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Une Marocaine députée au Québec depuis 1994

28 mai 2008 - 23h14
Une Marocaine députée au Québec depuis 1994

Fatima Houda Pépin est un exemple d’intégration en Amérique du Nord. Partie au Canada en 1976 pour des études de sciences politiques, elle fait le choix de rester dans ce pays et de s’engager dans la politique. Elle va connaître un destin peu commun en tant qu’immigrée.

Aujourd’hui, cette figure connue du Parti libéral du Québec est une élue de la circonscription de La Pinière et siège à l’Assemblée nationale du Québec. On ne peut pas dire que son ascension soit due à un hasard ou à un quelconque événement conjoncturel puisqu’elle a été réélue durant trois législatures depuis 1994.

L’étonnante trajectoire de Fatima Houda Pépin commence à Meknès où elle est née en 1951 dans une famille moyenne de cinq enfants dont elle est la troisième. C’est dans la cité ismaélienne qu’elle fait ses études primaires, mais c’est au lycée Al Khansa de Casablanca qu’elle obtient un baccalauréat commercial, en 1972. Elle entame alors des études supérieures à l’université Mohammed V de Rabat avant de s’envoler pour le Canada.

Arrivée dans ce pays, elle s’inscrit d’abord à l’université Laval puis à l’université d’Ottawa où elle obtient sa maîtrise en relations internationales, en 1977. Mais c’est à Montréal qu’elle s’inscrit pour son doctorat qu’elle décrochera en 1982. Entretemps, en 1981, Fatima Houda Pépin a passé avec succès une maîtrise en bibliothéconomie-sciences de l’information en 1982, à l’Université McGill de la même ville.

Elle commence sa vie active comme consultante

Tout naturellement, en tant qu’immigrée, elle commence alors à s’intéresser aux questions interculturelles et à l’immigration. C’est en qualité de consultante que la ville du Québec et des entreprises vont la solliciter pour son expertise. Elle travaille également pour le gouvernement fédéral tout en assurant des cours à l’université du Québec, à Montréal.

Comment en est-elle venue à l’engagement politique ? Celle qui voulait être « écrivaine » durant son adolescence, raconte avec attendrissement, et dans un français fleurant bon l’accent spécial de cette province canadienne qui l’a adoptée, son changement de trajectoire. Cela n’a pas été facile parce qu’il a fallu faire avec les contraintes de sa famille, de ses enfants en bas âge à l’époque.

Et c’est au moment du débat et du référendum sur l’autonomie du Québec - auquel elle n’était d’ailleurs pas favorable - qu’elle plonge dans le monde de la politique quand, en 1994, le parti auquel elle adhère lui propose une circonscription. Elle a tellement hésité qu’elle est la dernière à se déclarer sur les 125 candidats en lice pour le parti libéral du Québec. Ce ne fut pas facile car, à La Pinière, qui compte 75 000 habitants, il y a pas moins de 70 communautés.

Mais comme le débat sur la défense des droits des minorités la passionne, elle se retrouve dans son élément. Mais, tout en étant disparates, les communautés de sa circonscription se retrouvent autour des besoins de la ville : questions sociales, problèmes des parents en matière de crèches que le gouvernement finance en grande partie, questions de santé... Ce qui rend la tâche moins ardue. Elle sera élue haut la main.

Une ambassadrice spéciale du Maroc au Canada

Depuis, madame la députée doit faire preuve de tact et d’une capacité d’écoute hors pair, s’adaptant à toutes les situations et gérant toutes sortes de problèmes. Elle a des journées longues et harassantes, même si les députés dans son pays ont des budgets pour déléguer une partie du traitement des dossiers régionaux ou même du suivi de la gestion de problèmes spécifiques.

C’est qu’il faut s’organiser pour assister aux séances du Parlement. Sa botte secrète : « Réserver beaucoup de temps à rencontrer et écouter ceux et celles qui m’ont élue me prend énormément de temps, mais je sais que, sans cela, je ne pourrais pas aller au fond de leurs attentes ».

Quand on évoque avec elle l’attractivité qu’exercent l’Europe et l’Amérique du Nord, notamment, sur les jeunes Marocains et Africains en général, la députée énonce un point de vue très lucide sur la question : « De tout temps, l’être humain a rêvé d’une vie meilleure.

Cela peut s’expliquer par des raisons de nécessité et l’arrivée des Irlandais au Canada dans les périodes de famine dans les années 1800 est un exemple parmi tant d’autres. Aujourd’hui, on ne peut pas imaginer que des flux humains aussi importants soient possibles. Européens et Américains devraient travailler dans le sens du financement d’actions de nature à ouvrir des horizons de création de richesse dans l’environnement immédiat des candidats à l’émigration ».

Fatima Houda Pépin a aussi entendu parler des sit-in des diplômés chômeurs devant le Parlement marocain. Selon elle, il ne faut pas croire que le chômage des personnes surdiplômées soit un phénomène africain ou marocain. Elle explique que ce problème touche également des pays riches comme le Canada, sauf que les diplômés chômeurs ne protestent pas pour obtenir un emploi dans l’administration, mais pour qu’il y ait un débat sur la question.

En fait, explique la députée canadienne, dans les pays riches, un diplôme ne trouve sa pleine valorisation que s’il s’appuie sur une expérience professionnelle. Et, le plus souvent, explique-t-elle, un docteur en chimie va accepter un travail de technicien pour pouvoir mieux s’intégrer en milieu professionnel. Parmi les solutions d’accompagnement, le gouvernement canadien a mis en place une procédure de financement de stages ou de cursus courts, allant de 6 mois à une année, pour des formations connexes ou complémentaires.

Peut-être une issue pour le Maroc auquel Fatima Houda Pépin dit être encore très attachée. « Même si j’y vais de moins en moins, je garde des liens très forts avec mon pays d’origine, ma famille et mes amis. Récemment, le 14 mai, j’ai organisé, avec l’ambassade du Maroc, le premier dîner gastronomique marocain pour le 400e anniversaire du Parlement du Canada. Et pour la quasi-totalité des députés, ce fut la première occasion de faire connaissance avec le Maroc ». Une belle preuve de fidélité.

Source : La vie éco - Mohamed El Maâroufi



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