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Les promesses de l’offshoring : Le nouvel eldorado ?

27 avril 2007 - 14h42
Les promesses de l'offshoring : Le nouvel eldorado ?

Face à l’Inde et à la Chine qui se taillent la part du lion, le Maroc se bat pour avoir une place dans la toile de l’offshoring. Dans sa manche, des atouts de taille : proximité, exonération, aide à la formation mais aussi des lacunes côté formation, lenteurs administratives…un des projets stratégiques du Maroc. Un chantier de 50 hectares à cinq kilomètres du centre-ville de Casablanca. 40 000 mètres carrés de bureaux auront été livrés d’ici fin 2007.

un des projets stratégiques du Maroc. Un chantier de 50 hectares à cinq kilomètres du centre-ville de Casablanca. 40 000 mètres carrés de bureaux auront été livrés d’ici fin 2007. Le reste, soit 250 000, le seront à la fin de 2009, pour un investissement de plus de 200 millions d’euros. Secteur visé : l’offshoring, c’est-à-dire les délocalisations d’investissements étrangers dans des centres d’appel des fonctions administratives ou informatiques.

Un des axes prioritaires du plan Emergence. Et pour cause : « 24 milliards de dollars ! C’est ce que représentent les métiers de l’offshoring de par le monde entier. Si on arrive à en avoir seulement 5%, je vous laisse faire le calcul », les propos sont de Mohamed Ali Ghannam, président-directeur général MedZ, filiale de CDG Développement, et principal aménageur et promoteur de Casanershore.

L’offshoring, un des axes du plan Emergence, est depuis 2005 une des priorités du gouvernement de Jettou dont les équipes ont travaillé, des mois durant, d’arrache-pied pour construire rapidement une offre complète. C’est aujourd’hui chose faite. Le projet Casashore, un business parc dédié aux activités de Business process et information technology offshoring (BPO/ITO), mené en partenariat avec CDG via sa filiale CDG Développement, le ministère de l’Industrie et la ville de Casablanca, en est l’illustration.

Que contient l’offre offshoring marocaine de si exceptionnel pour que des centaines d’investisseurs bravent le courroux de leurs gouvernements et syndicats, réticents aux délocalisations, se détournent de l’Inde et de la Chine, et hissent les voiles en direction du royaume ?

Flash back

1996, le Maroc sort meurtri d’un processus d’ajustement structurel long et douloureux. La Banque mondiale impose au gouvernement la mise en place d’un comité de suivi du développement du secteur privé avec comme objectif de définir une stratégie pour doter le Maroc d’une industrie moderne et compétitive. Quelques mois plus tard, le comité rend sa copie : « Le Maroc compétitif ». Une stratégie dont les principaux axes tournent autour de secteurs censés tirer l’économie vers le haut.

Une stratégie que les gouvernants de l’époque jugeront trop ardue à réaliser. Le dossier est donc mis dans les tiroirs et on n’en parle plus. Dix ans plus tard, la croissance ne décolle toujours pas, l’économie est toujours aussi dépendante de l’agriculture, le chômage est à son paroxysme, les exportations sont en panne. Il faut réagir vite mais bien. La solution, c’est le cabinet McKinsey qui la sortira de son chapeau : elle s’appelle « Emergence ». Le plan répond à deux impératifs : créer de la richesse, de l’emploi et de la croissance et développer des activités exportatrices à haute valeur ajoutée.

De cette étude découle le programme Emergence avec une stratégie industrielle pour chacun des sept métiers mondiaux du Maroc : automobile, aéronautique, électronique de spécialité, agroalimentaire, produits de la mer et textile, mais surtout l’offshoring. D’ailleurs, la dynamique s’enclenchera au niveau de cette composante du plan très rapidement. Un marché qui serait favorable au Maroc pour des raisons de proximité géographique, linguistique. Sur les 145 filières « offshorables » analysées, le Maroc en cible particulièrement 12 sur des métiers comme le développement informatique, les ressources humaines, les centres de relations clientèle, le management des connaissances, les services financiers, l’éducation à distance, le design et ingénierie, et l’administration.

Incitations fiscales

Un plan qui s’assigne pour mission d’augmenter la contribution au PIB des services délocalisés et de la sous-traitance (industrie automobile, aéronautique et électronique) de 300 % à l’horizon 2015, est-il précisé du côté du ministère de l’Industrie et du Commerce. Les activités offshoring doivent générer 90.000 emplois dans les dix prochaines années et peser 15 milliards de DH dans la balance commerciale en 2015. En somme, un plan très ambitieux à condition que tous les ingrédients soient réunis pour le mener à bien.

Par rapport à ses concurrents indiens, Casanershore jouera sur deux facteurs importants : la langue et la proximité qui handicapent le marché indien. Pour positionner le Maroc sur la carte mondiale de l’Offshoring, deux premiers pôles ont d’ores et déjà été lancés à la fin de l’année 2005 à Casablanca (Casa-Shore) et à Rabat (Rabat-Technopolis). Le package concocté par le gouvernement inclut l’ensemble des facteurs de la compétitivité et a mobilisé pendant 12 mois plusieurs ministères.

Cependant, pour en bénéficier, les entreprises installées dans ces zones doivent impérativement réaliser au moins 70% de leur chiffre d’affaires à l’export et ce à partir de la troisième année qui suit le début de leur activité ou de leur installation.

Plusieurs avantages seront accordés aux entreprises éligibles. Côté recrutement, celles-ci bénéficieront pour chaque nouvelle recrue de nationalité marocaine d’une contribution aux frais de formation à l’embauche et pour la formation continue sur une période de trois ans. Le montant global de la contribution varie selon les profils et peut atteindre 65 000 DH.Toujours concernant le volet des ressources humaines, les entreprises bénéficieront, dans le cadre du dispositif du contrat d’insertion, de l’exonération pour une durée de 24 mois des charges sociales au titre de la CNSS, de la taxe de la formation professionnelle et de l’impôt sur le revenu.

Sur le registre fiscal, il est stipulé que « les entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires à l’export bénéficient pour le montant dudit chiffre d’affaires, en vertu des dispositions de l’article 6-B-1° du Code général des impôts, de l’exonération totale de l’IS pendant une période de cinq ans consécutifs, qui court à compter de l’exercice au cours duquel la première opération d’exportation a été réalisée. Au-delà de cette période, les entreprises éligibles profitent d’une réduction de 50 % de l’IS ».

« L’exonération et la réduction précitées ne s’appliqueront qu’au chiffre d’affaires à l’exportation réalisé en devises, la prestation doit être facturée et les recettes rapatriées conformément au dispositif légal », explique Mohamed Ali Ghannam. L’autre carotte fiscale concerne l’impôt sur le revenu (IR). A ce titre, les entreprises installées dans les zones offshore bénéficieront d’une contribution de l’Etat de sorte que la charge fiscale de l’IR n’excède pas les 20% de la masse salariale. « Cet avantage est accordé à concurrence du chiffre d’affaires réalisé à l’export », précisent les initiateurs du package.

Le prix du loyer représente également un avantage de taille. A Casanershore, le loyer sera de 8 euros par mois, pour les autres zones, notamment Rabat Technopolis, ou encore Tanger offshore, les prix n’ont pas encore été rendus public. A cela s’ajoute un guichet unique composé, en plus du CRI et du gestionnaire de la zone, d’un représentant de la région, de l’Anapec (Agence nationale pour la promotion de l’emploi et des compétences) et de l’autorité locale.

Couacs et lacunes

Infrastructures aux standards internationaux, incitations financières et fiscales, aides et subventions à la formation…, Un plan à faire pâlir de jalousie nos principaux concurrents. Mais cela est-il suffisant pour encourager les délocalisations ? A en croire les chiffres avancés par la société gestionnaire, l’engouement est de taille. « 90% des locaux de la première tranche sont déjà réservés », est-il indiqué du côté de Casanershore.

Une première tranche dont la livraison accuse déjà du retard. Prévue pour juin 2006, elle ne sera prête que fin 2007. « 18 mois de retard, c’est à décourager les plus vaillants », s’indigne le responsable d’une multinationale future locataire de Casanershore. « Dans le contrat, il est stipulé que la livraison se fera dans un délai de 18 mois, c’est assez flou », explique sur un ton critique un opérateur ayant requis l’anonymat.
En dehors des retards de livraisons, d’autres couacs ont été identifiés, notamment l’accès au site. Même si du côté de la direction générale, on rassure que « des réflexions sont menées avec des prestataires de services de transport et responsables de la ville concernés par ce sujet ».
Autre nerf de la guerre de la stratégie offshoring : la formation. Une condition sine qua non si le Maroc veut être compétitif.

Un plan national focalisé sur les métiers de l’offshoring est mis sur pied pour 15 filières-clés. Des perspectives de formation de 20 à 25 000 formations qualifiantes d’ici 2009 (40 à 50 000 par an) pour des profils supérieurs, bac+4 pour les managers et ingénieurs et bac + 2 techniciens pour le personnel administratif et les opérateurs. Un accord a d’ailleurs été signé entre l’OFPPT et le Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) français portant sur la formation de formateurs, la certification et l’accompagnement. Une armada de mesures qui laisse les observateurs quelque peu sceptiques. « Les premières promotions ne seront opérationnelles que dans quelques années. D’ici là, les entreprises qui s’installent auront beaucoup de difficultés à trouver les profils adéquats, les défaillances du système universitaire marocain étant un secret de polichinelle », explique le patron d’une PME.

Les entreprises marocaines ont déjà du mal à trouver des ingénieurs bien formés ou encore expérimentés. L’arrivée de nouvelles entreprises compliquera encore davantage la donne. « La demande va augmenter, ce qui causera nécessairement une surenchère au niveau des salaires. Le Maroc ne risque-t-il pas alors de perdre un de ses avantages concurrentiels ? », souligne un observateur. Et toutes les promesses du gouvernement qui se veut rassurant n’y changeront rien, les patrons veulent des réponses claires et rapides à leurs préoccupations. Le Maroc s’est-il encore une fois engagé hâtivement dans une stratégie dont il ne maîtrise pas tous les tenants et les aboutissants ?

Le Journal Hebdo - Fédoua Tounassi

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