L'Espagne appelle les émigrés Marocains L’Espagne appelle les émigrés Marocains

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L’Espagne appelle les émigrés Marocains

2 février 2007 L'Espagne appelle les émigrés Marocains

Longtemps considérée par les Marocains comme un point de transit, l’Espagne, est devenue pays d’immigration. Ils y constituent désormais la première communauté étrangère. “L’économie espagnole aura besoin en 2007 de quelque 200.000 travailleurs étrangers pour couvrir les offres sur le marché de l’emploi”.

C’est ce qu’a affirmé, vendredi 19 janvier, le ministre espagnol du Travail et des Affaires sociales, Jesus Caldera, en marge d’une réunion européenne à Berlin. Pour les jeunes Marocains et Marocaines caressant le rêve européen, ce sont de belles opportunités qui s’offrent à eux, encouragés par la volonté du gouvernement espagnol de les intégrer légalement au marché de l’emploi et en conformité avec le modèle européen.

Déjà, les premiers convois de la main d’œuvre marocaine commencent à s’organier depuis le début de l’année vers le pays ibérique qui les reçoit à bras ouverts pour participer aux opérations de récolte de la fraise. Un secteur qui emploie, aujourd’hui, beaucoup de femmes marocaines réputées pour leur sérieux et leur dévouement dans le travail. Seul hic : l’emploi est saisonnier et ne peut durer que quelques mois. Mais elles sont relativement bien payées et retournent souvent au Maroc avec une petite fortune amassée à coups de longues journées de travail.

L’Espagne qui, jusqu’à une date récente, était un pays d’émigration (le pays compte encore environ 2,5 millions de résidents à l’étranger), ne constituait guère une destination privilégiée pour les Marocains, mais plutôt un pays de transit, voire une étape devant conduire vers les pays d’accueil traditionnels comme la France. La décennie 90 marque alors un tournant dans l’histoire migratoire de l’Espagne, devenue une terre d’immigration par excellence. À partir de 1991, le solde migratoire en Espagne est devenu constamment positif. La relance économique de l’Espagne et son adhésion à l’Union européenne dans les années 80 ont suscité une demande accrue de main d’œuvre, d’où l’afflux important de migrants au cours de la dernière décennie.

Aujourd’hui, l’Espagne compte près de quatre millions d’étrangers, soit 8,5% de la population, plus que la France, où la proportion est de 8%. Dans cette population étrangère, les Marocains sont les plus nombreux. Cette forte présence met en évidence l’enjeu que représente cette communauté dans les relations entre le Maroc et l’Espagne. En janvier 2006, les Marocains, au nombre de 600.000, représentent en Espagne la première communauté étrangère avec 13,7%, suivis des Equatoriens avec 500.000, les Roumains (300.000) et les Colombiens (200.000). Les Marocains en situation régulière, qui ne représentaient que 5.800 personnes en 1985, ont vu leur nombre augmenter rapidement pour atteindre 400.000 en 2003 et 500.000 en 2005. L’effectif des Marocains a ainsi augmenté plus de 87 fois en l’espace de 20 ans. Ils sont, en effet, hommes et femmes à émigrer vers l’Espagne, mais un examen récent de leur répartition par sexe révèle une féminisation progressive. Celle-ci avait commencé timidement lors de la première régularisation de 1986, en grande partie en liaison avec le regroupement familial, qui a surtout bénéficié aux premiers immigrés marocains en Espagne, dont une bonne partie a profité de cette occasion pour régulariser leur situation et faire venir leurs familles. Les femmes de cette première vague étaient relativement âgées, femmes au foyer, profil qui contraste avec celui des régularisations ultérieures impliquant des femmes plus jeunes et indépendantes. Un autre phénomène qui caractérise aujourd’hui la structure par âge des Marocains en Espagne se manifeste sensiblement dans le rajeunissement de cette communauté. Ainsi, en 2005, environ 85% des Marocains avaient moins de 45 ans, dont 54% avaient entre 26 et 45 ans, 18% avaient entre 17 et 25 ans et 12% avaient moins de 16 ans. En revanche, la proportion des personnes âgées de 46-65 ans n’est que de 10,2%. Cette faiblesse de la proportion des personnes âgées est liée sans doute au caractère relativement récent de l’immigration marocaine en Espagne. Parallèlement à la croissance soutenue de la communauté marocaine en Espagne, sa répartition régionale s’est diversifiée, même si quatre régions restent les pôles les plus attractifs pour cette communauté : la Catalogne, où résident plus du tiers des Marocains, constitue de toute évidence l’espace prédominant, suivie par Madrid, qui occupe la seconde position (14%) et de l’Andalousie (13,5%).

La présence des Marocains dans les Îles Baléares et les Canaries est relativement importante. Tandis que l’attraction des autres régions telles que la Castille, Léon ou le pays basque reste très modérée dans l’ensemble. Le poids de l’Andalousie s’est beaucoup renforcé, du fait de sa position comme porte d’entrée en Espagne où débarquent la majorité des immigrés clandestins, mais aussi en raison du type d’insertion de la force de travail marocaine sur le marché de l’emploi espagnol, de l’importance de l’économie souterraine dans la région et de l’explosion depuis les années 80 de l’activité touristique.

Dans l’ensemble, et hormis la capitale, l’essentiel de la population marocaine en Espagne est localisé dans les régions méditerranéennes du pays. Si des considérations d’ordre économique justifient une telle répartition géographique, d’autres facteurs, à caractère historique et culturel doivent être pris en considération dans l’explication du phénomène. Les présides de Sebta et Melilia, eu égard à leur statut particulier, constituent des lieux de déploiement pour les Marocains résidant en Espagne. Mais, qu’elle soit légale ou illégale, temporaire ou permanente, la migration marocaine en Espagne est désormais une donnée structurelle tant au niveau économique qu’au plan socioculturel, dans la mesure où elle touche différentes régions du Maroc, villes et campagnes, à des degrés plus ou moins intenses. Traditionnellement, le Nord du Maroc, qui correspond à l’ex-zone du protectorat espagnol, constituait le principal foyer d’émigration marocaine à destination de l’Espagne. Il s’agit de la région de Jebala couvrant les provinces de Tétouan, Tanger, Chaoun, Larache et le Rif avec ses deux provinces : Nador et Al-Hoceima. Mais, à partir des années 1980, deux nouveaux foyers apparaissent : Casablanca et Rabat Salé. Motivés par le désir de bien gagner leur vie dans un pays européen qui dispose désormais d’une économie à forte croissance, ces Marocains se partagent entre le travail salarié et le travail indépendant.

Pour le premier, rappelons que l’Espagne octroie aux étrangers un permis de travail conditionné par la situation de l’emploi des Espagnols. Ces permis de travail ne sont en effet délivrés que pour les emplois dans des activités où il existe un besoin en force de travail ou qui sont refusés par la main d’œuvre espagnole. En général, les secteurs d’activité qui recrutent les Marocains sont : l’agriculture, avec près de 37%, les services (35%), la construction (15,5%), et l’industrie (8%). Pour les indépendants, c’est-à-dire, ceux qui choisissent l’entreprenariat, ils sont encore faibles : seulement 4% de la communauté marocaine en Espagne. Mais leur contribution dans les transferts d’argent vers le Maroc est importante. D’une manière générale, les Marocains résidents en Espagne ont transféré vers leur pays d’origine la somme de 50 milliards de dirhams en 2006. Un montant considérable, dont l’économie marocaine profitera certainement, surtout dans le secteur immobilier où les Marocains de l’étranger investissent le plus.

Maroc Hebdo - Aissa Amourag



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