Le système politique est malade mais il faut tout de même aller voter. C’est en substance ce qui ressort d’un sondage sur la perception de la politique par les citoyens à l’horizon des élections législatives du 7 septembre (voir encadré). Celui-ci a été réalisé par un groupe de chercheurs des universités de Mohammédia et de Rabat.
Le plus surprenant c’est que 65% des citoyens veulent un premier ministre jeune (agé de moins de 45 ans). Par contre, ils sont « plus de 56% à penser que l’opinion des citoyens ne compte pas auprès des hommes politiques. La tendance s’accentue encore plus (82%) lorsqu’il s’agit de l’intérêt des hommes politiques porté aux citoyens après les élections.
Durant la campagne électorale, l’électeur est chouchouté. Après le passage aux urnes, il est jeté aux oubliettes. Ainsi, 66% des sondés estiment que les partis ne sont pas à leur écoute. Et en matière de compétences, les dirigeants politiques ne sont pas mieux évalués. Les 60% des personnes interrogées ne leur reconnaissent pas cette qualité.
En revanche, un peu plus de 19% leur accordent cette « vertu » managériale. Près de la moitié des interrogés estime aussi que les partis n’« accordent aucune importance à la participation des jeunes et des femmes » dans leur instance. Parmi eux, 35% ont un avis mitigé sur le degré de féminisation et de rajeunissement des partis. Des efforts restent donc à faire. La problématique de la représentativité des élus se pose aussi avec acuité. Puisque 62% des personnes sondées considèrent qu’ils ne sont pas à l’image de la société (10% sont contre).
Une mise à niveau s’impose car la représentativité est le talon d’Achille des démocraties. Les enquêtés sont tout aussi critiques (68%) lorsqu’on leur demande si « le vote a un sens », une utilité ! Même résultat pour l’influence du vote sur les partis politiques. L’importance de ces derniers n’est pas pour autant amenuisée. Plus de 38% pensent qu’ils sont « indispensables dans un système politique » (contre 20%). Une nuance tout de même. « Les personnes interrogées considèrent que c’est le cas en théorie seulement », précise Toufik Benkaraâche, l’un des chefs du projet relatif au sondage sur la perception de la politique par le citoyen.
Institutions-refuges
Le tableau devient plus noir lorsqu’on parle d’avenir. A peine 7,7% des enquêtés considèrent que les partis politiques ont une vision stratégique du futur. Par contre 62% des citoyens pensent l’inverse. Encore plus alarmant, plus de la moitié des sondés croient que le changement n’aura pas lieu quels que soient les résultats.
Les Marocains accordent, globalement, un intérêt relatif à la politique, d’après l’enquête du Global governance center. Ainsi, 27% y portent beaucoup d’intérêt (contre 36%). Et 8% de l’échantillon sont membres d’un parti politique (loin derrière les associations culturelles, caritatives, …). D’autre part, le sondage révèle que la crise de confiance persiste entre élus et électeurs. Il sont 53% des sondés à n’accorder aucune confiance au Parlement et 47 % pour le gouvernement. Ils se détournent de la politique et trouvent refuge dans l’école et la famille. Des institutions socialement puissantes. Elles suscitent « le plus de confiance chez les Marocains ». L’école, malgré sa crise, parvient à préserver une part de crédibilité. Près de 42% des répondants y sont fortement attachés (contre 16,7%).
Les 18-24 ans demeurent tout de même les plus critiques. Cette défiance vise-t-elle son rôle pédagogique (méthodologie d’enseignement) ou normatif (éducation civique, religieuse, politique…) ?
L’étude ne le précise pas. Tout porte à croire que les deux arguments socio-éducatif s’imbriquent. Les autres personnes interrogées (27,3%) expriment des avis partagés. Une valeur phare, fédératrice... C’est la famille. Ainsi, 81% des enquêtés lui témoignent une confiance sans faille. Le foyer demeure un symbole de socialisation, de sécurité et de solidarité. Qui pourrait prétendre l’inverse ?
Fiche technique
L’Economiste - Faiçal Faquihi