautement qualifiés (ayant un salaire supérieur à 4500 euros mensuels), les filles au pair et les étudiants étrangers, également exemptés du fameux test. Les médias du pays des Tulipes soutiennent toutefois que l’examen en question demeurera certainement un passage obligé pour ceux qui veulent vivre aux Pays-Bas pour d’autres motifs que le mariage ou le regroupement familial (lui-même accordé uniquement aux étrangers ayant plus de 21 ans munis d’un titre de séjour et gagnant au moins 30% de plus que le revenu minimum).

Cette dernière affaire risque bien de contrarier la ministre néerlandaise de l’Intégration et de l’Immigration. Rita Verdonk, désormais connue sous le sobriquet Iron Rita, est l’initiatrice de ce test polémique, pour lequel les candidats à l’immigration doivent par ailleurs payer 350 euros au ministère des Affaires étrangères hollandais à chaque passage.

Les associations d’immigrés, les partis de gauche ainsi que les défenseurs des droits de l’Homme en Hollande ont signé là une deuxième victoire. En effet, la décision du tribunal d’Amsterdam intervient un peu plus de deux ans après que les autorités néerlandaises aient décidé de retirer du pack de préparation audit test un DVD comprenant les scènes d’une femme bronzant nue sur la plage et du flirt entre deux homosexuels.

Mais la guerre contre la xénophobie est loin d’être gagnée dans un pays comptant près de 800.000 étrangers sur un total de 16 millions d’habitants, dont 350.000 Marocains et presque autant de Turcs.

Comme l’a déjà souligné Tofik Dibi, député écologiste d’origine turque, dans le quotidien français Libération du 3 avril 2007, ces tests élémentaires de citoyenneté, imposés pareillement à tous les étrangers non européens et non naturalisés arrivés aux Pays-Bas après 1975 (soit près de 375.000 personnes) n’ont fait que mettre à nu une véritable « tragédie de l’intégration » avec un taux de réussite excédant rarement les 35%... Dans un pays où 600.000 immigrés ne parlent même pas la langue locale.

Pour d’aucuns, la fracture entre la communauté d’origine étrangère, et plus spécifiquement celle de confession musulmane, et le reste de la population est bien plus ancienne que certains ne le prétendent. L’assassinat à coup de balles et de couteau, le 2 novembre 2004, du cinéaste Théo Van Gogh par le jeune islamiste radical d’origine marocaine, Mohamed Bouyeri, pour son film Soumission, court-métrage se voulant pamphlet incendiaire contre la condition des Musulmanes, et réalisé en collaboration avec l’ex-députée d’origine somalienne Ayaan Hirsi Ali, n’a fait que raviver ce malaise intercommunautaire.

Malaise nourri de préjugés sur l’autre, eux-mêmes alimentés par un mode de vie quasi-ghettoïsé, les 600 différentes ethnies et nationalités que compte la Hollande se mêlant rarement entre elles.
Durcissement

Et, plus de 40 ans après les premières vagues de migration économique, les chiffres sont là, têtus et éloquents : le chômage touche près de 22% de la communauté marocaine, contre 6% de la population active du reste du Pays-Bas.

En outre, près de 50% des jeunes dans les établissements de redressement pour mineurs aux Pays-Bas sont issus de la communauté néerlandaise d’origine marocaine. Les autres délinquants mineurs du pays des Bataves sont, dans la plupart des cas, des enfants des minorités ethniques, dits “allochtones non occidentaux”, essentiellement des Surinamiens (ancienne Guyane hollandaise) et des Turcs. Par ailleurs, plus de la moitié des Néerlandais musulmans confient envisager sombrement leur avenir et ressentir une discrimination évidente à l’emploi et, plus récemment, un sentiment d’insécurité et de peur du fait de leur origine et de leur appartenance religieuse. Ceci alors que le gouvernement hollandais prévoit, à l’instar des autres pays membres de l’UE, de durcir davantage l’entrée dans son territoire.

Sont-ce ces raisons réunies qui ont poussé près de 2600 Marocains (et 4000 Turcs) à quitter les Pays-Bas pour la seule année 2004 et qui font chaque année chuter davantage les demandes d’asile ?

Une chose est sûre en tout cas. Avec ou sans “test civique”, l’image idyllique d’une Hollande généreuse, accueillante, multiculturelle, ouverte à tous et tolérante est sérieusement écornée. Et c’est peut-être bien là le dessein final d’une certaine Rita Verdonk et semblables...

Source : Maroc Hebdo - Mouna Izddine

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