
Cinq ans après la réforme du Code de la famille au Maroc, la ’’Moudawana’’, Hakima Fassi-Fihri, professeur-chercheur, et Zakia Tahiri, réalisatrice, cherchent à déterminer si la société marocaine a observé des changements.

Selon les chiffres fournis par le Ministère de la justice pour l’année 2008, "seulement" 836 cas de mariages polygames ont été contractés dans le pays. Cela représente 0,27% des mariages au Maroc, en baisse continue depuis plusieurs années.

Cinq années après son entrée en vigueur, quel bilan peut-on dresser de l’application du nouveau Code de la famille ? Entre l’optimisme de certains et le pessimisme d’autres, il est difficile à établir. Toutefois, l’on s’accorde à dire que bien que le changement soit lent, des progrès sont bien là.

Après plus de sept ans de mariage, Hamid S., fermier dans un petit village (Ba Mohamed) des alentours de Fès (nord-est du Maroc), pense enfin à officialiser son mariage. Il explique : “On m’a expliqué l’intérêt d’un acte de mariage."

Au Maroc, les associations qui luttent en faveur des droits des femmes déplorent le fait que les mariages des mineures aient augmenté, en dépit d’une loi encadrant de façon draconienne ce type d’union. Néanmoins, de façon globale, les choses avancent pour les femmes au Maroc, en particulier au niveau de la législation.

Khadija Aga avait 33 ans. Le 29 octobre, elle a quitté son domicile près de Casablanca, avec ses trois fillettes âgées de 12, 7, et 2 ans. Quelques heures plus tard, elle s’est jetée avec ses enfants sous un train. Le matin même, la jeune femme avait donné à son mari, à contrecoeur, l’autorisation de prendre une seconde épouse. Khadija était enceinte d’une quatrième fille. "Son mari voulait des garçons. C’est pour cela qu’il avait décidé de prendre une deuxième femme", disent les voisins.

4 ans après la révision de la moudawana et malgré le mariage légal à 18 ans, 33.000 mariages de mineures marocaines ont eu lieu en 2007. Selon la Ligue démocratique des droits des femmes (LDDF), près de 87% des mariages de mineures soumis au juge ont été approuvés.

Le Code de la famille, entré en vigueur en février 2004, est-il la première cause de l’augmentation du nombre des divorces au Maroc ? Les statistiques officielles émanant du ministère de la justice indiquent en effet un accroissement du nombre de couples qui ont décidé de mettre fin à leur mariage. Pour l’année 2007, selon ces statistiques il y a eu 49.232 divorces, dont 27.904 conclus à l’amiable, et 21.328 enregistrés sous forme de divorce judiciaire.