000 mendiants professionnels au Maroc

- 12h02 - Maroc - Ecrit par : L.A

Le Maroc compte près de 500.000 mendiants « professionnels » permanents ou occasionnels. Ce sont les résultats d’une étude réalisée par la Ligue marocaine pour la protection de l’enfance, en collaboration avec l’Entraide nationale et le ministère de la Santé en 2005. Même si les résultas ont été contestés, les chiffres de l’enquête demeurent réalistes.

Dans une société qui se dit solidaire, le nombre de ces laissés-pour-compte est plus que significatif. « C’est un chiffre énorme qui reflète un état des lieux encore plus noir que nous ne le pensions » affirme Touria Bouabid, présidente de l’Association marocaine d’Aide aux Enfants en Situation précaire (AMSIP). La pauvreté et l’indigence constituent les causes principales qui poussent cette catégorie de démunis à exercer la « profession » de mendiant, selon les termes de l’enquête.

Pour approcher ce phénomène de mendicité professionnelle, les enquêteurs ont axé leurs recherches sur un échantillon d’enfants dans la wilaya de Rabat-Salé-Skhirat-Témara, pour l’année 2004. Les enfants sont souvent utilisés pour pousser les âmes charitables à mettre la main à la poche. Dans cette « profession », les femmes recourent le plus souvent aux enfants de moins de 7 ans.

Des enfants « exposés » sur un lit de fortune dans les rues commerçantes, des bébés passant le plus clair de leurs journées près des feu rouges, des handicapés exhibés au grand jour. C’est le spectacle désolant que nous admirons chaque jour dans les grandes villes. Dans le cas de ces enfants exploités par des femmes et parfois même par des hommes, seuls 25 % pratiquent la mendicité d’une manière saisonnière. Les 75 % restants exercent tout au long de l’année. 32 % de mendiants « exercent » aux portes des mosquées, 29 % dans les rues, et 16 % dans les souks et les super marchés.

Les sommes récoltées varient entre 50 et 100 dirhams quotidiennement. L’enquête précise que la santé d’un tiers de ces enfants est inquiétante : maladies chroniques, diabète, hypertension, différentes allergies, asthme, tuberculose, anémie, rhumatisme et ulcère. Les conditions dans lesquelles ils sont exploités y sont pour quelque chose. Rester toute la journée dans la rue pour un enfant de moins de 7 ans exposé dans des conditions insupportables aux passants, aux piétons, aux automobilistes... Dans différents lieux n’est pas aussi facile. Les enfants de la mendicité risquent évidemment de prendre goût à cette « profession » et de reproduire le même scénario, d’autant plus que dans la majorité des cas, une relation existe entre les enfants et leurs accompagnateurs, selon l’enquête.

Pour les autres cas, 15 % des sondés ont avoué qu’ils ont « loué » des enfants, à un montant variant entre 50 à 100 dirhams hebdomadairement. L’étude a également montré que 56 % de ces enfants sont des garçons et le reste des filles. Pour les enfants âgés de 8 à 12 ans, le pourcentage des garçons est de 75 %.

La diminution du nombre des filles dans cette catégorie d’âge serait due à l’orientation des filles vers d’autres activités, en l’occurrence l’exercice du métier de bonnes au meilleur des cas, ou de prostituées au pire. L’enquête a révélé que 25 % de ces enfants n’ont jamais été scolarisés, tandis que 9 % ont suivi des cours coraniques. Pour ceux qui ont pu accéder à l’école, le pourcentage est de 25 % pour le niveau primaire et 3 % pour le secondaire. S’agissant de leur niveau de vie, 31 % de ces petits mendiants vivent en famille dans une seule chambre et 28 % dans une baraque. Les plus malheureux d’entre eux (19 %) n’ont pas de toit et vivent dans la rue.

Le Reporter - Mohamed El Hamraoui

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