Il a acheté une maison au Maroc pour sa retraite : « Je ne retournerai dans mon pays que dans une boîte »

- 16h00 - France - Ecrit par : Sébastien A.

Arrivé en France à la fin des années 1950, Hassan Chrifi avait acheté une maison au Maroc dans l’espoir d’y passer sa retraite. Mais après plusieurs décennies de travail et une vie construite loin de son pays natal, ce Marocain de 83 ans racontait en 2023 avoir renoncé à ce retour.

Au Café social Ayyem Zamen, dans le 20e arrondissement de Paris, Hassan Chrifi retrouve d’autres anciens travailleurs immigrés autour d’un café, de parties de cartes ou de dominos. En décembre 2023, la journaliste Maya Elboudrari recueille son témoignage pour le magazine américain New Lines. L’homme aux cheveux blancs raconte un projet qui l’a accompagné pendant presque toute sa vie : retourner vivre au Maroc.

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Hassan est arrivé en France à la fin des années 1950. Pendant quarante ans, il enchaîne les emplois, principalement manuels, avec même un passage dans un cirque. Il se marie au Maroc, y achète une maison et retourne vivre quelques années en Afrique du Nord dans les années 1960. Chaque étape de son parcours reste longtemps liée à la perspective d’un retour définitif.

Mais les années passent. Les possibilités de travail, les problèmes de santé et les habitudes prises en France finissent par peser davantage que son projet de départ. Sa vie familiale s’organise aussi de ce côté de la Méditerranée.

« Je ne connais même plus ma famille », confie-t-il dans le reportage original publié par New Lines Magazine. À 83 ans, il constate avoir passé davantage d’années en France qu’au Maroc. Il explique également ne plus avoir d’amis dans son pays natal.

Son histoire rejoint celles d’autres chibanis rencontrés par la journaliste. Moncef Labidi, fondateur du Café social Ayyem Zamen, raconte avoir vu des immigrés consacrer leurs économies à construire des maisons au pays, tout en continuant à vivre dans de petits logements en France. Certaines de ces propriétés restent inoccupées pendant des années.

Pour Hassan Chrifi, le projet d’installation au Maroc appartient désormais au passé. Dans ce témoignage de 2023, traduit en français par la revue Ballast en février 2024, il résume son renoncement en une phrase : « Je ne retournerai dans mon pays que dans une boîte. »