La corruption, un mal marocain

- 15h35 - Maroc - Ecrit par : L.A

Radié du barreau en février 2005 pour avoir dénoncé la corruption au sein de l’appareil judiciaire, l’avocat tétouanais vient de créer une association pour protéger et fédérer les victimes de la corruption. Entretien.

Pourquoi créer, aujourd’hui, une association des victimes de la corruption ?

Parce que c’est une nécessité. Au Maroc, et j’en sais personnellement quelque chose, quand on ose dénoncer la corruption, on s’attire les foudres de tout le monde. Vos amis peuvent vous féliciter pour votre
“courage”, mais vos supérieurs sont tentés de se venger. Vous risquez alors de tout perdre et de voir votre quotidien tourner au cauchemar.

Vous ciblez la seule sphère de la justice ?

Pas seulement. Nous sommes à la base trois avocats, radiés du barreau pour avoir dénoncé la corruption que nous constations, de visu, tous les jours. Mais notre association vise plus large : la corruption est bien une gangrène, un cancer généralisé. Le problème est mental, culturel, avant d’être technique. Un jour, quelqu’un m’a dit, alors que je lui expliquais les “combines” entre corrupteurs et corrompus : “Mais pourquoi s’en faire. Ici, la corruption est aussi un facteur de développement”. Vous trouvez cela acceptable ?

Avec le recul, pensez-vous que votre “Lettre à l’histoire”, ait servi à quelque chose ?

Elle a servi à nous priver de l’exercice de notre métier (rires). Sérieusement, nous avons été privés de nos passeports, avant d’être radiés du barreau. Mais notre initiative a servi de révélateur, en créditant une information (sur la corruption de la justice) qui ne circulait qu’à l’état de rumeurs, d’apartés et de confidences dans les couloirs. Ce geste a montré que la justice, l’un des plus grands tabous du royaume, pouvait aussi parler, que ses hommes n’étaient pas tous des lâches. Mes deux confrères et moi, signataires de la “Lettre à l’histoire”, n’avons jamais regretté notre geste. Même si, comme d’autres victimes de la corruption, nous l’avons chèrement payé.

La justice est-elle plus exposée à la corruption que d’autres secteurs vitaux de la vie marocaine ?

Elle est surtout un secteur hautement symbolique. C’est le dernier rempart, l’ultime recours. Si vous êtes victime d’un harcèlement ou d’un licenciement abusif pour avoir dénoncé l’injustice, c’est vers la justice justement que vous vous tournez. Et si elle est elle-même corrompue… Je connais bien les rouages de la justice marocaine, surtout dans le Nord, qui vit aussi de trafics divers et de blanchiment d’argent. Les enjeux financiers sont énormes, l’ampleur de la corruption, la grande et la petite, aussi. Bien évidemment, tous les juges et les magistrats ne sont pas corrompus, mais il n’y a aucun mécanisme pour protéger ceux qui peuvent, un jour, avoir un sursaut de conscience pour dire : “Stop !
Arrêtons le massacre !”.

Votre association ne fait-elle pas doublon avec Transparency Maroc, qui combat déjà la corruption sur le terrain ?

Nos actions sont complémentaires. Transparency fait un excellent travail de terrain : elle observe, compile les données, interpelle le gouvernement et la société civile. Notre association complète cette tâche, puisqu’elle regroupe d’abord des victimes. Il s’agit pour nous de créer des mécanismes de protection des témoins et des dénonciateurs de la corruption. Vous savez, dans un pays qui déclare lutter contre la corruption, mais où le phénomène ne fait que s’amplifier à mesure que les enjeux politico-financiers grandissent, nous ne serons jamais assez nombreux pour dire stop. Une voix de plus est toujours la bienvenue.

Votre association ne risque- t-elle pas d’avoir un caractère régional, confiné au nord du pays ?

Pas du tout. Nous pensons d’ailleurs installer notre siège à Rabat pour faciliter la communication avec tous nos membres installés aux quatre coins du royaume. Mais également pour nous garantir une meilleure visibilité, via une plus grande proximité des centres de décision.

Quitte à vous éloigner du terrain ?

Nous ne serons jamais loin du terrain. Parce que, hélas, la corruption ne s’est jamais confinée aux régions nord du pays.

TelQuel - Mehdi Sekkouri Alaoui

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