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Il y a vingt ans, la "marche des beurs"

3 décembre 2003 - 12h20
Il y a vingt ans, la "marche des beurs"

Le 3 décembre 1983, quelques dizaines de "beurs" partis de Marseille et des dizaines de milliers d’autres qui les avaient rejoints arrivaient à Paris dans la liesse et l’espoir, vite retombés, d’une reconnaissance de leur identité et de leur volonté d’intégration.

La marche des beurs (arabe en verlan) reste dans les mémoires et dans l’histoire de l’immigration comme le premier "coup de gueule" des jeunes de banlieues de la deuxième génération d’immigrés. Mais ce formidable élan n’a été qu’un feu de paille.

1983, une année rude pour les immigrés : l’extrême-droite a fait une poussée spectaculaire aux municipales et la liste des jeunes Maghrébins tués dans des cités est particulièrement longue. Théâtre deux ans plus tôt des premiers rodéos et émeutes de banlieues, le quartier des Minguettes à Vénissieux (Rhône) connaît un nouveau drame : le jeune Toumi Djaïda est blessé par un policier. C’est lui qui, avec le père Christian Delorme, le "curé des Minguettes", a l’idée d’une "longue marche", inspirée de Gandhi et Martin Luther King.

Ils sont trente-deux à prendre le départ le 15 octobre à Marseille, une seule personne les accueille à Salon-de-Provence, mais ils sont mille à Lyon, et, après 1.300 km, près de 100.000 de la Bastille à Montparnasse derrière le slogan "vivre ensemble, avec nos différences, dans une société solidaire".

Les partis de gauche ont appelé leurs militants à rejoindre les marcheurs. Quelque soixante-dix associations, partis politiques et organisations syndicales ont apporté leur soutien. Des comités de soutien se sont créés dans toute la France, qui ont récolté des dons pour financer hébergement et repas.

Pendant la marche, dont un des slogans est "Rengainez, on arrive", les marcheurs apprennent coup sur coup la mort d’un Algérien, jeté d’un train après avoir été torturé par des candidats légionnaires, le meurtre d’un Maghrébin de 17 ans, tué par balles aux Minguettes, et d’autres incidents, toujours aux Minguettes.

Leurs revendications : le droit de vote pour les immigrés et la carte de séjour de dix ans. Le président François Mitterrand, qui a écouté huit d’entre les marcheurs à leur arrivée à Paris pendant trois quarts d’heure, leur octroie la carte de séjour de dix ans mais se contente de leur dire que le droit de vote pour les étragners est "une de ses préoccupations".

Les marcheurs ne parviendront pas à mettre en place le mouvement national qu’ils souhaitaient, mais ils auront fait prendre conscience à la France de la réalité des discriminations envers une génération en majorité française.

Des mouvements et associations nés dans les cités dans les années qui ont suivi se sont revendiqués de leur héritage, du mouvement anti-raciste SOS-Racisme aux centaines d’initiatives, associations de quartier, groupes de théâtre, radios locales, clubs de sport, nées dans les cités. Vingt ans après, en février-mars 2003, une autre marche a parcouru la France, celle des femmes de cités "ni ####s, ni soumises", qui a dénoncé les violences faites aux femmes de banlieue.

Mais la marche des beurs n’a en rien freiné la crise des banlieues. "Les marcheurs fredonnaient +Douce France+ de Charles Trenet qu’avait reprise à sa façon le groupe de rock +beur et lyonnais+ Carte de séjour, mais plus les années passèrent et moins cette France se révéla douce pour eux", constate le père Christian Delorme dans "Générations Beurs".

AFP

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