Sarkozy renonce à son projet initial d’Union méditerranéenne

- 09h45 - France - Ecrit par : L.A

Le projet d’une « Union pour la Méditerranée » ressemble de moins en moins au projet caressé, il y quelques semaines encore, par le président Nicolas Sarkozy. Avant-hier soir à Hanovre, à l’occasion de sa rencontre avec la chancelière allemande, Angela Merkel, il a dû renoncer à ce qui faisait l’originalité de cette coopération née de l’esprit fertile et un brin eurosceptique de son conseiller Henri Guaino.

Dans le « compromis » auquel la France et l’Allemagne sont finalement parvenues et qui doit encore faire l’objet d’une « proposition commune » à l’intention du sommet des Vingt-Sept, jeudi prochain, à Bruxelles, l’Union pour la Méditerranée « n’exclura personne » comme l’a dit, à Hanovre, Nicolas Sarkozy. Il n’est donc plus question de limiter la coopération aux seuls Etats riverains quitte à y associer les autres pays européens, à commencer par l’Allemagne, au gré des projets concrets qui seraient lancés.

L’ambiguïté a subsisté une partie de la matinée, hier, alors que le Premier ministre français, François Fillon, indiquait sur Europe 1 que « la nouvelle structure s’appuierait sur une structure existante, l’Union de la Baltique » au sein de laquelle seuls les Etats riverains sont membres de plein droit (lire ci-dessous). Dans l’après-midi, on précisait toutefois à Paris qu’il fallait comprendre qu’il faisait allusion à la « philosophie » de la coopération version mer Baltique, qui consiste à se concentrer sur des projets concrets intéressants au premier chef les riverains. Par exemple : la dépollution de l’eau de mer, le développement de l’énergie solaire, l’accès à l’eau... Mais, en termes juridiques, il n’y a plus de discrimination entre riverains et non riverains.

Hier, l’entourage de la chancelière soulignait que la nouvelle initiative ne s’inscrit plus du tout dans une logique d’exclusion : selon Berlin, tous les pays de l’Union européenne devraient avoir le même statut et le même degré d’engagement potentiel. L’Union pour la Méditerranée est plutôt interprétée dans la capitale allemande comme une « revitalisation » du processus européen de Barcelone, pierre angulaire de la coopération euroméditerranéenne depuis 1995... et quasi-cauchemar pour l’Elysée, qui souligne régulièrement sa lourdeur et son inefficacité.
La détermination de Merkel

L’accès ou non aux fonds de l’Union européenne n’est pas encore tranché, a fait savoir hier le ministère des Affaires étrangères. Mais, selon sa porte-parole, les financements ne pourront être autorisés que sur la base « de décisions prises par le Conseil sur proposition de la Commission ». Un mode de fonctionnement très différent de celui du scénario initial de Nicolas Sarkozy, qui souhaitait trouver des financements extérieurs à l’Union.

Devant la détermination de la chancelière à maintenir à tout prix l’unité de l’Union européenne, la France s’est donc ralliée à sa vision du projet : une victoire capitale pour Angela Merkel qui, depuis le premier jour, a mis en garde le chef de l’Etat contre une idée qui, selon elle, risquait de diviser l’Union européenne et, surtout, mettait l’Allemagne en marge d’un nouveau mode de coopération qui pouvait se révéler fructueux et stratégique. Dans sa dernière édition, le magazine allemand « Der Spiegel » affirme que la chancellerie perçoit l’initiative de Nicolas Sarkozy comme une tentative de la France de se créer une zone d’influence au sud du continent qui puisse faire contrepoids à la « Mitteleuropa » dont l’entrée dans l’Union européenne entre 2004 et 2007 a davantage profité à l’Allemagne, du point de vue économique. « Derrière la querelle franco-allemande sur l’Union pour la Méditerranée, se pose clairement la question du leadership de l’Union européenne », lâche un diplomate.

Source : Les Echos - Catherine Chatgnoux et Karl De Meyer

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