Maroc : même au feu vert, des MRE n’osent plus traverser
Revenir au Maroc après avoir vécu en Europe réserve parfois un choc inattendu aux MRE. Sur les passages protégés comme aux feux de circulation, plusieurs racontent devoir se battre pour traverser, même lorsque la signalisation leur donne la priorité.
Une Marocaine vivant en Angleterre raconte avoir été « traumatisée » par la conduite des automobilistes lors de ses dernières vacances à Hay Riad, à Rabat. Malgré la présence de son bébé dans un siège adapté, chaque déplacement en voiture était devenu une source d’angoisse.
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Téléphones au volant, véhicules engagés brutalement dans les ronds-points, conduite entre deux voies, absence de clignotants : elle dit surtout avoir été frappée par le refus presque systématique de laisser traverser les piétons. « C’était un cauchemar. Je redoutais de sortir et je voulais simplement retourner en Angleterre », témoigne-t-elle dans une discussion publiée sur Reddit.
Le constat est également partagé par une jeune femme d’origine marocaine, née et élevée en Europe. Revenue au Maroc pendant trois semaines, elle explique que ses séjours annuels lui donnent progressivement le sentiment de s’éloigner plutôt que de se rapprocher de son pays d’origine. Elle évoque notamment le chaos dans les rues et une circulation épuisante. Dans les commentaires, d’autres Marocains établis à l’étranger disent se reconnaître dans son expérience.
Pour les MRE habitués à voir une voiture ralentir dès qu’un piéton approche d’un passage protégé, le changement est brutal. Au Maroc, s’engager sur les bandes blanches ne garantit pas toujours que les véhicules vont s’arrêter. Certains conducteurs klaxonnent même l’automobiliste qui ralentit pour laisser passer quelqu’un.
Même le feu vert ne suffit plus
À Mohammedia, une personne installée depuis un an dans la ville racontait en avril 2026 que des automobilistes continuaient de passer à quelques centimètres des piétons alors que leur feu était vert. Selon son témoignage, certains accéléraient même à l’approche des passages protégés.
Un mois plus tard, à Témara, un piéton affirmait qu’un bus avait accéléré alors qu’il traversait l’avenue Hassan II sur un passage piéton. Lorsqu’il a levé la main pour demander à la conductrice de s’arrêter, celle-ci aurait ri. Dans les réactions, un internaute raconte rester parfois bloqué au milieu de la chaussée parce qu’une seule file accepte de s’arrêter. Un automobiliste explique, lui, être régulièrement klaxonné lorsqu’il cède la priorité aux piétons.
La sécurité routière marocaine rappelle que le Code de la route impose aux conducteurs de s’arrêter pour céder la priorité aux piétons sur les passages protégés. Les automobilistes doivent également les laisser passer lorsqu’ils sont déjà engagés sur la chaussée ou manifestent clairement leur intention de traverser.
Le dernier avis du Conseil économique, social et environnemental montre pourtant la persistance des comportements dangereux. En 2024, les piétons représentaient 24,7 % des personnes tuées sur les routes marocaines, soit près d’un mort sur quatre. Le taux national de mortalité routière atteignait 10,5 décès pour 100 000 habitants, contre 3,4 aux Pays-Bas. La voie publique et les espaces urbains sont par ailleurs considérés comme les lieux les plus touchés par l’incivisme par 67 % des personnes interrogées.
Les automobilistes ne sont pas les seuls en cause : des piétons traversent également au rouge, hors des passages protégés ou sans vérifier l’arrivée des véhicules. Mais le rapport de force reste profondément déséquilibré. Face à une voiture, un bus ou une moto, le piéton demeure l’usager le plus exposé.
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Pour certains MRE, le véritable choc du retour au Maroc ne se produit donc ni à l’aéroport ni à la douane. Il survient au premier passage piéton, lorsqu’ils comprennent que le petit bonhomme vert ne signifie pas nécessairement qu’ils peuvent traverser sans danger.