>

Bouchaïb Hafid, persécuté par la police parce qu’il a dénoncé la corruption

9 novembre 2007 - 12h36
Bouchaïb Hafid, persécuté par la police parce qu'il a dénoncé la corruption

Bouchaïb Hafid, homme d’affaires marocain de 45 ans, a cherché refuge au Canada avec sa famille parce qu’il se disait persécuté par la police, dont il dénonçait la corruption. Sa demande d’asile a été rejetée. En septembre 2003, un agent d’Immigration Canada chargé de l’examen des risques avant renvoi a estimé qu’il ne courait pas de risque à être expulsé, ce qui a été fait deux mois plus tard.

À sa descente d’avion à l’aéroport de Casablanca, M. Hafid a été immédiatement arrêté et jeté en prison. Au cours d’un entretien au téléphone cette semaine, sa femme Saadia a dit que des hommes ont attaché les mains de son mari dans le dos et l’ont frappé avec une corde. Peu après leur retour forcé, la fille du couple, alors âgée de 16 ans, a été violée par trois hommes, a-t-elle ajouté.

« Nous ne savons pas qui étaient les violeurs, mais nous avons la certitude que ce viol a été organisé par des policiers de Casablanca, a dit Mme Hafid, jointe dans la nouvelle résidence de la famille, dans une petite ville du sud du pays, aux limites du Sahara. Elle est tombée enceinte, a eu son bébé, mais comme il n’a pas de père, nous ne réussissons pas à lui procurer un état civil. »

Le troisième enfant du couple est né au Canada. Il a donc la citoyenneté canadienne, mais, selon sa mère, il ne peut pas non plus être inscrit sur les registres d’état civil du Maroc. Par conséquent, il ne peut pas aller à l’école. Le père est resté en prison pendant un an. (Nous avons parlé à sa femme parce qu’elle parle bien le français, contrairement à lui.)

Concluant qu’il n’y avait pas de risque de l’expulser du Canada, l’agent d’Immigration Canada avait écrit dans son rapport qu’on pouvait se permettre « de croire à la protection de l’État (marocain) », notamment parce que le roi Mohammed VI était déjà « intervenu personnellement pour redresser des torts pour des personnes qui furent, entre autres, expulsées injustement du pays » et parce qu’il avait créé une commission pour « dédommager financièrement les victimes de détentions illégales prolongées ».

L’avocat des Hafid, Me Stewart Istvanffy, affirme que l’histoire de la famille est scandaleuse et révèle la violation des engagements internationaux du Canada envers les personnes victimes de persécution et qui cherchent refuge dans notre pays. « Le dossier de M. Hafid était très solide, dit-il. Son témoignage était appuyé par plusieurs personnes, et notamment par des journalistes qui avaient dénoncé les persécutions dont il avait été victime au Maroc. »

M. Hafid avait créé une entreprise pour importer des machines à laver commerciales depuis les États-Unis. Un commandant de la police de Casablanca l’a obligé à le prendre comme associé. Alors que M. Hafid se trouvait en Californie, ce commandant a signé des chèques sans provision au nom de l’entreprise. À son retour au Maroc, M. Hafid a été jeté en prison pour fraude. Il y est resté un an et demi. Quand il en est sorti, il a reçu des menaces. C’est alors qu’il a décidé de fuir son pays et de se réfugier au Canada. Son histoire a en effet été relatée dans les journaux marocains.

Me Istvanffy connaît d’autres cas de personnes qui ont cherché à se réfugier au Canada, mais qui ont été renvoyées chez elles et arrêtées dans leur pays. La plupart demandent de taire leur nom, par peur des représailles. C’est le cas d’un jeune sikh renvoyé en Inde en octobre 2004. Dès son arrivée à New Delhi, il a été jeté en prison où, selon son beau-frère, il aurait été battu.

Me Istvanffy a perdu la trace d’un Pakistanais, proche du parti d’opposition Pakistan People’s Party, qui a été expulsé il y a environ deux mois. Il a entendu dire que sa famille avait été menacée et qu’il se cache quelque part. Maintenant, l’avocat craint le pire pour d’autres étrangers qui se sont vu refuser le statut de réfugié et qui ont reçu des avis d’expulsion, comme Félicien Ngankoy, sa femme et ses deux enfants qui doivent être renvoyés au Congo le 5 décembre.

La Presse - André Noël

- Par: Bladi.net


Ces articles peuvent vous intéresser
Cinq milliardaires marocains dans le classement UBSCinq milliardaires marocains dans le classement UBS
Le Maroc compte 5 milliardaires en dollars d’après le dernier classement publié par le cabinet de recherche singapourien Wealth-X, en collaboration...
Le Roi Juan Carlos aurait passé plusieurs semaines à Tanger avec sa maitresseLe Roi Juan Carlos aurait passé plusieurs semaines à Tanger avec sa maitresse
Un divorce royal devrait être annoncé dans les semaines à venir. C’est la presse italienne qui fait état de la prochaine officialisation du divorce de...
Un avion avec une patiente atteinte d'Ebola empêché d'atterrir au MarocUn avion avec une patiente atteinte d’Ebola empêché d’atterrir au Maroc
Le Maroc a refusé catégoriquement l’atterrissage sur son sol d’un avion transportant une patiente norvégienne atteinte du virus...
Royal Air Maroc lance l'un des vols les plus courts au mondeRoyal Air Maroc lance l’un des vols les plus courts au monde
La compagnie nationale marocaine Royal Air Maroc lancera à partir du 29 mars prochain une liaison entre Tanger et Gibraltar, soit l’un des trajets...
Les Marocains parlent de leur sexualitéLes Marocains parlent de leur sexualité
Un sondage réalisé par le HuffPost Maroc révèle les rapports qu’entretiennent les Marocains avec leur sexualité. Ils sont étonnants, découvrons les...
Pas de liberté provisoire pour Ali Dinia, 78 ans, et victime d'un accidentPas de liberté provisoire pour Ali Dinia, 78 ans, et victime d’un accident
Il n’y aura pas de liberté provisoire pour Ali Dinia, victime d’un accident de la route causé par un camion le mois dernier et qui a fait une...


Les rubriques de Bladi.net

MarocSport Marocains du mondeMondeSociétéPhotos du MarocRecettes de cuisine marocaine

Bladi.net

Qui sommes-nous?
Notre équipe
Charte de confidentialité
ContactPublicité
› Bladi.net c'est aussi Bladna.nl pour les néerlandophones
› Bladi.net : 2002 - 2014