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Pourquoi l’investissement ne décolle pas au Maroc

20 juin 2007 - 10h01
Pourquoi l'investissement ne décolle pas au Maroc

Le Maroc dispose d’une épargne qui dépasse les besoins de l’investissement, mais cette épargne, trop liquide, serait peu adaptée à l’investissement. Une étude de la BEI préconise de développer des produits à maturité longue.

Augmenter le niveau de croissance au Maroc pour faire face aux défis du chômage et de la pauvreté suppose une intensification des investissements, lesquels investissements nécessitent une plus grande mobilisation de l’épargne. C’est autour de cette problématique que la Banque européenne d’investissement (BEI) a centré une étude, qu’elle vient de rendre publique, sur La promotion de l’épargne privée à long terme au Maroc.

Pour la BEI, le Maroc a certes initié, depuis les années 1990, « un important programme » de réforme de son système financier, mais, celui-ci, juge-t-elle, n’a pas encore permis de capter suffisamment d’épargne, surtout de maturité longue, à même de favoriser le financement désintermédié (donc non bancaire) des entreprises. La BEI énumère plusieurs raisons à cela : la faiblesse du niveau de bancarisation, qui serait de l’ordre de 25%, l’insuffisance du volume des valeurs mobilières offertes en Bourse, en particulier les obligations privées, l’absence de cadre réglementaire et incitatif pour des produits d’épargne individuelle comme les plans d’épargne actions ou retraite et, last but not least, l’abondance de liquidités bancaires, rendant sans intérêt le financement sur le marché des capitaux.

L’épargne financière couvre 91% des investissements

Pourtant, l’épargne au Maroc augmente d’une année à l’autre et les derniers chiffres de la comptabilité nationale situent le niveau de l’épargne à 31,9% du PIB en 2006, dépassant de 3,2 points le taux d’investissement (28,7% du PIB). Question : le Maroc a-t-il réalisé tous les investissements dont il a besoin pour dégager une telle capacité de financement ? La BEI reconnaît que, par rapport à la demande d’investissement actuelle, l’épargne existante est suffisante. Entre 2000 et 2005, l’épargne financière est passée de 35 à 84% de l’épargne nationale, couvrant ainsi 91% des investissements.

Sauf que - et c’est là que réside le problème, selon la BEI - cette épargne financière est « essentiellement liquide » : plus de 70% de cette épargne financière est constituée d’avoirs liquides et de placements à court terme. Ce sont donc essentiellement les banques qui en profitent car, avec les dépôts à vue, qui représentent 70% des avoirs liquides, elles disposent de ressources gratuites. Le Trésor aussi a tiré profit de cette liquidité du marché en se finançant à des taux nettement plus bas que ceux qu’il aurait obtenus sur les marchés extérieurs - la baisse des taux ayant été favorisée, justement, par la surliquidité du marché intérieur.

Par ailleurs, l’amélioration, depuis 2001, de l’épargne nationale résulte en fait de la hausse des transferts des MRE (Marocains résidents à l’étranger) : alors que l’épargne intérieure n’a progressé que de 1,2 point entre 2000 et 2005, l’épargne extérieure, elle, a doublé sur la même période.

Au total, si le Maroc veut augmenter le niveau de ses investissements afin d’accélérer son rythme de croissance, ou même seulement de maintenir celle-ci à un niveau moyen de 6 %, il a intérêt, considère la BEI, à développer l’épargne longue, à défaut de quoi il sera contraint de recourir au financement extérieur. Cette épargne longue se décline en produits identifiés.

C’est une évidence, la transformation de l’épargne actuelle, trop liquide, en une épargne longue, plus favorable à l’investissement - moyennant des encouragements fiscaux à mettre en place - ne peut être que souhaitable. Seulement voilà : la croissance marocaine, jugée encore faible, est-elle réellement contrainte par des facteurs liés au financement ? Il semble bien que non. Dans une étude sur le climat des affaires au Maroc (voir La Vie éco du 10 février 2006), la Banque mondiale estimait en effet qu’« il existe des preuves incontestables que la faible croissance du Maroc ne résulte pas des contraintes de financement ». Parmi ces preuves, selon la Banque mondiale, le fait que « seulement une petite partie des PME n’avait pas accès au crédit bancaire ».

D’où cette conclusion : « l’économie, en somme, dispose d’une épargne suffisante accessible à la majorité des entreprises à de faibles taux d’intérêt et en mesure de soutenir l’accélération de la croissance ».

Le taux de rotation des dépôts à vue ne dépasse pas 10%

Par ailleurs, l’idée selon laquelle l’épargne trop liquide du Maroc ne favorise pas l’investissement mérite peut-être d’être nuancée. Un indicateur : le taux de rotation des dépôts à vue (qui constituent 70% des avoirs liquides) ne dépasse pas 10%. Ce qui laisse penser que cette épargne liquide n’est pas si liquide que cela. D’où cette interrogation : si l’argent est à ce point disponible, qu’est-ce qui manque au Maroc pour que l’investissement devienne plus intensif ?

Jalal Houti, un des rédacteurs du rapport de la BEI, n’est pas de cet avis. D’abord, pour lui, même si le taux de rotation des dépôts à vue est en effet faible, il suffit qu’il y ait un rush sur les banques, pour une raison ou une autre, pour que le système accuse le coup. Bien sûr, il s’agit d’un risque qui approche du zéro, mais il faut le prendre en compte. D’autre part, ajoute-t-il, le financement par le crédit bancaire n’est pas le meilleur moyen pour investir.

Les banques demandent des garanties et seulement les grandes entreprises peuvent les fournir. « Pour qu’une entreprise puisse être créée, ou seulement retrouver un second souffle lorsqu’elle existe, elle a besoin non pas de crédits bancaires mais d’investisseurs qui viennent participer par leurs fonds dans l’entreprise », estime Jalal Houti. D’où, conclut-il, la nécessité de développer les produits d’épargne longue

La vie éco - Salah Agueniou

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