Le gazole marocain affole les raffineries espagnoles

- 17h00 - Espagne - Ecrit par : Nadia El A.

Les importations espagnoles de gazole depuis le Maroc explosent depuis l’escalade militaire au Moyen-Orient. Le secteur pétrolier ibérique dénonce une concurrence déloyale et soupçonne une manœuvre pour introduire du carburant russe en Europe malgré les sanctions.

La fermeture du détroit d’Ormuz et les attaques contre les navires commerciaux bouleversent le marché énergétique mondial. Dans ce contexte, la Russie reste l’un des rares producteurs capables d’écouler ses excédents à bas prix. Le Maroc maintient ses relations commerciales avec Moscou et s’y approvisionne massivement. En 2025, Rabat a acheté 645 000 tonnes de gazole russe, un volume qui atteint déjà 489 000 tonnes en 2026, représentant 45 % de ses importations totales de diesel, selon les opérateurs.

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Ces volumes posent question de l’autre côté de la Méditerranée, d’autant que Rabat ne possède aucune capacité de raffinage. Or, les données de la plateforme Cores confirment l’arrivée de 76 000 tonnes de gazole marocain en Espagne en mars et avril, une première depuis près d’un an. Ces flux ont été marqués par l’accostage de plusieurs cargos au printemps, dont le Harbiye à Tarragone avec 40 000 tonnes, ou encore l’Aldebaran fin juin, révèle El País.

Face à cet afflux, l’industrie locale crie à la concurrence déloyale. Les acteurs espagnols soupçonnent une triangulation permettant à la Russie de contourner le veto européen de 2022. L’Association de l’industrie des carburants (AICE) insiste sur la nécessité de « combattre tout type de fraude » qui pénaliserait les huit raffineries du pays. Dès 2024, le directeur général de Repsol, Josu Jon Imaz, s’alarmait des produits arrivant « sur le marché européen à des conditions avantageuses qui affectent notre concurrence industrielle ».

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Ces cargaisons suspectes finiraient souvent chez des distributeurs à bas coût possédant leurs propres cuves de stockage. Cependant, prouver l’origine illicite de la molécule d’hydrocarbure reste presque impossible une fois qu’elle a transité par un pays tiers. Le gouvernement espagnol avait d’ailleurs lancé une enquête sur ces pratiques sans jamais pouvoir établir de sanction, la traçabilité du carburant se perdant totalement hors des frontières de l’Union européenne.