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Enquête sur le financement des nouvelles mosquées

26 décembre 2008 - 20h13
Enquête sur le financement des nouvelles mosquées

« Aujourd’hui, les maires sont les premiers bâtisseurs de mosquées », affirme Dalil Boubakeur, un sourire aux lèvres. L’ancien président du Conseil français du culte musulman (CFCM) pense avoir contribué à l’institutionnalisation de l’islam en France. Partout des mosquées sortent de ­terre. Quelque 150 projets sont lancés. Souvent marqués par le gigantisme.

Créteil vient d’inaugurer une mosquée cathédrale qui a coûté 5 millions d’euros. Avec le soutien de l’édile PS, Laurent Cathala. « Après la volonté divine, c’est grâce au député maire que le projet a réussi » , confirme le responsable Karim Benaïssa. Un bail emphytéotique, une aide à la construction de 1 million, ainsi qu’une subvention annuelle de 100.000 euros, officiellement dirigées vers les activités culturelles : le maire a utilisé tous les moyens de financement dont il disposait. Sans enfreindre la loi de 1905, qui prévoit que la « République ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte ».

Deuxième religion de France

Imperceptiblement, en cinq ans, les élus locaux sont passés de la prudence, voire de la méfiance envers l’islam, à l’adoubement. Certes, des réticences persistent, ici et là, « mais cela s’améliore à vive allure », confirme le président du CFCM, Mohammed Moussaoui. Les maires s’impliquent, avec parfois la volonté de mieux contrôler, mais aussi de récolter des voix qui pèsent désormais sur des scrutins serrés. Avec l’explosion des prix du foncier, l’octroi d’un terrain municipal se révèle décisif. Le bail emphytéotique est devenu l’outil principal du maire, même si les tribunaux administratifs sanctionnent parfois des loyers trop faibles, perçus comme un financement explicite du culte. Ce fut d’ailleurs le cas à Marseille ou Montreuil.

Depuis, les dispositifs s’affinent. Les mairies utilisent de surcroît les activités culturelles de la mosquée, parfois un simple salon de thé, pour verser des subventions. Au total, les pouvoirs publics contribueraient ainsi à 30% du financement des lieux de culte, selon une estimation du ministère de l’Intérieur.

Par le passé, la puissance publique s’était déjà arrangée avec la loi de 1905 pour faire face, par exemple, à l’arrivée des rapatriés d’Algérie. Avec l’islam, ces petits arrangements se sont amplifiés et politisés. Nicolas Sarkozy avait souhaité un temps modifier la loi, pour permettre un « rattrapage ». Et accompagner la mutation de l’islam, devenu la « deuxième religion de France ». Si la pratique ne concerne que 20% des familles musulmanes, la prégnance religieuse est beaucoup plus large. Le ramadan n’a jamais suscité autant d’adeptes, tout comme le halal et même le port du foulard. Les jours de fête, les salles de prière débordent de croyants agenouillés, qui prient sur la voie publique.

Cette image alimente les ­spéculations sur le nombre de lieux de culte manquant. « Il faut passer des 2000 actuels à 4000 », assure ainsi le CFCM. Des ­maires participent à cette ­surenchère, quelle que soit leur étiquette ­politique.

Grandes fortunes du Golfe

Chaque grande ville prépare sa grande mosquée, à coups de millions d’euros. Et le mouvement s’étend à des zones moins urbaines. Des dizaines de projets, bloqués, faute de fonds ou perdus dans les méandres des autorisations administratives, sont maintenant relancés… Car depuis la création du CFCM en 2003 et malgré ses défaillances, le statut de l’islam dans la République se banalise doucement. D’autant que le financement étranger s’est réduit. Si les principaux pays d’origine - Algérie, Maroc, Turquie - contribuent toujours à l’édification des lieux de culte, ou envoient des imams, les monarchies du Golfe sont devenues plus parcimonieuses.

Depuis le 11 septembre 2001, l’Arabie saoudite a vu certains de ses dons bloqués par Tracfin, la structure du ministère de l’Économie qui surveille les flux financiers. L’aide passe désormais aussi par les grandes fortunes du Golfe, affirme le responsable des Cahiers de l’Orient, Antoine Sfeir.

Au total, ces fonds représenteraient toujours près de 50%. « Sans que l’on puisse parler d’ingérence, car en réalité, les financements ne conditionnent pas l’idéologie », assure l’expert. « Plus l’islam s’officialise, plus il est modéré », confirment les policiers. C’est le pari pris par les maires.

Face à cette triple source de financement - pouvoirs publics, donateurs étrangers et collecte auprès des fidèles - Dalil Boubakeur met désormais en garde contre le gigantisme : « Une ­grande mosquée, c’est un gouffre financier. » « On compte d’ailleurs assez de lieux de prière aujourd’hui, confie-t-on au Bureau des cultes . Ce qu’il faut, c’est une amélioration des structures de proximité, plus que des mosquées gigantesques, dont on constatera dans dix ans qu’elles sont impossibles à entretenir. » À moins que les maires n’y contribuent.

Source : Le Figaro - Cécilia Gabizon



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