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A l’heure du ramadan, les ménages marocains ne sont pas à la fête

1er septembre 2008 - 17h55
A l'heure du ramadan, les ménages marocains ne sont pas à la fête

Pas de ramadan sans harira. Alors, dans les rayons de cette grande surface à la périphérie de Casablanca, pois chiches, lentilles et tomates, ingrédients de la traditionnelle soupe marocaine marquant la rupture du jeûne, sont observés à la loupe. Les gondoles du supermarché ont beau afficher des promotions, les denrées de base de ce plat national ont « pris quelques dirhams », note Ahmed. « Le kilo de lentille a augmenté ce mois-ci de 3 dirhams, les pois chiches de 1 dirham et le prix des tomates ne va pas tarder à s’envoler », s’inquiète un fonctionnaire.

Dans l’allée centrale, les chariots se bousculent devant les montagnes de pots de miel et de packs de lait, dont la consommation double durant le mois sacré, qui commence demain en France. « Tout est de plus en plus cher », soupire une vieille femme en chargeant son chariot. Farine, sucre, gaz, essence à la pompe… Cette année pourtant, les prix des produits de base ont pu être contenus grâce à un coûteux dispositif public de soutien des prix, amenant l’Etat à dépenser 40 milliards de dirhams - un montant multiplié par dix en quatre ans - pour compenser la hausse des cours et maintenir l’inflation sous la barre des 4 %. Dans un pays où le revenu moyen annuel ne dépasse pas les 20 000 dirhams (2 000 euros), toute variation de prix, même minime, a des incidences. « Avant, avec 200 dirhams, je faisais mon marché pour la semaine en fruits et légumes, aujourd’hui il me faut 50 dirhams de plus. Le gouvernement a beau dire que l’inflation est maîtrisée, mon portefeuille me dit le contraire », peste ce comptable.

Vedette. Depuis un an, dans tout le pays, la cherté de la vie a entraîné de nombreuses manifestations. C’est d’abord le fruit d’un mécontentement social alimenté par la frustration des classes moyennes, peu touchées par l’embellie de l’économie marocaine qui, depuis trois ans, profite surtout aux plus aisés. Dans ce contexte tendu, le ramadan et son corollaire, une hausse des prix imputable à la forte demande en produits alimentaires, risque d’alimenter la grogne.

D’autant que cette année, le calendrier fait coïncider mois sacré et rentrée scolaire. Dans l’imposante allée centrale de la grande surface, les piles de cahiers ont volé la vedette aux traditionnels monticules de dattes et autres fruits secs relégués au fond du magasin. Car entre produits alimentaires et liste des fournitures scolaires, l’arbitrage risque de se faire « au détriment des cahiers et des cartables », glisse, ironique, un chef de rayon. Penché sur les bacs où s’empilent feutres et stylos, un père de famille compare les prix. Frais d’inscriptions, manuels scolaires, fournitures… l’addition est lourde. A la fin du mois, la moitié du salaire de cet enseignant passera dans la scolarité de ses enfants, tous deux inscrits dans le privé. « Le gouvernement nous parle de croissance mais les services publics comme l’école se délabrent chaque année davantage. Résultat, même les familles modestes optent pour le privé, même si cela pèse de plus en plus lourd dans le budget. » Pour faire face aux dépenses du ramadan et de la rentrée, ce jeune trentenaire a eu recours au crédit.

Déficits. Cette année, les sociétés de crédit se sont adaptées. Dans le hall du centre commercial, sur les panneaux publicitaires, les offres de « rentrée » proposent un prêt de 20 000 dirhams avec des remboursements étalés sur « 84 mois », contre 36 l’an passé.

Une surenchère malgré la mise en garde, en juin, de la banque centrale marocaine qui, pour la première fois, avait tiré la sonnette d’alarme dans son rapport annuel face à l’endettement croissant des petits salariés et des fonctionnaires. Pour l’heure, la priorité est à la stabilité des rues, quitte à accentuer les déficits privés et publics. En juillet, anticipant sur la difficile rentrée, le gouvernement a rallongé de 14 milliards de dirhams le budget alloué au maintien des prix à la consommation des denrées de base, reportant la réforme, annoncée en janvier, de ce mécanisme de subvention généralisée des prix, qui devrait coûter cette année 3,3 % du PIB. Une fuite en avant jugée difficilement tenable par nombre d’observateurs, Banque mondiale et FMI en tête.

Source : Libération - Nadia Hachimi



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